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Néanmoins, quand j’eus fait quelques pas de plus, je me retournai soudainement, et je vis que sa curiosité ne s’était pas éteinte parce que le vétéran avait levé la tête et me regardait avec une expression bizarre. J’eus l’impression que c’était l’un des six notables de l’armoire. Quand il me vit le regarder, il laissa tomber sa tête; et, sans plus songer à lui, je continuai mon chemin, content qu’il existât une étrange similitude entre ces vieux soldats.
Un peu plus tard, d’une façon semblable, je rencontrai un autre vieux soldat. Lui non plus ne fit pas attention à moi quand je passai.
Le temps aidant, il commençait à se faire tard dans l’après-midi, et je commençai à songer à revenir sur mes pas. Aussi je fis demi-tour pour rentrer, mais je pus voir qu’un certain nombre de sentiers passaient entre les différents tas, et je ne sus avec certitude lequel prendre. Dans ma perplexité, je voulus m’adresser à quelqu’un pour lui demander mon chemin, mais je ne vis perso
J’atteignis mon but, parce que, après environ deux cents mètres, je vis devant moi une sorte de simple cabane semblable à celles que j’avais déjà vues, avec cependant pour différence que celle-ci n’était pas destinée à être habitée, car elle était faite simplement d’un toit et de trois murs, et elle était ouverte sur le devant. À l’évidence, tout me permettait de croire qu’il s’agissait d’un endroit où s’opérait le triage des ordures. À l’intérieur de la cabane se trouvait une vieille femme ridée et recroquevillée par l’âge; je m’approchai d’elle pour lui demander mon chemin.
Elle se leva quand je fus près d’elle, et je lui demandai mon chemin. Elle engagea immédiatement la conversation et il me vint à l’esprit qu’ici, au centre même du Royaume des Ordures, je pouvais recueillir des détails sur l’histoire du métier de chiffo
Je commençai mon enquête, et la vieille femme me do
– Mais M’sieur[5] doit en avoir assez de rester debout?
Et elle épousseta un vieux tabouret branlant pour que je puisse m’asseoir. Cette idée ne me plaisait pas beaucoup pour plusieurs raisons; mais la pauvre vieille femme était tellement civile que je ne voulais pas risquer de la blesser en refusant, et, de plus, la conversation d’une perso
Tandis que nous parlions, un vieillard plus âgé, et même plus recroquevillé et plus ridé que la femme, apparut de derrière la cabane. «Voici Pierre, dit-elle. M’sieur peut entendre des histoires, maintenant, s’il le veut, parce que Pierre était partout, de la Bastille jusqu’à Waterloo.» Le vieil homme prit un autre tabouret à ma demande, et nous plongeâmes dans un océan de souvenirs sur la Révolution.
Ce vieil homme, bien qu’habillé comme un épouvantail, ressemblait à n’importe lequel des six autres vétérans.
À ce moment, j’étais assis au centre de la cabane, basse de plafond, avec la vieille femme à ma gauche et l’homme à ma droite; tous deux étaient assis à un pas devant moi, la pièce était remplie de toutes sortes d’objets curieux en bois et de beaucoup de choses dont j’aurais voulu être éloigné. Dans un coin se dressait un amas de chiffons que semblait vouloir abando
Après un certain temps, je commençai à me sentir mal à l’aise. Je ne pouvais savoir ni comment ni pourquoi, mais quoi qu’il en soit, je ne me sentais pas en paix. Un malaise est instinctif et a valeur d’avertissement. Les facultés psychiques sont souvent les sentinelles de l’intellect, et lorsqu’elles do
C’est ce qui se passa en moi. Je commençai à réfléchir à l’endroit où je me trouvais et à ce qui m’entourait, et à me demander comment je pourrais m’en sortir au cas où je serais attaqué; et puis la pensée me vint tout à coup à l’esprit, bien que sans cause évidente, que j’étais en danger. La prudence me souffla: «Reste tranquille et ne fais aucun geste.» Aussi je restai tranquille et ne fis aucun geste parce que je savais que quatre yeux rusés me regardaient. «Quatre yeux, sinon plus.» Mon Dieu, quelle horrible pensée! La cabane pouvait être entourée sur trois côtés par des ruffians. Je pouvais être au centre d’une horde de desperados tels que seul un demi-siècle de révolutions périodiques peut en produire.
Avec le sentiment du danger, mon intellect et ma faculté d’observation s’aiguisèrent, et je devins plus attentif que d’ordinaire. Je remarquai que les yeux de la vieille femme se tournaient constamment vers mes mains. Je les regardai à mon tour et vis la cause de son regard: mes bagues. À mon petit doigt gauche, je portais une lourde chevalière, et à celui de droite un diamant de valeur.
Je pensai que, s’il existait un danger, mon premier souci devait être d’écarter tout soupçon. Aussi je commençai à diriger la conversation sur le milieu des chiffo
– Excusez-moi! Vous verrez mieux comme ça!
Et, enlevant le diamant, je le lui tendis. Une lueur qui n’avait rien d’une auréole irradia de son visage flétri de vieillarde quand elle toucha la pierre. Elle me jeta un coup d’œil aussi rapide et perçant que l’éclair.
Elle se pencha sur la bague pendant un instant, son visage complètement caché, comme si elle l’examinait. Le vieil homme regarda droit devant lui, en direction de l’entrée de la cabane, et au même moment, fouillant dans ses poches, il en sortit un cornet de tabac dans du papier et une pipe qu’il se mit à bourrer. Je saisis l’occasion de cette pause et de ce répit momentané, ne me sentant plus observé, pour regarder plus soigneusement la pièce autour de moi, qui était maintenant obscure et pleine d’ombre dans le crépuscule. Il y avait toujours les amas puants et malpropres; la hache terrible, tachée de sang, s’appuyait contre le mur dans le coin à droite, et partout, malgré l’obscurité, le scintillement calamiteux des yeux des rats. Je pouvais même les voir à travers quelques-uns des interstices des planches, en bas, derrière, au ras du sol. Mais attendez! Ces yeux-là semblaient plus grands et plus brillants et plus calamiteux que ceux de l’intérieur!
Pendant un instant, mon cœur s’arrêta; et je sentis mon esprit bouillo
Maintenant, je co
La vieille femme leva la tête et me dit comme si elle était contente:
– C’est vraiment une belle bague, une magnifique bague! Mon Dieu, vous savez, je possédais autrefois des bagues semblables, en grand nombre même, et des bracelets et des boucles d’oreilles! Oh, pendant ces beaux jours, c’est moi qui conduisais la danse dans la ville! Mais ils m’ont oubliée maintenant! ils m’ont oubliée! «Ils?» Ils n’ont jamais entendu parler de moi. Peut-être leurs grands-pères se souvie
Et elle eut un rire discordant et croassant. Je suis obligé de dire qu’alors elle m’éto
Le vieillard la dévisagea avec un air de férocité soudain, puis, se levant à moitié de son tabouret, me dit tout à coup d’une voix rauque:
– Laissez-moi regarder!
J’étais sur le point de tendre la bague quand la vieille femme me dit:
– Non! Non! Ne la do
– Vipère! dit le vieillard sauvagement.
Puis la vieille femme s’exclama, plus fortement que nécessaire:
– Attendez! Je vais vous raconter quelque chose au sujet d’une bague.