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Nous trouvâmes tout prêt à l'intérieur de la maison, et quand le dîner fut terminé, nous nous sommes tous transportés dans la pièce que Mr. Trelawny avait installée à côté de son bureau, à proximité immédiate de sa chambre. En entrant, la première chose qui me frappa fut un grand coffre-fort, assez semblable à celui qui se trouvait à Londres dans sa chambre. Une fois tous réunis, Mr. Trelawny s'approcha de la table, prit son portefeuille et l'y déposa. Ce faisant, il appuya dessus avec la paume de sa main, et pâlit étrangement. En tremblant, il ouvrit le portefeuille et dit aussitôt:
– La bosse ne paraît pas la même, j'espère qu'il n'est rien arrivé!
Les trois hommes se rassemblèrent autour de lui. Seule Margaret conserva son calme; elle restait debout et silencieuse, comme une statue. Elle avait un regard lointain, comme si elle n'avait pas su ce qui se passait autour d'elle ou ne s'en souciait pas.
D'un geste désespéré, Trelawny ouvrit la poche du portefeuille où il avait mis le Rubis aux Sept Étoiles. Il s'effondra dans un fauteuil en disant d'une voix rauque:
– Mon Dieu! Il a disparu. Sans lui la Grande Expérience est réduite à néant!
Ses paroles parurent réveiller Margaret de sa rêverie intérieure. Son visage se contracta dans un spasme d'angoisse, puis elle retrouva presque instantanément son calme, et c'est presque en souriant qu'elle dit:
– Vous l'avez peut-être laissé dans votre chambre, père. Il a pu tomber de votre portefeuille quand vous vous êtes changé.
Sans un mot, nous nous précipitâmes tous dans la pièce voisine en passant par la porte ouverte qui séparait le bureau de la chambre à coucher. Et soudain le calme se rétablit.
Là! sur la table, était posée la Pierre aux Sept Étoiles, brillante, étincelante de lumière, comme si chacune des sept pointes des sept étoiles avait lui à travers du sang!
Timidement, nous regardâmes tous derrière nous, et ensuite notre voisin. Margaret était à présent comme les autres. Elle avait abando
Sans un mot, Mr. Trelawny saisit la pierre, et se précipita, en l'emportant, dans la pièce voisine. Il ouvrit avec autant de calme qu'il put la porte du coffre au moyen de la clef suspendue à son bracelet et mit la pierre à l'intérieur. Quand les lourdes portes furent refermées et la clef tournée, il eut l'air de respirer plus librement.
D'une certaine façon cet épisode, bien que troublant à bien des égards, parut nous remettre d'aplomb. Depuis notre départ de Londres, nous avions été surmenés, et nous éprouvions une sorte de soulagement. Une autre étape de notre étrange entreprise était franchie.
Le changement était plus accentué chez Margaret que chez n'importe lequel d'entre nous. Peut-être parce qu'elle était une femme, et nous des hommes; peut-être parce qu'elle était la plus jeune. Ou pour ces deux raisons. En tout cas, le changement était là, et j'étais plus heureux que je ne l'avais été à aucun moment du voyage. Tout son entrain, sa tendresse, ses sentiments profonds apparaissaient de nouveau; de temps à autre, lorsque les yeux se posaient sur elle, son visage semblait s'éclairer.
Pendant que nous attendions l'arrivée des camions, Mr. Trelawny nous fit faire le tour de la maison, en nous indiquant, avec explications, les endroits où les objets devraient être placés. Sur un seul sujet il s'abstint de confidence: la place que devaient occuper les objets ayant un rapport avec la Grande Expérience. Les caisses qui les contenaient devaient pour le moment être laissées dans le vestibule extérieur.
Quand nous eûmes terminé notre inspection, les camions commencèrent à arriver; et l'agitation de la nuit précédente reprit. Mr. Trelawny se tenait dans le hall à côté de la porte massive doublée de fer et do
Tout fut livré en un temps incroyablement bref; et les hommes partirent, après avoir reçu chacun, par l'intermédiaire de leur contremaître, un souvenir qui provoqua de leur part des remerciements empressés. Puis nous nous sommes tous rendus dans nos chambres. Nous étions gagnés par une étrange confiance. Je ne pense pas qu'aucun d'entre nous ait éprouvé le moindre doute sur l'atmosphère de calme dans laquelle allait se dérouler la fin de la nuit.
Cette confiance se révéla justifiée, car, le lendemain matin, en nous réunissant, nous pûmes vérifier que tout le monde avait dormi profondément et paisiblement.
Au cours de cette journée, tous les objets de collection, à l'exception de ceux qui serviraient à la Grande Expérience, furent mis à leur emplacement désigné. On prit alors les dispositions pour que tous les domestiques retournent le lendemain matin à Londres avec Mrs. Grant.
