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VIII

Gania demeurait au second étage. Un escalier propre, clair et large, conduisait à son appartement, composé de six ou sept pièces ou cabinets. Sans avoir rien de luxueux, cette habitation n’en était pas moins un peu au-dessus des moyens d’un fonctio

Un corridor partant de l’antichambre partageait l’appartement en deux. D’un côté se trouvaient les trois chambres qu’on se proposait de louer à des perso

Nina Alexandrovna n’était pas seule au salon; Barbe Ardalionovna était assise à côté d’elle; toutes deux étaient occupées à tricoter et causaient avec un visiteur, Ivan Pétrovitch Ptitsine. Nina Alexandrovna paraissait avoir cinquante ans; son visage était maigre et décharné, ses yeux fortement cernés. Elle avait un air maladif et morose, mais sa physionomie et son regard étaient assez agréables; dès qu’on l’entendait parler on lui découvrait un caractère sérieux et empreint d’une réelle dignité. Malgré son apparence chagrine on pressentait en elle de la fermeté et même de la décision. Elle était vêtue avec une extrême modestie et portait des couleurs sombres comme une vieille femme; mais sa tenue, sa conversation et toutes ses manières révélaient une perso

Barbe Ardalionovna avait environ vingt-trois ans. Elle était de taille moye

Celui-ci, après avoir salué sa mère avec beaucoup de froideur, lui présenta le prince et le recommanda en termes laconiques mais précis. Il n’avait pas adressé la parole à sa sœur. Il s’empressa ensuite d’emmener Ptitsine hors de la pièce. Nina Alexandrovna dit au prince quelques mots de bienvenue et, comme Kolia entrebâillait la porte, elle l’invita à le conduire à la chambre du milieu. Kolia était un garço

– Où est votre bagage? demanda-t-il en introduisant le prince dans sa chambre.

– J’ai un petit paquet, que j’ai laissé dans l’antichambre.

– Je vous l’apporterai tout de suite. Nous n’avons pour tous domestiques que la cuisinière et la bo

– Oui.

– On est bien en Suisse?

– Très bien.

– Il y a des montagnes.

– Oui.

– Je vais vous apporter tout de suite vos effets.

Barbe Ardalionovna entra.

– Matriona va faire immédiatement votre lit. Avez-vous une malle?

– Non, j’ai un petit paquet. Votre frère est allé le chercher; il est dans l’antichambre.

– En fait d’effets je n’ai trouvé que ce tout petit paquet, dit Kolia en rentrant dans la chambre. Où avez-vous mis le reste?

– Je n’ai rien d’autre, dit le prince en prenant son paquet.

– Ah! je me demandais si Ferdistchenko ne vous avait pas dérobé quelque chose.

– Ne dis pas de bêtises, fit Barbe d’un air sévère. Même au prince elle parlait sur un ton sec et tout juste poli.

– Chère Babette [25], tu pourrais me traiter plus aimablement; je ne suis pas Ptitsine.

– On pourrait bien encore te fouetter, Kolia, tellement tu es resté bête. Pour tout ce dont vous aurez besoin, vous pouvez vous adresser à Matriona. On dîne à quatre heures et demie. Vous pouvez prendre votre repas avec nous ou dans votre chambre, à votre choix. Sortons, Kolia, pour ne pas gêner monsieur.

[23] Diminutif de Nicolas. – N. d. T.

[24] À cette époque les tchinovniks étaient toujours rasés. – N. d. T.

[25] En français dans le texte.