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L’ENTERREMENT DES RATS [1]
Si vous quittez Paris par la route d’Orléans, après avoir traversé les fortifications et tourné à droite, vous vous trouverez dans un endroit un peu sauvage et pas du tout agréable. À droite, à gauche, devant, derrière vous s’élèvent de grands tas d’ordures et de détritus que le temps a fini par accumuler.
Paris a une vie nocturne aussi bien que diurne, et un voyageur de passage qui rentre à son hôtel, rue de Rivoli ou rue Saint-Honoré, tard dans la nuit, ou qui le quitte tôt le matin, peut deviner, en approchant de Montrouge – s’il ne l’a déjà fait -, à quoi servent ces grands chariots qui ressemblent à des chaudières sur roues qu’il trouve arrêtés un peu partout quand il passe par là.
Chaque ville possède ses institutions propres, créées à partir de ses propres besoins. Ainsi, l’une des institutions les plus notables de Paris est sa population de chiffo
Paris est une ville centralisée, et centralisation et classification sont étroitement liées. Dans un premier temps, alors que la centralisation est en train de devenir effective, ce qui la précède, c’est la classification. Tout est groupé, par similarité ou par analogie, et de ce groupement de groupes surgit une unité entière ou centrale. On voit rayo
D’autres villes ressemblent à tous les oiseaux, bêtes et poissons dont l’appétit et le système digestif sont normaux. Paris, seule, est l’apothéose analogique de la pieuvre. Produit de la centralisation portée à l’absurde, la ville représente bien la pieuvre; et il n’est aucun aspect où cette ressemblance est plus curieuse que dans la similarité avec l’appareil digestif.
Ces touristes intelligents, qui, ayant abando
Le Paris de 1850 ne ressemble pas au Paris d’aujourd’hui, et qui voit le Paris de Napoléon et du baron Haussma
Néanmoins, on peut compter au nombre des choses qui n’ont pas changé les quartiers où les détritus sont rassemblés. L’ordure est partout la même dans le monde, à toutes les époques, et la ressemblance de famille entre des tas d’ordures est parfaite. Ainsi, le voyageur qui visite les environs de Montrouge peut, sans difficulté, remonter dans son imagination jusqu’à l’a
Cette a
Comme tous les voyageurs, j’épuisai vite les endroits les plus intéressants, et je fus obligé, le second mois de mon séjour, de chercher des distractions là où je le pouvais.
Après divers déplacements dans les banlieues les plus co
Avec le temps, mes explorations me conduisirent près de Montrouge, et je me rendis compte que dans ces parages se situait l’Ultima Thulé [2] de l’exploration sociale – un pays aussi peu co
La tâche était repoussante, difficile à accomplir, et offrait peu d’espoir d’une récompense adéquate. Néanmoins, en dépit du bon sens, mon obstination prévalant, j’entrepris ma nouvelle investigation avec une énergie plus grande que celle que j’aurais pu avoir dans des recherches dirigées dans un quelconque but, d’intérêt ou de mérite supérieurs.
Un jour, à la fin d’un bel après-midi dans les derniers jours du mois de septembre, j’entrai dans le saint des saints de la ville des ordures. L’endroit était évidemment le lieu de résidence de nombreux chiffo
Tandis que j’avançais, je vis derrière les tas d’ordures quelques silhouettes passer ici et là, de toute évidence regardant avec intérêt l’arrivée d’un étranger dans un tel endroit. Leur quartier était comme une petite Suisse, et, avançant en zigzaguant, je perdis de vue le sentier derrière moi.
Finalement, j’entrai dans ce qui semblait être une petite ville ou une communauté de chiffo
Quand j’eus avancé un peu plus avant, je vis, contournant l’angle d’un tas d’ordures à moitié achevé, assis sur un tas de paille, un vieux soldat au manteau râpé.
«Hé! me dis-je. La Ière République est bien représentée ici, avec ce militaire.»
Quand je passai devant le vieil homme, il ne me regarda même pas, mais il contempla le sol avec une insistance appuyée. De nouveau, je me dis à moi-même: «Tu vois le résultat d’une vie de guerre difficile. La curiosité de ce vieil homme appartient au passé.»