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Un amateur de jardinageDemi-bourgeois, demi-manant,Possédait en certain villageUn jardin assez propre, et le clos attenant.Il avait de plant vif fermé cette étendue:Là croissaient à plaisir l’oseille et la laitue,De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet,Peu de jasmin d’Espagne et force serpolet.Cette félicité par un lièvre troubléeFit qu’au seigneur du bourg notre homme se plaignit.Ce maudit animal vient prendre sa gouléeSoir et matin, dit-il, et des pièges se rit;Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit:Il est sorcier, je crois. – Sorcier! je l’en défie,Repartit le seigneur: fût-il diable, Miraut,En dépit de ses tours, l’attrapera bientôt.Je vous en déferai, bonhomme, sur ma vie,– Et quand? – Et dès demain, sans tarder plus longtemps.La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.– Çà, déjeunons, dit-il: vos poulets sont-ils tendres?L’embarras des chasseurs succède au déjeuner.Chacun s’anime et se prépare;Les trompes et les cors font un tel tintamarreQue le bonhomme est éto

Cette lecture fut suivie d’un long silence. Le prince se promenait dans le cabinet, après être allé lui-même remettre le volume à sa place.

– Eh bien! madame, dit la princesse, daignerez-vous parler?

– Non pas, certes, madame! tant que Son Altesse ne m’aura pas nommée ministre; en parlant ici, je courrais risque de perdre ma place de grande maîtresse.

Nouveau silence d’un gros quart d’heure; enfin la princesse songea au rôle que joua jadis Marie de Médicis, mère de Louis XIII: tous les jours précédents, la grande maîtresse avait fait lire par la lectrice l’excellente Histoire de Louis XIII, de M. Bazin. La princesse, quoique fort piquée, pensa que la duchesse pourrait fort bien quitter le pays, et alors Rassi, qui lui faisait une peur affreuse, pourrait bien imiter Richelieu et la faire exiler par son fils. Dans ce moment, la princesse eût do

– Allons, madame, prouvez-moi votre amitié en parlant.

– Eh bien! deux mots sans plus: brûler, dans la cheminée que voilà, tous les papiers réunis par cette vipère de Rassi, et ne jamais lui avouer qu’on les a brûlés.

Elle ajouta tout bas, et d’un air familier, à l’oreille de la princesse.

– Rassi peut être Richelieu!

– Mais, diable! ces papiers me coûtent plus de quatre-vingt mille francs! s’écria le prince fâché.

– Mon prince, répliqua la duchesse avec énergie, voilà ce qu’il en coûte d’employer des scélérats de basse naissance. Plût à Dieu que vous pussiez perdre un million, et ne jamais prêter créance aux bas coquins qui ont empêché votre père de dormir pendant les six dernières a

Le mot “basse naissance” avait plu extrêmement à la princesse, qui trouvait que le comte et son amie avaient une estime trop exclusive pour l’esprit, toujours un peu cousin germain du jacobinisme.

Durant le court moment de profond silence, rempli par les réflexions de la princesse, l’horloge du château so

– Ma santé ne me permet pas de prolonger davantage la discussion. Jamais de ministre de basse naissance; vous ne m’ôterez pas de l’idée que votre Rassi vous a volé la moitié de l’argent qu’il vous a fait dépenser en espio

La princesse prit deux bougies dans les flambeaux et les plaça dans la cheminée, de façon à ne pas les éteindre; puis, s’approchant de son fils, elle ajouta:

– La fable de La Fontaine l’emporte, dans mon esprit, sur le juste désir de venger un époux. Votre Altesse veut-elle me permettre de brûler ces écritures?

Le prince restait immobile.

«Sa physionomie est vraiment stupide, se dit la duchesse; le comte a raison: le feu prince ne nous eût pas fait veiller jusqu’à trois heures du matin, avant de prendre un parti.»

