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Il le retrouva le lendemain, pendant une halte. La compagnie, éclaircie de moitié par une attaque sans succès, laissait plus facilement repérer les visages. Le soldat le salua, lui tendit la main. «Il est juif», pensa Pavel, et il ressentit ce mélange de déception et de défiance dont il ne co
«Je m'appelle Marelst. C'est un prénom…»
Pavel le dévisagea sans pouvoir s'empêcher de sourire: de haute taille, très maigre, des épaules d'une minceur osseuse d'adolescent, et ces lunettes avec l'un des verres fêlé en diagonale. Ce physique correspondait très peu au prénom formé par la contraction de Marx-Engels-Lénine-Staline. Un de ces vestiges révolutio
«Tu avais une Étoile rouge? demanda Pavel en apercevant une tache plus sombre et anguleuse sur le tissu blanchi par le soleil.
– Oui, et une "Pour bravoure"», répondit Marelst, et il se reprit aussitôt pour gommer le ton de fierté juvénile qui avait percé dans sa voix. «Je les avais… Mais en fin de compte je me dis que maintenant, de toute façon je n'aurais plus rien obtenu à moins de capturer Hitler en perso
En marchant dans leur colo
Le lendemain (on les avait jetés, comme toujours sans soutien d'artillerie, dans l'écheveau de pierre d'une petite ville polonaise), il observa Marelst de nouveau, en essayant de comprendre. Il y eut beaucoup de blessés à cause des ricochets dans les rues étroites. Pavel emportait un soldat dont la vareuse était gonflée de sang comme une étrange outre. Et en tournant l'angle d'une rue, il aperçut la silhouette de Marelst, lui aussi avec un fardeau humain. Ils marchèrent un moment ensemble, en silence, plongés tous deux dans la torpeur d'une fin de combat, quand on se réinstalle dans son corps resté vivant, dans ses pensées d'il y a quelques heures et qui paraissent vieilles de plusieurs a
Marelst dut remarquer ce regard ou peut-être devina-t-il que ses origines avaient déplu. Le soir assis près du feu de leur campement, il parla de cette voix égale et sourde dont les disciplinaires, en chuchotant, sondaient le passé de leurs vies qui paraissaient, d'un jour de sursis à l'autre, de plus en plus étrangères, comme vécues par quelqu'un d'autre. Au milieu de son récit, craignant sans doute le ton de la confession, il s'arrêterait pour a
Il y avait dans ce récit le père de Marelst, un jeune horloger de Vitebsk qui, un jour, sortit de sa boutique et jeta sur le pavé une lourde pendule avec son boîtier en acajou, puis en pleurant se mit à piétiner les éclats de verre. On le crut fou. Il l'était devenu d'une certaine façon en apprenant que la maison de son frère qui vivait en Moldavie avait été mise à sac et que le pillage avait dégénéré en tuerie et qu'on enfonçait des clous dans les crânes des nouveau-nés. Il eut le sentiment d'entendre le craquement avec lequel la pointe de fer perçait ces têtes à peine couvertes de cheveux, de voir les yeux grands ouverts des enfants. Ce bruit, ce regard le poursuivaient sans relâche, ne lui laissant plus entendre la marche des montres, répondre au sourire des proches. La torture était aussi de savoir que les pilleurs étaient pour la plupart des ouvriers avec une faim de trois jours au ventre et jaloux de l'édredon de duvet que possédait le frère. Il se sentit la force désespérée d'empoigner le globe terrestre et d'en secouer tout le mal. Cette force lui fut nécessaire au moment des arrestations, pendant les a