Après leur départ, Mr. Trelawny, après avoir vérifié que les portes étaient bien fermées à clef, nous emmena dans le bureau.
– À présent, dit-il, lorsque nous fûmes assis, j'ai un secret à vous confier; mais, en raison d'un engagement ancien qui m'y oblige, je dois vous demander de me promettre sole
Nous fîmes tous la promesse demandée. Il continua:
– Il y a ici un endroit secret, une caverne, naturelle à l'origine, mais améliorée ensuite, sous la maison. Je ne vais pas entreprendre de vous dire qu'elle a toujours été utilisée d'une manière conforme à la loi. Pendant les Assises Sanglantes, un certain nombre de Cornouaillais y ont trouvé asile; antérieurement, et postérieurement, elle a constitué, j'en suis sûr, un endroit commode pour entreposer des marchandises de contrebande. Les Trelawny, je suppose que vous le savez, ont toujours été plus ou moins contrebandiers; leurs parents, amis et voisins n'étaient pas étrangers à ce genre d'entreprises. Pour toutes ces raisons une cachette sûre a toujours été considérée comme utile à avoir. Et comme les chefs de notre maison ont toujours insisté pour que le secret soit gardé, je mets un point d'ho
Il s'est levé et nous l'avons suivi. Il nous a laissés dans le vestibule extérieur et s'est absenté pendant quelques minutes; quand il est reparu, il nous a fait signe de le suivre.
Dans le vestibule intérieur, nous avons trouvé toute une section d'un angle en saillie déplacée, laissant apparaître une cavité où, dans la pénombre, s'amorçait un escalier grossièrement taillé dans le roc. Comme il ne faisait pas absolument noir, il y avait manifestement un système d'éclairage naturel, si bien que sans avoir besoin de nous arrêter, nous avons suivi notre hôte qui descendait. Après quarante ou cinquante marches taillées dans un passage sinueux, nous sommes parvenus dans une grande caverne dont l'extrémité se perdait dans l'obscurité. C'était une salle énorme, vaguement éclairée par quelques fentes irrégulières de forme bizarre. C'étaient manifestement des fentes du rocher qui permettaient aux fenêtres d'être invisibles du dehors. Tout près de chacune était suspendu un volet qu'on pouvait amener dessus au moyen d'une corde. Le bruit des vagues qui venaient se briser sans cesse arrivait, étouffé, de loin au-dessus de nous. Mr. Trelawny prit immédiatement la parole:
– Voici l'endroit que j'ai choisi, comme cadre de notre Grande Expérience. C'est ce que j'ai trouvé de mieux. De cent différentes façons il remplit les conditions que j'ai été conduit à considérer comme primordiales pour son succès. Ici nous sommes, et serons, aussi isolés qu'aurait été la Reine Tera elle-même dans son tombeau de la Vallée de la Sorcière, et également dans une caverne taillée dans le roc. Pour le bien comme pour le mal, nous devons courir ici notre chance, et nous incliner devant les résultats. Si nous réussissons, nous serons en mesure d'inonder le monde de la science moderne d'un tel flot de lumière jaillie du Monde Antique que toutes les conditions de la pensée, de l'expérimentation et de la pratique s'en trouveront changées. Si nous échouons, alors, même le souvenir de notre tentative disparaîtra avec nous. Pour cela, et pour tout ce qui peut survenir d'autre, je crois que nous sommes prêts!
Mr. Trelawny prit une longue inspiration, et poursuivit sur un ton plus réconfortant, et en même temps plus décidé:
– Comme nous sommes tous d'accord, le plus tôt nous mettrons les choses en train, le mieux cela vaudra. Laissez-moi vous dire que cette salle, comme tout le reste de la maison, peut être éclairée à l'électricité. Nous n'avons pas pu co
Tout en parlant, il commençait à monter les marches. Tout près de l'entrée, il prit l'extrémité d'un câble; il le tira en avant et le fixa à une prise dans le mur. Il tourna le bouton illuminant ainsi la caverne et l'escalier. Je pouvais voir à présent d'après la quantité de lumière qui arrivait dans le hall que le trou ménagé à côté de l'escalier arrivait directement dans la caverne. Au-dessus se trouvait une poulie avec une masse d'engins et de treuils faisant partie du matériel de Smeaton. Mr. Trelawny voyant que je regardais, me dit, en interprétant correctement ma pensée:
– Oui! C'est nouveau. Je l'ai pendu là exprès. Je savais que nous aurions à descendre des fardeaux importants; et comme je ne désirais pas mettre trop de monde dans la confidence, j'ai arrangé un dispositif que je pourrais manœuvrer seul si nécessaire.
Nous nous sommes mis immédiatement au travail; et avant la tombée de la nuit, nous avions descendu, décroché et mis à la place désignée par Trelawny tous les grands sarcophages, les pièces de collection et les autres objets que nous avions emportés avec nous.