La princesse, toujours debout, ajouta:

– Ce petit procureur serait bien fier, s’il savait que ses paperasses, remplies de mensonges, et arrangées pour procurer son avancement, ont fait passer la nuit aux deux plus grands perso

Le prince se jeta sur un des portefeuilles comme un furieux, et en vida tout le contenu dans la cheminée. La masse des papiers fut sur le point d’étouffer les deux bougies; l’appartement se remplit de fumée. La princesse vit dans les yeux de son fils qu’il était tenté de saisir une carafe et de sauver ces papiers, qui lui coûtaient quatre-vingt mille francs.

– Ouvrez donc la fenêtre! cria-t-elle à la duchesse avec humeur. La duchesse se hâta d’obéir; aussitôt tous les papiers s’enflammèrent à la fois; il se fit un grand bruit dans la cheminée, et bientôt il fut évident qu’elle avait pris feu.

Le prince avait l’âme petite pour toutes les choses d’argent; il crut voir son palais en flammes, et toutes les richesses qu’il contenait détruites; il courut à la fenêtre et appela la garde d’une voix toute changée. Les soldats en tumulte étant accourus dans la cour à la voix du prince, il revint près de la cheminée qui attirait l’air de la fenêtre ouverte avec un bruit réellement effrayant; il s’impatienta, jura, fit deux ou trois tours dans le cabinet comme un homme hors de lui, et, enfin, sortit en courant.

La princesse et sa grande maîtresse restèrent debout, l’une vis-à-vis de l’autre, et gardant un profond silence.

«La colère va-t-elle recommencer? se dit la duchesse; ma foi, mon procès est gagné.» Et elle se disposait à être fort impertinente dans ses répliques, quand une pensée l’illumina; elle vit le second portefeuille intact. «Non, mon procès n’est gagné qu’à moitié!» Elle dit à la princesse, d’un air assez froid:

– Madame m’ordo

– Et où les brûlerez-vous? dit la princesse avec humeur.

– Dans la cheminée du salon; en les y jetant l’un après l’autre, il n’y a pas de danger.

La duchesse plaça sous son bras le portefeuille regorgeant de papiers, prit une bougie et passa dans le salon voisin. Elle prit le temps de voir que ce portefeuille était celui des dépositions, mit dans son châle cinq ou six liasses de papiers, brûla le reste avec beaucoup de soin, puis disparut sans prendre congé de la princesse.

– Voici une bo

En entendant le bruit de la voiture de la duchesse, la princesse fut outrée contre sa grande maîtresse.

Malgré l’heure indue, la duchesse fit appeler le comte; il était au feu du château, mais parut bientôt avec la nouvelle que tout était fini.

– Ce petit prince a réellement montré beaucoup de courage, et je lui en ai fait mon compliment avec effusion.

– Examinez bien vite ces dépositions, et brûlons-les au plus tôt.

Le comte lut et pâlit.

– Ma foi, ils arrivaient bien près de la vérité; cette procédure est fort adroitement faite, ils sont tout à fait sur les traces de Ferrante Palla; et, s’il parle, nous avons un rôle difficile.

– Mais il ne parlera pas, s’écria la duchesse; c’est un homme d’ho

– Pas encore. Permettez-moi de prendre les noms de douze ou quinze témoins dangereux, et que je me permettrai de faire enlever, si jamais le Rassi veut recommencer.

– Je rappellerai à Votre Excellence que le prince a do

– Par pusillanimité, et de peur d’une scène, il la tiendra.

– Maintenant, mon ami, voici une nuit qui avance beaucoup notre mariage; je n’aurais pas voulu vous apporter en dot un procès criminel, et encore pour un péché que me fit commettre mon intérêt pour un autre.

Le comte était amoureux, lui prit la main, s’exclama; il avait les larmes aux yeux.

– Avant de partir, do

– Vous vous êtes assez vengée des propos aigrelets de la princesse, qui n’étaient que de la faiblesse, par l’impertinence de votre sortie. Reprenez demain avec elle sur le ton que vous aviez ce matin; le Rassi n’est pas encore en prison ou exilé, nous n’avons pas encore déchiré la sentence de Fabrice.

«Vous demandiez à la princesse de prendre une décision, ce qui do