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– Distinguons! reprit le Rassi avec un sourire. Moi je ne suis que pour les morts officielles, et si M. del Dongo vient à mourir d’une colique, n’allez pas me l’attribuer! Le prince est outré, et je ne sais pourquoi, contre la Sanseverina (trois jours auparavant le Rassi eût dit la duchesse, mais, comme toute la ville, il savait la rupture avec le premier ministre).

Le comte fut frappé de la suppression du titre dans une telle bouche, et l’on peut juger du plaisir qu’elle lui fit; il lança au Rassi un regard chargé de la plus vive haine. «Mon cher ange! se dit-il ensuite, je ne puis te montrer mon amour qu’en obéissant aveuglément à tes ordres.»

– Je vous avouerai, dit-il au fiscal, que je ne prends pas un intérêt bien passio

– En ce cas, monsieur le comte, je ne serai baron que dans douze a

– Son Altesse est bien bo

La conversation fut infinie dans ce sens. Comme Rassi se levait, le comte lui dit d’un air fort indifférent:

– Vous savez qu’on a dit que Fabrice me trompait, en ce sens qu’il était un des amants de la duchesse; je n’accepte point ce bruit, et pour le démentir, je veux que vous fassiez passer cette bourse à Fabrice.

– Mais monsieur le comte, dit Rassi effrayé, et regardant la bourse, il y a là une somme énorme, et les règlements…

– Pour vous, mon cher, elle peut être énorme, reprit le comte de l’air du plus souverain mépris: un bourgeois tel que vous, envoyant de l’argent à son ami en prison, croit se ruiner en lui do

Comme le Rassi effrayé voulait répliquer, le comte ferma la porte sur lui avec impatience. «Ces gens-là, se dit-il, ne voient le pouvoir que derrière l’insolence.» Cela dit, ce grand ministre se livra à une action tellement ridicule, que nous avons quelque peine à la rapporter; il courut prendre dans son bureau un portrait en miniature de la duchesse, et le couvrit de baisers passio

Après une longue conversation avec le portrait, le comte, qui se sentait le cœur mort dans la poitrine, eut l’idée d’une action ridicule et s’y livra avec un empressement d’enfant. Il se fit do

– Il faut faire une distinction, dit la princesse: la fille d’un roi de France, par exemple, n’a aucun espoir d’arriver jamais à la couro

Cette idée par son imprévu baroque do

Au sortir de chez la princesse Isota, qui avait grandement rougi en recevant l’aveu de la passion du premier ministre, celui-ci rencontra un des fourriers du palais: le prince le faisait demander en toute hâte.

– Je suis malade, répondit le ministre, ravi de pouvoir faire une malho

«Ah! ah! vous me poussez à bout, s’écria-t-il avec fureur, et puis vous voulez que je vous serve! mais sachez, mon prince, qu’avoir reçu le pouvoir de la Providence ne suffit plus en ce siècle-ci, il faut beaucoup d’esprit et un grand caractère pour réussir à être despote.»

Après avoir renvoyé le fourrier du palais fort scandalisé de la parfaite santé de ce malade, le comte trouva plaisant d’aller voir les deux hommes de la cour qui avaient le plus d’influence sur le général Fabio Conti. Ce qui surtout faisait frémir le ministre et lui ôtait tout courage, c’est que le gouverneur de la citadelle était accusé de s’être défait jadis d’un capitaine, son e

Le comte savait que depuis huit jours la duchesse avait répandu des sommes folles pour se ménager des intelligences à la citadelle; mais, suivant lui, il y avait peu d’espoir de succès, tous les yeux étaient encore trop ouverts. Nous ne raconterons point au lecteur toutes les tentatives de corruption essayées par cette femme malheureuse: elle était au désespoir, et des agents de toute sorte et parfaitement dévoués la secondaient. Mais il n’est peut-être qu’un seul genre d’affaires dont on s’acquitte parfaitement bien dans les petites cours despotiques, c’est la garde des priso