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«Je verrai ce que je peux faire. Je ne promets rien, des médecins, vous savez, il y en a ici tant et plus. Mais j'ai un ami qui sera peut-être intéressé par votre expérience de médecin en Tchétchénie. J'aurai une réponse dans… euh… disons quatre ou cinq jours.»
C'était la légende que nous avions rapidement fabriquée avec Chakh: un médecin militaire qui fuyait le Caucase via la Turquie, pour atterrir en Amérique. Très sommaire, elle avait l'avantage de correspondre à mon métier d'autrefois et de croiser le métier de Vi
J'avais besoin de mots qui auraient éclipsé ce soleil, effacé la blancheur du sable, figé les cris, les éclats de rire. Des mots qui auraient été nuit, granit noir et humide des rues, solitude. Je comprenais que je n'étais jamais sorti de cette nuit et que le paradis balnéaire de Vi
«Je vais lui demander le sucre, il a oublié…»
Je me levai, j'allai au bar qui se trouvait à l'autre bout de la terrasse. Il me fallut attendre que le barman émerge d'un buffet où il rangeait bruyamment les bouteilles vides. La colo
Vi
«Attention aux coups de soleil, me prévint-t-il en me quittant, et aux voleurs. Ils flairent les étrangers à dix kilomètres. Surtout les jeunes Noirs et aussi les Latinos, quelle engeance!
– Ah bon, je pensais que le melting-pot…
– Non mais ça, c'est entre nous, de Russe à Russe. Ne le répétez pas, sinon vous allez vous faire lyncher.»
Le soir, le taxi avançait lentement, souvent gêné par les voitures qui cherchaient à se garer près des restaurants, par la foule des jeunes vacanciers qui entamaient leur nuit de fête. Il pleuvait une fine poussière chaude. Un vernis noir luisait sur la peau hâlée de ces jeunes passants très peu vêtus. Plus encore que sur la plage, on devinait leur avidité de vivre, leur nonchalante revendication de bonheur… Le chauffeur, comme je le lui avais demandé, sortit de Destin, longea la côte. Il y avait beaucoup trop de mouvement dans ces rues pour savoir si on avait droit à une escorte. Je jetai un dernier coup d'œil par la vitre arrière, puis demandai de rebrousser chemin. Je me rendais compte qu'il était sans importance de comprendre ce que Vi
Le taxi me déposa dans une rue étroite et calme, une rue de villas qui paraissaient déjà assoupies. On entendait la pluie, plus dense qu'il y a un moment, et quelque part au fond de la végétation touffue, les voix d'un téléviseur, ces répliques d'un film de science-fiction sans doute et qui évoquaient une civilisation du vingt-cinquième siècle. De l'effervescence de la ville, il ne restait qu'un halo de clarté délavée dans le ciel. Je marchai en perdant peu à peu l'écho de la conversation des hommes des siècles futurs, n'entendant plus que la pluie. Je reco
L'obscurité était entrecoupée de pans bleuâtres le long des réverbères. L'alternance de cette lumière crue et des feuillages noirs transformait ma venue en un étrange négatif de ma première visite, la veille, dans le soleil matinal. La répétition était si exacte qu'elle allait laisser le loisir d'observer de brèves trouées d'absurde et de mutisme entre les mots et les gestes.
Le gardien surgit, vêtu d'un coupe-vent, me regarda à travers la grille, disparut dans la guérite. L'interphone chuinta, j'épelai mon nom, puis le nom de celui qui me recommandait… Les questions pâteuses du gardien revenaient inchangées depuis la veille, comme dans les refrains rimés d'un jeu d'enfants. Vi
«Vous savez, ici, en Occident, venir comme ça, sans prévenir, vers dix heures du soir, est le moyen le plus sûr de provoquer un infarctus chez vos co
Je comprenais que ce ton allait, en quelques secondes de plus, rendre de nouveau imprononçable ce que j'avais à dire. Les paroles de Vi
«J'ai oublié de vous do
Le chien se tendit encore plus et fit entendre un étranglement gras, menaçant. Je continuai à parler en russe, avec l'air légèrement penaud d'un distrait.
«Votre chien est sans doute entraîné à réagir aux gestes nerveux. Je n'en ferai pas. J'ai un silencieux et je tirerai à travers le sac au moindre refus de votre part. Pour commencer, dites au gardien de s'en aller et d'emmener le chien…»
Il s'exécuta. Sa voix resta enjouée, mais ne put dissimuler une vibration sonore et surtout son accent russe, soudain plus perceptible. Le gardien attrapa le chien par le collier et disparut au fond du jardin. Le pointillé des lampes le long de l'allée s'éteignit et le visage de Vi