Страница 69 из 114
Ce dernier trait fut trop fort pour le courage du comte: il fit une belle lettre au prince pour do
Il serait difficile de décrire le désespoir du pauvre ministre. «Elle a raison, j’en conviens, se disait-il à chaque instant; mon omission du mot “procédure injuste” est un affreux malheur; elle entraînera peut-être la mort de Fabrice, et celle-ci amènera la mie
Il se perdait en suppositions; il cherchait à deviner quel serait à l’avenir le plan de conduite de la femme qu’il aimait. «Elle n’en sait rien elle-même, se disait-il; une seule chose reste certaine, c’est que, pour rien au monde, elle ne manquerait aux résolutions qu’elle m’aurait une fois a
Le lendemain fut un jour funèbre; le bruit se répandait généralement que Fabrice allait être mis à mort, la ville fut émue. On ajoutait que le prince, ayant égard à sa haute naissance, avait daigné décider qu’il aurait la tête tranchée.
«C’est moi qui le tue, se dit le comte; je ne puis plus prétendre à revoir jamais la duchesse.» Malgré ce raiso
Le lendemain, trois grandes nouvelles agitaient la haute société de Parme, et même la bourgeoisie. La mise à mort de Fabrice était plus que jamais certaine; et, complément bien étrange de cette nouvelle, la duchesse ne paraissait point trop au désespoir. Selon les apparences, elle n’accordait que des regrets assez modérés à son jeune amant; toutefois elle profitait avec un art infini de la pâleur que venait de lui do
– Quelle immoralité! s’écriaient les jansénistes de Parme.
Mais déjà la duchesse, chose incroyable! paraissait disposée à écouter les cajoleries des plus beaux jeunes gens de la cour. On remarquait, entre autres singularités, qu’elle avait été fort gaie dans une conversation avec le comte Baldi, l’amant actuel de la Raversi, et l’avait beaucoup plaisanté sur ses courses fréquentes au château de Velleja. La petite bourgeoisie et le peuple étaient indignés de la mort de Fabrice, que ces bo
Le jour suivant, le comte revit Bruno, cet agent fidèle qu’il avait expédié sur Bologne; le comte s’attendrit au moment où cet homme entrait dans son cabinet; sa vue lui rappelait l’état heureux où il se trouvait lorsqu’il l’avait envoyé à Bologne, presque d’accord avec la duchesse. Bruno arrivait de Bologne où il n’avait rien découvert; il n’avait pu trouver Ludovic, que le podestat de Castelnovo avait gardé dans la prison de son village.
– Je vais vous renvoyer à Bologne, dit le comte à Bruno: la duchesse tiendra au triste plaisir de co
«Mais non! s’écria le comte en s’interrompant; partez à l’instant même pour la Lombardie, et distribuez de l’argent et en grande quantité à tous nos correspondants. Mon but est d’obtenir de tous ces gens-là des rapports de la nature la plus encourageante.
Bruno ayant bien compris le but de sa mission, se mit à écrire ses lettres de créance; comme le comte lui do
– Cet animal-là fait mon malheur! s’écria le comte furieux, devant Bruno stupéfait, et croit me séduire par ces mêmes phrases hypocrites que tant de fois nous avons arrangées ensemble pour prendre à la glu quelque sot.
Il refusa l’ordre qu’on lui offrait, et dans sa réponse parla de l’état de sa santé comme ne lui laissant que bien peu d’espérance de pouvoir s’acquitter longtemps encore des pénibles travaux du ministère. Le comte était furieux. Un instant après on a
– Eh bien! parce que je vous ai fait noble, vous commencez à faire l’insolent! Pourquoi n’être pas venu hier pour me remercier, comme c’était votre devoir étroit, monsieur le cuistre?
Le Rassi était bien au-dessus des injures; c’était sur ce ton-là qu’il était journellement reçu par le prince; mais il voulait être baron et se justifia avec esprit. Rien n’était plus facile.
– Le prince m’a tenu cloué à une table hier toute la journée; je n’ai pu sortir du palais. Son Altesse m’a fait copier de ma mauvaise écriture de procureur une quantité de pièces diplomatiques tellement niaises et tellement bavardes que je crois, en vérité, que son but unique était de me retenir priso
– Et moi, monsieur le drôle, je ne suis point dupe de tous ces contes plus ou moins bien bâtis! Vous avez refusé de me parler de Fabrice avant-hier; j’ai respecté vos scrupules, et vos serments touchant le secret, quoique les serments pour un être tel que vous ne soient tout au plus que des moyens de défaite. Aujourd’hui, je veux la vérité: Qu’est-ce que ces bruits ridicules qui font condamner à mort ce jeune homme comme assassin du comédien Giletti!
– Perso
– Au fait! s’écria le ministre, et pas de phrases.
– Sans doute le prince voudrait bien tenir une sentence de mort contre M. del Dongo, mais il n’a, comme vous le savez sans doute, qu’une condamnation en vingt a
– C’est parce que je savais cette condamnation à la prison seulement, que j’étais effrayé des bruits d’exécution prochaine qui se répandent par la ville; je me souviens de la mort du comte Palanza, si bien escamotée par vous.
– C’est alors que j’aurais dû avoir la croix! s’écria Rassi sans se déconcerter; il fallait serrer le bouton tandis que je le tenais, et que l’homme avait envie de cette mort. Je fus un nigaud alors, et c’est armé de cette expérience que j’ose vous conseiller de ne pas m’imiter aujourd’hui. (Cette comparaison parut du plus mauvais goût à l’interlocuteur, qui fut obligé de se retenir pour ne pas do
– D’abord, reprit celui-ci avec la logique d’un jurisconsulte et l’assurance parfaite d’un homme qu’aucune insulte ne peut offenser, d’abord il ne peut être question de l’exécution dudit del Dongo; le prince n’oserait! les temps sont bien changés! et enfin, moi, noble et espérant par vous de devenir baron, je n’y do
– Et vous ferez sagement, dit le comte en le toisant d’un air sévère.