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CHAPITRE XV
Deux heures plus tard, le pauvre Fabrice, garni de menottes et attaché par une longue chaîne à la sediola même dans laquelle on l’avait fait monter, partait pour la citadelle de Parme, escorté par huit gendarmes. Ceux-ci avaient l’ordre d’emmener avec eux tous les gendarmes statio
Vingt fois le général l’avait rencontré à la cour, chez la duchesse et ailleurs; mais il se garda bien de témoigner qu’il le co
– Que l’on dresse, cria-t-il au commis de la prison, un procès-verbal fort circonstancié de la remise qui m’est faite du priso
Barbone, le commis, perso
– Je suis prélat de la sainte Eglise romaine, lui dit Fabrice avec fermeté, et grand vicaire de ce diocèse; ma naissance seule me do
– Je n’en sais rien! répliqua le commis avec impertinence; prouvez vos assertions en exhibant les brevets qui vous do
Fabrice n’avait point de brevets et ne répondit pas. Le général Fabio Conti, debout à côté de son commis, le regardait écrire sans lever les yeux sur le priso
Tout à coup Clélia Conti, qui attendait en voiture, entendit un tapage effroyable dans le corps de garde. Le commis Barbone faisant une description insolente et fort longue de la perso
– Je ne puis, dit Fabrice souriant amèrement; je me trouve hors d’état d’obéir aux ordres de monsieur, les menottes m’en empêchent!
– Quoi! s’écria le général d’un air naïf, le priso
Fabrice le regarda. «Voilà un plaisant jésuite! pensa-t-il; il y a une heure qu’il me voit ces menottes qui me gênent horriblement, et il fait l’éto
Les menottes furent ôtées par les gendarmes; ils venaient d’apprendre que Fabrice était neveu de la duchesse Sanseverina, et se hâtèrent de lui montrer une politesse mielleuse qui faisait contraste avec la grossièreté du commis; celui-ci en parut piqué et dit à Fabrice qui restait immobile:
– Allons donc! dépêchons! montrez-nous ces égratignures que vous avez reçues du pauvre Giletti, lors de l’assassinat.
D’un saut, Fabrice s’élança sur le commis, et lui do
– Que se passe-t-il? dit-elle au brigadier.
– Mademoiselle, c’est le jeune Fabrice del Dongo qui vient d’appliquer un fier soufflet à cet insolent de Barbone!
– Quoi! c’est M. del Dongo qu’on amène en prison?
– Eh! sans doute, dit le brigadier; c’est à cause de la haute naissance de ce pauvre jeune homme que l’on fait tant de cérémonies; je croyais que mademoiselle était au fait.
Clélia ne quitta plus la portière; quand les gendarmes qui entouraient la table s’écartaient un peu, elle apercevait le priso
Il faut apprendre au lecteur que dans le parti libéral dirigé par la marquise Raversi et le général Conti, on affectait de ne pas douter de la tendre liaison qui devait exister entre Fabrice et la duchesse. Le comte Mosca, qu’on abhorrait, était pour sa duperie l’objet d’éternelles plaisanteries.
«Ainsi, pensa Clélia, le voilà priso
Un accès de gros rire éclata dans le corps de garde.
– Jacopo, dit-elle au brigadier d’une voix émue que se passe-t-il donc?
– Le général a demandé avec vigueur au priso
Un geôlier qui savait écrire remplaça Barbone; Clélia vit sortir celui-ci, qui essuyait avec son mouchoir le sang qui coulait en abondance de son affreuse figure: il jurait comme un païen:
– Ce f… Fabrice, disait-il à très haute voix, ne mourra jamais que de ma main. Je volerai le bourreau, etc.
Il s’était arrêté entre la fenêtre du bureau et la voiture du général pour regarder Fabrice, et ses jurements redoublaient.
– Passez votre chemin, lui dit le brigadier; on ne jure point ainsi devant mademoiselle.
Barbone leva la tête pour regarder dans la voiture, ses yeux rencontrèrent ceux de Clélia à laquelle un cri d’horreur échappa; jamais elle n’avait vu d’aussi près une expression de figure tellement atroce. «Il tuera Fabrice! se dit-elle, il faut que je prévie
Le général remonta en voiture.
– Veux-tu rentrer chez toi, dit-il à sa fille, ou m’attendre peut-être longtemps dans la cour du palais? il faut que j’aille rendre compte de tout ceci au souverain.
Fabrice sortait du bureau escorté par trois gendarmes; on le conduisait à la chambre qu’on lui avait destinée: Clélia regardait par la portière, le priso
– Comme le priso
– Allez au diable! s’écria le général, que cette arrestation ne laissait pas d’embarrasser.
Il s’agissait pour lui de ne pousser à bout ni la duchesse ni le comte Mosca: et d’ailleurs, dans quel sens le comte allait-il prendre cette affaire? au fond, le meurtre d’un Giletti était une bagatelle, et l’intrigue seule était parvenue à en faire quelque chose.
Durant ce court dialogue, Fabrice était superbe au milieu de ces gendarmes, c’était bien la mine la plus fière et la plus noble; ses traits fins et délicats, et le sourire de mépris qui errait sur ses lèvres, faisaient un charmant contraste avec les apparences grossières des gendarmes qui l’entouraient. Mais tout cela ne formait pour ainsi dire que la partie extérieure de sa physionomie; il était ravi de la céleste beauté de Clélia, et son œil trahissait toute sa surprise. Elle, profondément pensive, n’avait pas songé à retirer la tête de la portière; il la salua avec le demi-sourire le plus respectueux; puis, après un instant:
– Il me semble, mademoiselle, lui dit-il, qu’autrefois, près d’un lac, j’ai déjà eu l’ho