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Aussi, le lendemain de son arrivée, Kin-Fo, abando
A suivre par Kao-Lin-Sien, par Sing-Tong-Sien, la route de la vallée de l'Ouei-Ro, aux eaux chargées des teintes jaunes de ce lœss à travers lequel il s'est frayé son lit, la petite troupe arriva à Roua-Tchéou, qui fut le foyer d'une terrible insurrection musulmane en 1860. De là, tantôt en barque, tantôt en charrette, Kin-Fo et ses compagnons atteignirent, non sans grandes fatigues, cette forteresse de Tong-Kouan, située au confluent de l'Ouei-Ro et du Rouang-Ro.
Le Rouang-Ro, c'est le fameux fleuve jaune. Il descend directement du nord pour aller, à travers les provinces de l'Est, se jeter dans la mer qui porte son nom, sans être plus jaune que la mer Rouge n'est rouge, que la mer Blanche n'est blanche, que la mer Noire n'est noire, Oui! fleuve célèbre, d'origine céleste sans doute, puisque sa couleur est celle des empereurs, Fils du Ciel, mais aussi «Chagrin de la Chine», qualification due à ses terribles débordements, qui ont causé en partie l'impraticabilité actuelle du canal Impérial.
A Tong-Kouan, les voyageurs eussent été en sûreté, même la nuit. Ce n'est plus une cité de commerce, c'est une ville militaire, habitée en domicile fixe et non en camp volant par ces Tartares Mantchoux, qui forment la première catégorie de l'armée chinoise! Peut-être Kin-Fo avait-il l'intention de s'y reposer quelques jours. Peut-être allait-il chercher dans un hôtel convenable une bo
Mais ce maladroit, auquel il en coûta cette fois un bon pouce de sa queue, eut l'imprudence de do
Il oublia que ce n'était plus Kin-Fo, mais Ki-Nan, qu'il avait l'ho
L'horripilé voyageur, suivi de ses deux gardes et de son valet, n'eut que le temps de prendre la fuite à travers le rassemblement des curieux qui s'était formé sur ses pas. A pied cette fois, à pied! il remonta les berges du fleuve jaune, et il alla ainsi jusqu'au moment où ses compagnons et lui tombèrent d'épuisement dans un petit bourg, où son incognito devait lui garantir quelques heures de tranquillité.
Soun, absolument déconfit, n'osait plus dire un seul mot.
A son tour, avec cette ridicule petite queue de rat qui lui restait, il était l'objet des plaisanteries les plus désagréables! Les gamins couraient après lui et l'apostrophaient de mille clameurs saugrenues.
Aussi avait-il hâte d'arriver! Mais arriver où? Puisque son maître – ainsi qu'il l'avait dit à William J. Bidulph – comptait aller et allait toujours devant lui!
Cette fois, à vingt lis de Tong-Kouan, dans ce modeste bourg où Kin-Fo avait cherché refuge, plus de chevaux, plus d'ânes, ni charrettes, ni chaises. Nulle autre perspective que de rester là ou de continuer à pied la route. Ce n'était pas pour rendre sa bo
Et puis, à courir ainsi, il n'était pas sans avoir rencontré sur sa route de braves gens sans le sou, mais qui étaient heureux, pourtant! Il avait pu observer ces formes variées du bonheur que do
Ici, c'étaient des laboureurs courbés sur leur sillon; là, des ouvriers qui chantaient en maniant leurs outils. N'était-ce pas précisément à cette absence de travail que Kin-Fo devait l'absence de désirs, et, par conséquent, le défaut de bonheur ici-bas? Ah! la leçon était complète! Il le croyait du moins!… Non! ami Kin-Fo, elle ne l'était pas!
Cependant, en cherchant bien dans ce village, en frappant à toutes les portes, Craig et Fry finirent par découvrir un véhicule, mais un seul! Encore ne pouvait-il transporter qu'une perso
C'était une brouette – la brouette de Pascal -, et peut-être inventée avant lui par ces antiques inventeurs de la poudre, de l'écriture, de la boussole et des cerfs-volants.
Seulement, en Chine, la roue de cet appareil, d'un assez grand diamètre, est placée, non à l'extrémité des brancards, mais au milieu, et se meut à travers le coffre même, comme la roue centrale de certains bateaux à vapeur. Le coffre est donc divisé en deux parties, suivant son axe, l'une dans laquelle le voyageur peut s'étendre, l'autre qui est destinée à contenir ses bagages.
