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Près d’une heure s’écoula. On avait fini de prendre le thé: les visiteurs se firent scrupule de rester plus longtemps. Le docteur et le monsieur à cheveux gris adressèrent au prince des adieux touchants. Tous d’ailleurs prirent congé avec de bruyantes effusions. Ils accompagnèrent leurs vœux de pensées dans le genre de celle-ci: «il n’y a pas de quoi se désoler; peut-être ce qui s’est passé est-il pour le mieux», et ainsi de suite. Il y eut des gens, il est vrai, qui se risquèrent à demander du champagne, mais les visiteurs plus âgés les rappelèrent aux convenances.

Quand tout ce monde fut parti, Keller se pencha vers Lébédev et lui dit:

– Si on nous avait laissés faire, toi et moi, nous aurions crié, engagé une lutte; nous nous serions couverts de honte et aurions attiré la police. Mais lui, il s’est fait d’un coup de nouveaux amis, et encore quels amis! Je les co

Lébédev, qui était passablement gris, proféra dans un soupir:

– Ce qui a été caché aux sages et aux esprits forts a été révélé aux enfants. Il y a longtemps que je lui ai appliqué cette parole, mais maintenant j’ajouterai que l’enfant lui-même a été préservé et sauvé de l’abîme par Dieu et par tous ses saints!

Vers dix heures et demie on laissa enfin le prince seul. Il avait mal à la tête. Kolia partit le dernier après l’avoir aidé à dévêtir son habit de marié. Ils se quittèrent avec de chaleureuses protestations d’amitié. Kolia ne s’appesantit pas sur l’événement de la journée, mais promit de revenir le lendemain de bo

XI

Une heure après, il était déjà dans cette ville et, entre neuf et dix heures, il so

– Parfione Sémionovitch n’est pas chez lui, déclara-t-elle sans ouvrir complètement la porte. Qui demandez-vous?

– Parfione Sémionovitch.

– Il n’est pas là.

La servante dévisagea le prince avec une étrange curiosité.

– Pouvez-vous du moins me dire s’il a passé la nuit ici? Et… est-il rentré seul hier?

La domestique continua à le fixer et ne répondit point.

– Nastasie Philippovna n’a-t-elle pas été avec lui ici hier… hier soir?…

– Mais permettez-moi au moins de vous demander qui vous êtes vous-même?

– Le prince Léon Nicolaïévitch Muichkine; nous nous co

– Il n’est pas à la maison.

La domestique baissa les yeux.

– Et Nastasie Philippovna?

– Je n’en sais rien.

– Attendez, écoutez-moi! Quand rentrera-t-il?

– Je ne le sais pas davantage.

La porte se referma. Le prince décida de revenir une heure plus tard. Il jeta un coup d’œil dans la cour et rencontra le portier.

– Parfione Sémionovitch est-il chez lui?

– Oui.

– Comment a-t-on pu me dire il y a un instant qu’il était absent?

– On vous a dit cela à son appartement?

– Non: c’est la servante de sa mère qui me l’a dit, mais j’ai so

– Il se peut qu’il soit sorti, conclut le portier, car il ne prévient pas quand il s’absente. Parfois même il emporte la clef avec lui, et l’appartement reste fermé trois jours de suite.

– Es-tu bien sûr qu’il soit rentré hier chez lui?

– Oui. Il lui arrive parfois de passer par le grand escalier; alors je ne le vois pas.

– Nastasie Philippovna n’était-elle pas hier avec lui?

– Je n’en sais rien. Elle vient assez rarement. Si elle était venue, on l’aurait probablement remarquée.

Le prince sortit et arpenta quelque temps le trottoir d’un air perplexe. Les fenêtres de l’appartement de Rogojine étaient toutes fermées, celles de l’appartement occupé par sa mère presque toutes ouvertes. La journée était claire et chaude. Le prince traversa la rue et s’arrêta sur le trottoir opposé, pour regarder encore une fois les vitres; non seulement elles étaient closes mais les stores blancs étaient presque partout baissés.

Il resta là une minute environ et, chose étrange, il lui sembla voir le bas d’un des stores se soulever et la figure de Rogojine se montrer pour disparaître aussitôt. Il attendit un peu et fut sur le point de remonter et so

L’essentiel était maintenant pour lui de se rendre en toute hâte dans le quartier du Régiment-Izmaïlovski, à la dernière adresse de Nastasie Philippovna. Il savait que, trois semaines auparavant, quand il l’avait priée de quitter Pavlovsk, elle était allée s’installer dans ce quartier chez une de ses amies, veuve d’un maître d’école; c’était une honorable mère de famille qui louait un bel appartement meublé dont elle tirait le plus clair de ses ressources. Il y avait lieu de croire qu’en revenant se fixer à Pavlovsk, Nastasie Philippovna avait gardé ce logement. Et il était surtout probable qu’elle y avait passé la nuit après y avoir été sans doute ramenée la veille par Rogojine. Le prince prit un fiacre. Chemin faisant il réfléchit qu’il aurait dû commencer ses recherches par là, vu l’invraisemblance que la jeune femme se fût rendue, de nuit, directement chez Rogojine. Il se rappela alors qu’au dire du portier elle venait rarement en temps ordinaire. Si elle venait rarement en temps ordinaire, pourquoi serait-elle allée maintenant chez lui? Tout en essayant de se remonter avec ces raiso

Là, il fut stupéfait d’apprendre que la veuve du maître d’école n’avait eu de nouvelles de Nastasie Philippovna ni de jour, ni la veille. Bien mieux: toute la famille accourut pour le voir comme s’il était un phénomène. Tous les enfants, des fillettes entre sept et quinze ans, séparées l’une de l’autre par une a