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– Voilà comment vous êtes, avec vos bêtises! dit-il grossièrement au Gonzo; vous me ferez arriver au Corso après la princesse, dont je suis le chevalier d’ho
Mais le Gonzo voulait réserver ce récit pour l’oreille de la marquise, qui l’avait invité à dîner; il dépêcha donc, en fort peu de mots, l’histoire réclamée, et le marquis, à moitié endormi, courut faire sa sieste. Le Gonzo prit une tout autre manière avec la pauvre marquise. Elle était restée tellement jeune et naïve au milieu de sa haute fortune, qu’elle crut devoir réparer la grossièreté avec laquelle le marquis venait d’adresser la parole au Gonzo. Charmé de ce succès, celui-ci retrouva toute son éloquence, et se fit un plaisir, non moins qu’un devoir, d’entrer avec elle dans des détails infinis.
La petite Anetta Marini do
Clélia se fit répéter jusqu’à trois fois tous ces détails singuliers. A la troisième, elle devint fort rêveuse; elle calculait qu’il y avait justement quatorze mois qu’elle n’avait vu Fabrice. «Y aurait-il un bien grand mal, se disait-elle, à passer une heure dans une église, non pour voir Fabrice, mais pour entendre un prédicateur célèbre? D’ailleurs, je me placerai loin de la chaire, et je ne regarderai Fabrice qu’une fois en entrant et une autre fois à la fin du sermon… Non, se disait Clélia, ce n’est pas Fabrice que je vais voir, je vais entendre le prédicateur éto
Une fois ce parti pris, la marquise fit le bonheur du Gonzo en lui disant:
– Tâchez de savoir quel jour le coadjuteur prêchera, et dans quelle église? Ce soir, avant que vous ne sortiez, j’aurai peut-être une commission à vous do
A peine Gonzo parti pour le Corso, Clélia alla prendre l’air dans le jardin de son palais. Elle ne se fit pas l’objection que depuis dix mois elle n’y avait pas mis les pieds. Elle était vive, animée; elle avait des couleurs. Le soir, à chaque e
– Que dites-vous du prédicateur à la mode? qu’elle n’avait point entendue d’abord.
– Je le regardais comme un petit intrigant, très digne neveu de l’illustre comtesse Mosca; mais à la dernière fois qu’il a prêché, tenez, à l’église de la Visitation, vis-à-vis de chez vous, il a été tellement sublime, que, toute haine cessante, je le regarde comme l’homme le plus éloquent que j’aie jamais entendu.
– Ainsi vous avez assisté à un de ses sermons? dit Clélia toute tremblante de bonheur.
– Mais, comment, dit la marquise en riant, vous ne m’écoutiez donc pas? Je n’y manquerais pas pour tout au monde. On dit qu’il est attaqué de la poitrine, et que bientôt il ne prêchera plus!
A peine la marquise sortie, Clélia appela le Gonzo dans la galerie.
– Je suis presque résolue, lui dit-elle, à entendre ce prédicateur si vanté. Quand prêchera-t-il?
– Lundi prochain, c’est-à-dire dans trois jours; et l’on dirait qu’il a deviné le projet de Votre Excellence; car il vient prêcher à l’église de la Visitation.
Tout n’était pas expliqué; mais Clélia ne trouvait plus de voix pour parler; elle fit cinq ou six tours dans la galerie, sans ajouter une parole. Gonzo se disait: «Voilà la vengeance qui la travaille. Comment peut-on être assez insolent pour se sauver d’une prison, surtout quand on a l’ho
– Au reste, il faut se presser, ajouta-t-il avec une fine ironie; il est touché à la poitrine. J’ai entendu le docteur Rambo dire qu’il n’a pas un an de vie; Dieu le punit d’avoir rompu son ban en se sauvant traîtreusement de la citadelle.
La marquise s’assit sur le divan de la galerie, et fit signe à Gonzo de l’imiter. Après quelques instants, elle lui remit une petite bourse où elle avait préparé quelques sequins.
– Faites-moi retenir quatre places.
– Sera-t-il permis au pauvre Gonzo de se glisser à la suite de Votre Excellence?
– Sans doute; faites retenir cinq places… Je ne tiens nullement, ajouta-t-elle, à être près de la chaire mais j’aimerais à voir Mlle Marini, que l’on dit si jolie.
La marquise ne vécut pas pendant les trois jours qui la séparaient du fameux lundi, jour du sermon. Le Gonzo, pour qui c’était un insigne ho
Fabrice parut dans la chaire; il était si maigre, si pâle, tellement consumé, que les yeux de Clélia se remplirent de larmes à l’instant. Fabrice dit quelques paroles, puis s’arrêta, comme si la voix lui manquait tout à coup; il essaya vainement de commencer quelques phrases; il se retourna, et prit un papier écrit.
– Mes frères, dit-il, une âme malheureuse et bien digne de toute votre pitié vous engage, par ma voix, à prier pour la fin de ses tourments, qui ne cesseront qu’avec sa vie.
Fabrice lut la suite de son papier fort lentement; mais l’expression de sa voix était telle, qu’avant le milieu de la prière tout le monde pleurait, même le Gonzo. «Au moins on ne me remarquera pas», se disait la marquise en fondant en larmes.
Tout en lisant le papier écrit, Fabrice trouva deux ou trois idées sur l’état de l’homme malheureux pour lequel il venait solliciter les prières des fidèles. Bientôt les pensées lui arrivèrent en foule. En ayant l’air de s’adresser au public, il ne parlait qu’à la marquise. Il termina son discours un peu plus tôt que de coutume, parce que, quoi qu’il pût faire, les larmes le gagnaient à un tel point qu’il ne pouvait plus prononcer d’une manière intelligible. Les bons juges trouvèrent ce sermon singulier, mais égal au moins, pour le pathétique, au fameux sermon prêché aux lumières. Quant à Clélia, à peine eut-elle entendu les dix premières lignes de la prière lue par Fabrice, qu’elle regarda comme un crime atroce d’avoir pu passer quatorze mois sans le voir. En rentrant chez elle, elle se mit au lit pour pouvoir penser à Fabrice en toute liberté; et le lendemain d’assez bo
On compte sur votre ho
En reco
Il serait bien long de décrire tous les genres de folies auxquels furent en proie, ce jour-là, les cœurs de Fabrice et de Clélia. La petite porte indiquée dans le billet n’était autre que celle de l’orangerie du palais Crescenzi, et, dix fois dans la journée, Fabrice trouva le moyen de la voir. Il prit des armes, et seul, un peu avant minuit, d’un pas rapide, il passait près de cette porte, lorsque à son inexprimable joie, il entendit une voix bien co
– Entre ici, ami de mon cœur.
Fabrice entra avec précaution, et se trouva à la vérité dans l’orangerie, mais vis-à-vis une fenêtre fortement grillée et élevée, au-dessus du sol, de trois ou quatre pieds. L’obscurité était profonde, Fabrice avait entendu quelque bruit dans cette fenêtre, et il en reco
– C’est moi, lui dit une voix chérie, qui suis venue ici pour te dire que je t’aime, et pour te demander si tu veux m’obéir.