Le moteur de ce véhicule, c'est et ce ne peut être qu'un homme, qui pousse l'appareil en avant et ne le traîne pas.
Il est donc placé, en arrière du voyageur, dont il ne gêne aucunement la vue, comme le cocher d'un cab anglais.
Lorsque le vent est bon, c'est-à-dire quand il souffle de l'arrière, l'homme s'adjoint cette force naturelle, qui ne lui coûte rien; il plante un mâtereau sur l'avant du coffre, il hisse une voile carrée, et, par les grandes brises, au lieu de pousser la brouette, c'est lui qui est entraîné, – souvent plus vite qu'il ne le voudrait.
Le véhicule fut acheté avec tous ses accessoires. Kin-Fo y prit place. Le vent était bon, la voile fut hissée.
«Allons, Soun!» dit Kin-Fo.
Soun se disposait tout simplement à s'étendre dans le second compartiment du coffre.
«Aux brancards! cria Kin-Fo d'un certain ton qui n'admettait pas de réplique.
– Maître… que… moi… je!… répondit Soun, dont les jambes fléchissaient d'avance, comme celles d'un cheval surmené.
– Ne t'en prends qu'à toi, qu'à ta langue et à ta sottise!
– Allons, Soun! dirent Fry-Craig.
– Aux brancards! répéta Kin-Fo en regardant ce qui restait de queue au malheureux valet. Aux brancards, animal, et veille à ne point buter, ou sinon!…»
L'index et le médius de la main droite de Kin-Fo, rapprochés en forme de ciseaux, complétèrent si bien sa pensée, que Soun passa la bretelle à ses épaules et saisit le brancard des deux mains. Fry-Craig se postèrent des deux côtés de la brouette, et, la brise aidant, la petite troupe détala d'un léger trot.
Il faut renoncer à peindre la rage sourde et impuissante de Soun, passé à l'état de cheval! Et cependant, souvent Craig et Fry consentirent à le relayer. Très heureusement, le vent du sud leur vint constamment en aide, et fit les trois quarts de la besogne. La brouette étant bien équilibrée par la position de la roue centrale, le travail du brancardier se réduisait à celui de l'homme de barre au gouvernail d'un navire: il n'avait qu'à se maintenir en bo
Et c'est dans cet équipage que Kin-Fo fut entrevu dans les provinces septentrionales de la Chine, marchant lorsqu'il sentait le besoin de se dégourdir les jambes, brouetté quand, au contraire, il voulait se reposer.
Ainsi Kin-Fo, après avoir évité Houan-Fou et Cafong, remonta les berges du célèbre canal Impérial, qui, il y a vingt ans à peine, avant que le fleuve jaune eût repris son ancien lit, formait une belle route navigable depuis Sou-Tchéou, le pays du thé, jusqu'à Péking, sur une longueur de quelques centaines de lieues.
Ainsi il traversa Tsinan, Ho-Kien, et pénétra dans la province de Pé-Tché-Li, où s'élève Péking, la quadruple capitale du Céleste Empire.
Ainsi il passa par Tien-Tsin, que défendent un mur de circonvallation et deux forts, grande cité de quatre cent mille habitants, dont le large port, formé par la jonction du Peï-ho et du canal Impérial, fait, en important des coto
Non! Kin-Fo, toujours brouetté, Soun toujours brouettant, traversèrent les quais où s'étageaient des montagnes de sacs de sel; ils dépassèrent les faubourgs; les concessions anglaise et américaine, le champ de courses, la campagne couverte de sorgho, d'orge, de sésame, de vignes, les jardins maraîchers, riches de légumes et de fruits, les plaines d'où partaient par milliers des lièvres, des perdrix, des cailles, que chassaient le faucon, l'émerillon et le hobereau. Tous quatre suivirent la route dallée de vingt- quatre lieues qui conduit à Péking, entre les arbres d'essences variées et les grands roseaux du fleuve, et ils arrivèrent ainsi à Tong-Tchéou, sains et saufs, Kin-Fo valant toujours deux cent mille dollars, Craig-Fry solides comme au début du voyage, Soun poussif, éclopé, fourbu des deux jambes, et n'ayant plus que trois pouces de queue au sommet du crâne!
On était au 19 juin. Le délai accordé à Wang n'expirait que dans sept jours!
Où était Wang?