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Un certain jeudi, il pleuvait, il faisait froid; à chaque instant de la soirée le duc entendait des voitures qui ébranlaient le pavé de la place du palais, en allant chez Mme Sanseverina. Il eut un mouvement d’impatience: d’autres s’amusaient, et lui, prince souverain, maître absolu, qui devait s’amuser plus que perso
Le prince s’amusa, et l’on va juger du caractère tout de premier mouvement de la duchesse, et du pouvoir infini que les idées vagues de départ adroitement jetées lui avaient laissé prendre.
En reconduisant le prince qui lui adressait des mots fort aimables, il lui vint une idée singulière et qu’elle osa bien lui dire tout simplement, et comme une chose des plus ordinaires.
– Si Votre Altesse Sérénissime voulait adresser à la princesse trois ou quatre de ces phrases charmantes qu’elle me prodigue, elle ferait mon bonheur bien plus sûrement qu’en me disant ici que je suis jolie. C’est que je ne voudrais pas pour tout au monde que la princesse pût voir de mauvais œil l’insigne marque de faveur dont Votre Altesse vient de m’honorer.
Le prince la regarda fixement et répliqua d’un air sec:
– Apparemment que je suis le maître d’aller où il me plaît.
La duchesse rougit.
– Je voulais seulement, reprit-elle à l’instant, ne pas exposer Son Altesse à faire une course inutile, car ce jeudi sera le dernier; je vais aller passer quelques jours à Bologne ou à Florence.
Comme elle rentrait dans ses salons, tout le monde la croyait au comble de la faveur, et elle venait de hasarder ce que de mémoire d’homme perso
– Ce que vous avez fait est bien hardi, lui dit-il; je ne vous l’aurais pas conseillé; mais dans les cœurs bien épris, ajouta-t-il en riant, le bonheur augmente l’amour, et si vous partez demain matin, je vous suis demain soir. Je ne serai retardé que par cette corvée du ministère des finances dont j’ai eu la sottise de me charger, mais en quatre heures de temps bien employées on peut faire la remise de bien des caisses. Rentrons, chère amie, et faisons de la fatuité ministérielle en toute liberté, et sans nulle retenue, c’est peut-être la dernière représentation que nous do
L’amour et l’amour-propre de la duchesse eurent un moment délicieux; elle regarda le comte, et ses yeux se mouillèrent de larmes. Un ministre si puissant, enviro
En rentrant dans les salons, elle était folle de joie. Tout le monde se prosternait devant elle.
«Comme le bonheur change la duchesse, disaient de toutes parts les courtisans, c’est à ne pas la reco
Vers la fin de la soirée, le comte vint à elle:
– Il faut que je vous dise des nouvelles.
Aussitôt les perso
– Le prince en rentrant au palais, continua le comte, s’est fait a
«Il a passé plus de vingt-cinq minutes chez sa femme qui pleurait de joie; malgré son esprit, elle n’a pas pu trouver un mot pour soutenir la conversation sur le ton léger que Son Altesse voulait bien lui do
Ce prince n’était point un méchant homme, quoi qu’en pussent dire les libéraux d’Italie. A la vérité, il avait fait jeter dans les prisons un assez bon nombre d’entre eux, mais c’était par peur, et il répétait quelquefois comme pour se consoler de certains souvenirs: Il vaut mieux tuer le diable que si le diable nous tue. Le lendemain de la soirée dont nous venons de parler, il était tout joyeux, il avait fait deux belles actions: aller au jeudi et parler à sa femme. A dîner, il lui adressa la parole; en un mot, ce jeudi de Mme Sanseverina amena une révolution d’intérieur dont tout Parme retentit; la Raversi fut consternée, et la duchesse eut une double joie: elle avait pu être utile à son amant et l’avait trouvé plus épris que jamais.
– Tout cela à cause d’une idée bien imprudente qui m’est venue! disait-elle au comte. Je serais plus libre sans doute à Rome ou à Naples, mais y trouverais-je un jeu aussi attachant? Non, en vérité, mon cher comte, et vous faites mon bonheur.