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Ces procédés auraient eu tout d'abord quelque chose de brutal, de désobligeant pour ses amis et pour ses serviteurs. Un ou deux grains d'opium mélangé d'un poison subtil devaient suffire à le faire passer de ce monde à l'autre, sans qu'il en eût même conscience, emporté peut-être dans un de ces rêves qui transforment le sommeil passager en sommeil éternel.

Le soleil commençait déjà à s'abaisser sur l'horizon. Kin-Fo n'avait plus que quelques heures à vivre. Il voulut revoir, dans une dernière promenade, la campagne de Shang-Haï et ces rives du Houang-Pou sur lesquelles il avait si souvent promené son e

Le territoire anglais, le petit pont jeté sur le creek, la concession française, furent traversés par lui de ce pas indolent qu'il n'éprouvait même pas le besoin de presser à cette heure suprême. Par le quai qui longe le port indigène, il contourna la muraille de Shang-Haï jusqu'à la cathédrale catholique romaine, dont la coupole domine le faubourg méridional. Alors, il inclina vers la droite et remonta tranquillement le chemin qui conduit à la pagode de Loung-Hao.

C'était la vaste et plate campagne, se développant jusqu'à ces hauteurs ombragées qui limitent la vallée du Min, immenses plaines marécageuses, dont l'industrie agricole a fait des rizières. Ici et là, un lacis de canaux que remplissait la haute mer, quelques villages misérables dont les huttes de roseaux étaient tapissées d'une boue jaunâtre, deux ou trois champs de blé surélevés, pour être à l'abri des eaux. Le long des étroits sentiers, un grand nombre de chiens, de chevreaux blancs, de canards et d'oies, s'enfuyaient à toutes pattes ou à tire-d'aile, lorsque quelque passant venait troubler leurs ébats.

Cette campagne, richement cultivée, dont l'aspect ne pouvait éto

Partout, en effet, des cercueils s'y montraient par centaines. Sans parler des monticules dont le tertre recouvrait les morts définitivement enterrés, on ne voyait que des piles de boîtes oblongues, des pyramides de bières, étagées comme les madriers d'un chantier de construction. La plaine chinoise, aux abords des villes, n'est qu'un vaste cimetière. Les morts encombrent le territoire, aussi bien que les vivants. On prétend qu'il est interdit d'enterrer ces cercueils, tant qu'une même dynastie occupe le trône du Fils du Ciel, et ces dynasties durent des siècles! Que l'interdiction soit vraie ou non, il est certain que les cadavres, couchés dans leurs bières, celles-ci peintes de vives couleurs, celles-là sombres et modestes, les unes neuves et pimpantes, les autres tombant déjà en poussière, attendent pendant des a

Kin-Fo n'en était plus à s'éto

De taille moye

Kin-Fo, après avoir fait une lieue environ dans la campagne, revint sur ses pas, afin de regagner les rives du Houang-Pou.

Les deux limiers rebroussèrent aussitôt chemin.

Kin-Fo, en revenant, rencontra deux ou trois mendiants du plus misérable aspect, et leur fit l'aumône.

Plus loin, quelques Chinoises chrétie

Kin-Fo vida sa bourse dans la main de ces charitables sœurs.

Les deux étrangers parurent assez surpris de cet acte de la part d'un Célestial.

Le soir était venu. Kin-Fo, de retour aux murs de Shang-Haï, reprit la route du quai.

La population flottante ne dormait pas encore. Cris et chants éclataient de toutes parts.

Kin-Fo écouta. Il lui plaisait de savoir quelles seraient les dernières paroles qu'il lui serait do

Une jeune Tankadère, conduisant son sampan à travers les sombres eaux de Houang-Pou, chantait ainsi:

Ma barque, aux fraîches couleurs,

Est parée

De mille et dix mille fleurs.

Je l'attends, l'âme enivrée!

Il doit revenir demain.

Dieu bleu veille!

Que ta main

A son retour le protège,

Et fais que son long chemin

S'abrège!

«Il reviendra demain! Et moi, où serais-je, demain?» pensa Kin-Fo en secouant la tête.

La jeune Tankadère reprit:

Il est allé loin de nous,

J'imagine,

Jusqu'au pays des Mantchoux,

Jusqu'aux murailles de

Chine!

Ah! que mon cœur, souvent,

Tressaillait, lorsque le vent,

Se déchaînant, faisait rage,

Et qu'il s'en allait, bravant

L'orage!

Kin-Fo écoutait toujours et ne dit rien, cette fois.

La Tankadère finit ainsi:

Qu'as-tu besoin de courir

La fortune?

Loin de moi veux-tu mourir?

Voici la troisième lune!

Viens!

Le bonze nous attend

Pour unir au même instant

Les deux phénix, nos emblèmes!

Viens!

Reviens!

Je t'aime tant,

Et tu m'aimes

«Oui! peut-être! murmura Kin-Fo, la richesse n'est-elle pas tout en ce monde! Mais la vie ne vaut pas qu'on essaie!»

Une demi-heure après, Kin-Fo rentrait à son habitation.

Les deux étrangers, qui l'avaient suivi jusque-là, durent s'arrêter.

Kin-Fo tranquillement se dirigea vers le kiosque de «Longue Vie», en ouvrit la porte, la referma, et se trouva seul dans un petit salon, doucement éclairé par la lumière d'une lanterne à verres dépolis.

Sur une table, faite d'un seul morceau de jade, se trouvait un coffret, contenant quelques grains d'opium, mélangés d'un poison mortel, un «en-cas» que le riche e

Kin-Fo prit deux de ces grains, les introduisit dans une de ces pipes de terre rouge dont se servent habituellement les fumeurs d'opium, puis il se disposa à l'allumer.

«Eh! quoi! dit-il, pas même une émotion, au moment de m'endormir pour ne plus me réveiller!»

Il hésita un instant.

«Non! s'écria-t-il, en jetant la pipe, qui se brisa sur le parquet. Je la veux, cette suprême émotion, ne fût-ce que celle de l'attente!… je la veux! je l'aurai!»

Et, quittant le kiosque, Kin-Fo, d'un pas plus pressé que d'ordinaire, se dirigea vers la chambre de Wang.