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Clélia rougit et fut tellement interdite qu’elle ne trouva aucune parole pour répondre. «Quel air noble au milieu de ces êtres grossiers!» se disait-elle au moment où Fabrice lui adressa la parole. La profonde pitié, et nous dirons presque l’attendrissement où elle était plongée, lui ôtèrent la présence d’esprit nécessaire pour trouver un mot quelconque, elle s’aperçut de son silence et rougit encore davantage. En ce moment on tirait avec violence les verrous de la grande porte de la citadelle, la voiture de Son Excellence n’attendait-elle pas depuis une minute au moins? Le bruit fut si violent sous cette voûte, que, quand même Clélia aurait trouvé quelque mot pour répondre, Fabrice n’aurait pu entendre ses paroles.
Emportée par les chevaux qui avaient pris le galop aussitôt après le pont-levis, Clélia se disait: «Il m’aura trouvée bien ridicule!» Puis tout à coup elle ajouta: «Non pas seulement ridicule; il aura cru voir en moi une âme basse, il aura pensé que je ne répondais pas à son salut parce qu’il est priso
Cette idée fut du désespoir pour cette jeune fille qui avait l’âme élevée. «Ce qui rend mon procédé tout à fait avilissant, ajouta-t-elle, c’est que jadis, quand nous nous rencontrâmes pour la première fois, aussi avec accompagnement de gendarmes, comme il le dit, c’était moi qui me trouvais priso
Le carrosse du gouverneur de la citadelle resta plus d’une heure et demi dans la cour du palais, et toutefois lorsque le général descendit de chez le prince, Clélia ne trouva point qu’il y fût resté trop longtemps.
– Quelle est la volonté de Son Altesse? demanda Clélia.
– Sa parole a dit: la prison! et son regard: la mort!
– La mort! Grand Dieu! s’écria Clélia.
– Allons, tais-toi! reprit le général avec humeur; que je suis sot de répondre à un enfant!
Pendant ce temps, Fabrice montait les trois cent quatre-vingts marches qui conduisaient à la tour Farnèse, nouvelle prison bâtie sur la plate-forme de la grosse tour, à une élévation prodigieuse. Il ne songea pas une seule fois, distinctement du moins, au grand changement qui venait de s’opérer dans son sort. «Quel regard! se disait-il; que de choses il exprimait! quelle profonde pitié! Elle avait l’air de dire: la vie est un tel tissu de malheurs! Ne vous affligez point trop de ce qui vous arrive! est-ce que nous ne sommes point ici-bas pour être infortunés? Comme ses yeux si beaux restaient attachés sur moi, même quand les chevaux s’avançaient avec tant de bruit sous la voûte!»
Fabrice oubliait complètement d’être malheureux.
Clélia suivit son père dans plusieurs salons; au commencement de la soirée, perso
On remarqua ce soir-là plus d’animation que de coutume dans la figure de Clélia; or, l’animation, l’air de prendre part à ce qui l’enviro
L’admirable singularité de cette figure dans laquelle éclataient les grâces naïves et l’empreinte céleste de l’âme la plus noble, c’est que, bien que de la plus rare et de la plus singulière beauté, elle ne ressemblait en aucune façon aux têtes de statues grecques. La duchesse avait au contraire un peu trop de la beauté co
«Il me sera donc impossible, répétait trop souvent l’âme vulgaire du général, le ciel m’ayant do
«Décidément, disait d’autres fois le général, les yeux de ma fille sont plus beaux que ceux de la duchesse, en cela surtout qu’en de rares occasions ils sont susceptibles d’une expression plus profonde; mais cette expression magnifique, quand est-ce qu’on la lui voit? Jamais dans un salon où elle pourrait lui faire ho
Le général n’épargnait aucune démarche, comme on voit, pour se trouver un gendre convenable, mais il disait vrai.
Les courtisans, qui n’ont rien à regarder dans leur âme, sont attentifs à tout: ils avaient remarqué que c’était surtout dans ces jours où Clélia ne pouvait prendre sur elle de s’élancer hors de ses chères rêveries et de feindre de l’intérêt pour quelque chose que la duchesse aimait à s’arrêter auprès d’elle et cherchait à la faire parler. Clélia avait des cheveux blonds cendrés, se détachant, par un effet très doux, sur des joues d’un coloris fin, mais en général un peu trop pâle. La forme seule du front eût pu a
Le jour où Fabrice fut conduit à la forteresse, la duchesse rencontra Clélia à la soirée du ministre de l’Intérieur, comte Zurla; tout le monde faisait cercle autour d’elles: ce soir-là, la beauté de Clélia l’emportait sur celle de la duchesse. Les yeux de la jeune fille avaient une expression si singulière et si profonde qu’ils en étaient presque indiscrets: il y avait de la pitié, il y avait aussi de l’indignation et de la colère dans ses regards. La gaieté et les idées brillantes de la duchesse semblaient jeter Clélia dans des moments de douleur allant jusqu’à l’horreur. «Quels vont être les cris et les gémissements de la pauvre femme, se disait-elle, lorsqu’elle va savoir que son amant, ce jeune homme d’un si grand cœur et d’une physionomie si noble, vient d’être jeté en prison! Et ces regards du souverain qui le condamnent à mort! O pouvoir absolu, quand cesseras-tu de peser sur l’Italie! O âmes vénales et basses! Et je suis fille d’un geôlier! et je n’ai point démenti ce noble caractère en ne daignant pas répondre à Fabrice! et autrefois il fut mon bienfaiteur! Que pense-t-il de moi à cette heure, seul dans sa chambre et en tête-à-tête avec sa petite lampe?» Révoltée par cette idée, Clélia jetait des regards d’horreur sur la magnifique illumination des salons du ministre de l’Intérieur.