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On peut juger de la réponse, de la joie, de l’éto

– J’ai fait vœu à la Madone, comme tu sais, de ne jamais te voir; c’est pourquoi je te reçois dans cette obscurité profonde. Je veux bien que tu saches que, si jamais tu me forçais à te regarder en plein jour, tout serait fini entre nous. Mais d’abord, je ne veux pas que tu prêches devant Anetta Marini, et ne va pas croire que c’est moi qui ai eu la sottise de faire porter un fauteuil dans la maison de Dieu.

– Mon cher ange, je ne prêcherai plus devant qui que ce soit; je n’ai prêché que dans l’espoir qu’un jour je te verrais.

– Ne parle pas ainsi, songe qu’il ne m’est pas permis, à moi, de te voir.

Ici, nous demandons la permission de passer, sans en dire un seul mot, sur un espace de trois a

A l’époque où reprend notre récit, il y avait déjà longtemps que le comte Mosca était de retour à Parme, comme premier ministre, plus puissant que jamais.

Après ces trois a

Dans les longues heures de chaque journée où la marquise ne pouvait voir son ami, la présence de Sandrino la consolait; car nous avons à avouer une chose qui semblera bizarre au nord des Alpes: malgré ses erreurs elle était restée fidèle à son vœu; elle avait promis à la Madone, l’on se le rappelle peut-être, de ne jamais voir Fabrice; telles avaient été ses paroles précises: en conséquence elle ne le recevait que de nuit, et jamais il n’y avait de lumières dans l’appartement.

Mais tous les soirs il était reçu par son amie; et, ce qui est admirable, au milieu d’une cour dévorée par la curiosité et par l’e

On était éto

Le bon archevêque Landriani était mort depuis longtemps; la piété, les mœurs exemplaires, l’éloquence de Fabrice l’avaient fait oublier; son frère aîné était mort et tous les biens de la famille lui étaient arrivés. A partir de cette époque il distribua chaque a

Il eût été difficile de rêver une vie plus honorée, plus honorable et plus utile que celle que Fabrice s’était faite, lorsque tout fut troublé par ce malheureux caprice de tendresse.

– D’après ce vœu que je respecte et qui fait pourtant le malheur de ma vie puisque tu ne veux pas me voir de jour, dit-il un jour à Clélia, je suis obligé de vivre constamment seul, n’ayant d’autre distraction que le travail; et encore le travail me manque. Au milieu de cette façon sévère et triste de passer les longues heures de chaque journée, une idée s’est présentée, qui fait mon tourment et que je combats en vain depuis six mois: mon fils ne m’aimera point, il ne m’entend jamais nommer. Elevé au milieu du luxe aimable du palais Crescenzi, à peine s’il me co

– Eh bien! dit la marquise, où tend tout ce discours qui m’effraye?

– A ravoir mon fils! Je veux qu’il habite avec moi; je veux le voir tous les jours, je veux qu’il s’accoutume à m’aimer; je veux l’aimer moi-même à loisir. Puisqu’une fatalité unique au monde veut que je sois privé de ce bonheur dont jouissent tant d’âmes tendres, et que je ne passe pas ma vie avec tout ce que j’adore, je veux du moins avoir auprès de moi un être qui te rappelle à mon cœur, qui te remplace en quelque sorte. Les affaires et les hommes me sont à charge dans ma solitude forcée; tu sais que l’ambition a toujours été un mot vide pour moi, depuis l’instant où j’eus le bonheur d’être écroué par Barbone, et tout ce qui n’est pas sensation de l’âme me semble ridicule dans la mélancolie qui loin de toi m’accable.

On peut comprendre la vive douleur dont le chagrin de son ami remplit l’âme de la pauvre Clélia; sa tristesse fut d’autant plus profonde qu’elle sentait que Fabrice avait une sorte de raison. Elle alla jusqu’à mettre en doute si elle ne devait pas tenter de rompre son vœu. Alors elle eût reçu Fabrice de jour comme tout autre perso

D’un autre côté, si elle consentait à céder au désir si naturel de Fabrice, si elle cherchait à ne pas faire le malheur de cette âme tendre qu’elle co

Une répugnance qui, chez Clélia, allait jusqu’à la terreur, causa une rupture qui ne put durer.

Clélia prétendait qu’il ne fallait pas tenter Dieu; que ce fils si chéri était le fruit d’un crime, et que, si encore l’on irritait la colère céleste, Dieu ne manquerait pas de le retirer à lui. Fabrice reparlait de sa destinée singulière:

– L’état que le hasard m’a do

Il y eut bien des larmes répandues. Clélia tomba malade; mais elle aimait trop Fabrice pour se refuser constamment au sacrifice terrible qu’il lui demandait. En apparence, Sandrino tomba malade; le marquis se hâta de faire appeler les médecins les plus célèbres, et Clélia rencontra dès cet instant un embarras terrible qu’elle n’avait pas prévu; il fallait empêcher cet enfant adoré de prendre aucun des remèdes ordo

L’enfant, retenu au lit plus qu’il ne fallait pour sa santé, devint réellement malade. Comment dire au médecin la cause de ce mal? Déchirée par deux intérêts contraires et si chers, Clélia fut sur le point de perdre la raison. Fallait-il consentir à une guérison apparente, et sacrifier ainsi tout le fruit d’une feinte si longue et si pénible? Fabrice, de son côté, ne pouvait ni se pardo

Il eut recours à son ami intime, le comte Mosca, qui tout vieux ministre qu’il était, fut attendri de cette histoire d’amour qu’il ignorait en grande partie.

– Je vous procurerai l’absence du marquis pendant cinq ou six jours au moins: quand la voulez-vous?

A quelque temps de là, Fabrice vint dire au comte que tout était préparé pour que l’on pût profiter de l’absence.

Deux jours après, comme le marquis revenait à cheval d’une de ses terres aux environs de Mantoue, des brigands, soldés apparemment par une vengeance particulière, l’enlevèrent, sans le maltraiter en aucune façon, et le placèrent dans une barque, qui employa trois jours à descendre le Pô et à faire le même voyage que Fabrice avait exécuté autrefois après la fameuse affaire Giletti. Le quatrième jour, les brigands déposèrent le marquis dans une île déserte du Pô, après avoir eu le soin de le voler complètement, et de ne lui laisser ni argent ni aucun effet ayant la moindre valeur. Le marquis fut deux jours entiers avant de pouvoir regagner son palais à Parme; il le trouva tendu de noir et tout son monde dans la désolation.

Cet enlèvement, fort adroitement exécuté, eut un résultat bien funeste: Sandrino, établi en secret dans une grande et belle maison où la marquise venait le voir presque tous les jours, mourut au bout de quelques mois. Clélia se figura qu’elle était frappée par une juste punition, pour avoir été infidèle à son vœu à la Madone: elle avait vu si souvent Fabrice aux lumières, et même deux fois en plein jour et avec des transports si tendres, durant la maladie de Sandrino! Elle ne survécut que de quelques mois à ce fils si chéri, mais elle eut la douceur de mourir dans les bras de son ami.