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Comme un seul homme tous les regards du restaurant sont braqués sur lui qui l'éteint prestement. Il vient certainement de gâcher beaucoup de très bon vin. Des gorgées mal passées dans des gosiers irrités. Des gens se sont étranglés, des doigts se sont crispés sur les manches des couteaux ou sur les plis des serviettes amido
Ces maudits engins, il en faut toujours un, n'importe où, n'importe quand. Un goujat.
Il est confus. Il a un peu chaud tout à coup dans le cachemire de sa maman.
Il fait un signe de tête aux uns et aux autres comme pour exprimer son désarroi. Il me regarde et ses épaules se sont légèrement affaissées.
– Je suis désolé… il me sourit encore mais c'est moins belliqueux on dirait.
Je lui dis:
– Ce n'est pas grave. On n'est pas au cinéma. Un jour je tuerai quelqu'un. Un homme ou une femme qui aura répondu au téléphone au cinéma pendant la séance. Et quand vous lirez ce fait-divers, vous saurez que c'est moi…
– Je le saurai.
– Vous lisez les faits-divers?
– Non. Mais je vais m'y mettre puisque j'ai une chance de vous y trouver.
Les sorbets furent, comment dire… délicieux,
Revigoré, mon prince charmant est venu s'asseoir près de moi au moment du café.
Si près que c'est maintenant une certitude. Je porte bien des bas. Il a senti la petite agrafe en haut de mes cuisses.
Je sais qu'à cet instant-là, il ne sait plus où il habite.
Il soulève mes cheveux et il embrasse ma nuque, dans le petit creux derrière.
Il me chuchote à l'oreille qu'il adore le boulevard Saint-Germain, qu'il adore le bourgogne et les sorbets au cassis.
J'embrasse sa petite entaille. Depuis le temps que j'attendais ce moment, je m'applique.
Les cafés, l'addition, le pourboire, nos manteaux, tout cela n'est plus que détails, détails, détails. Détails qui nous empêtrent. Nos cages thoraciques s'affolent.
Il me tend mon manteau noir et là… J'admire le travail de l'artiste, chapeau bas, c'est très discret, c'est à peine visible, c'est vraiment bien calculé et c'est drôlement bien exécuté: en le déposant sur mes épaules nues, offertes et douces comme de la soie, il trouve la demi-seconde nécessaire et l'inclinaison parfaite vers la poche intérieure de sa veste pour jeter un coup d'œil à la messagerie de son portable.
Je retrouve tous mes esprits. D'un coup. Le traître. L'ingrat.
Qu'as-tu donc fait là malheureux!!!
De quoi te préoccupais-tu donc quand mes épaules étaient si rondes, si tièdes et ta main si proche!?
Quelle affaire t'a semblé plus importante que mes seins qui s'offraient à ta vue?
Par quoi te laisses-tu importuner alors que j'attendais ton souffle sur mon dos?
Ne pouvais-tu donc pas tripoter ton maudit bidule après, seulement après m'avoir fait l'amour?
Je bouto
Je lui demande de m'accompagner jusqu'à la première borne de taxis.
Il est affolé.
Appelle S.O.S. mon gars, t'as ce qu'il faut. Mais non. Il reste stoïque.
Comme si de rien n'était. Genre je raccompagne une bo
La classe presque jusqu'au bout, ça je le reco
Avant que je ne monte dans un taxi Mercedes noir immatriculé dans le Val-de-Marne, il me dit:
– Mais… on va se revoir, n'est-ce pas? Je ne sais même pas où vous habitez… Laissez-moi quelque chose, une adresse, un numéro de téléphone…
Il arrache un bout de papier de son agenda et griffo
– Tenez. Le premier numéro, c'est chez moi, le deuxième, c'est mon portable où vous pouvez me joindre n'importe quand…
Ca, j'avais compris.
– Surtout n'hésitez pas, n'importe quand, d'accord?… Je vous attends.
Je demande au chauffeur de me déposer en haut du boulevard, j'ai besoin de marcher.
Je do
Je hais les téléphones portables, je hais Sagan, je hais Baudelaire et tous ces charlatans. Je hais mon orgueil.