Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 5 из 35

En descendant la rue du Bac, je me disais que, pour sortir de l'enfantine équation entre le réel et l'imaginaire, il fallait probablement noter juste ces instants tout simples de la présence humaine. Le regard du vieux Koutouzov devant une fenêtre ouverte sur le ciel de septembre… Rien d'autre.

Je savais d'avance qu'il serait impossible de retoucher le destin de Jacques Dorme. Le rendre plus «littéraire»? À quoi bon? Impossible aussi de s'en prendre au perso

Je sacrifiai donc ces deux hommes, resserrai le récit, tout en pensant, non sans remords, à ces portraits de groupe, à l'époque stalinie

Peine perdue car le texte fut néanmoins refusé, puis accepté ailleurs, publié, eut beaucoup de succès, m'exposa à une gloire passagère et à une haine éto

Il y eut toutefois, vers la fin de ce tourbillon, une rencontre indirectement liée aux deux perso

Il parle sans aucune volonté de frapper mon imagination, reco

II

De cette adolescence, il reste un début de matinée devant la porte entrebâillée de l'infirmerie. Je suis là, la main déjà prête à frapper, déjà je vois la femme assise à l'intérieur quand, soudain, ce geste: la femme serre son sein gauche et le masse comme si elle avait mal au cœur ou tout simplement voulait rajuster un soutien-gorge trop étroit pour ce grand sein. Je frappe, j'entre. Elle m'examine, se met à laver la vilaine écorchure qui raye ma cuisse. C'est une jeune femme aux cheveux légèrement roux, aux gestes lents. Je reste debout, je la domine, c'est très étrange de voir une femme adulte ainsi, de voir son visage incliné, ses yeux qui semblent résignés. Quand elle lève le regard, il y a entre nous un aveu de complicité. Je quitte le cabinet, ne parvenant pas à démêler chez celle qui m'a soigné la mère et la femme. Les deux sont intensément inco

Je me suis blessé en essayant de retenir sur une pente détrempée la be

Cette fois, mon compagnon était un adolescent méprisé par nous tous, non pas pour sa faiblesse, ce qui aurait été logique dans le monde clos de l'orphelinat où seule la force comptait, mais pour son côté paysan. On le surnommait d'ailleurs «Village» tant il avait l'air campagnard avec ses chaussures toujours embourbées et sa manière de gratter sa tête rasée… Sans lui adresser la parole, j'ai saisi l'une des poignées de la be

Le chauffagiste assis devant la bouche incandescente d'un poêle a accepté les cartons sans émotion. Il a ouvert le premier, émis un petit rire plutôt triste et s'est mis à jeter, une à une, les brochures dans le feu. «Ah, Nikita, ils ont été plus malins que toi, hein? commenta-t-il en regardant l'autodafé. Et maintenant, ceux qui n'ont pas été réhabilités peuvent toujours courir…» Puis, se souvenant de nous: «Allez, dépêchez-vous, jeunesse, on a déjà so

Sur le chemin du retour, Village m'a demandé de l'attendre et s'est glissé dans la broussaille qui recouvrait les berges. J'ai fait quelques pas Pour m'écarter de la puanteur de la be

«Ceux qui n'ont pas été réhabilités…» Le mythe le plus partagé, le plus jalousement chéri par les élèves était précisément celui-là: le père-héros, injustement condamné, est enfin réhabilité, il revient, il entre dans la classe, interrompt le cours et provoque une extase muette chez l'enseignante et les camarades. Un bel officier dont la vareuse est blindée de médailles. Il y avait également des variantes avec des pères explorateurs polaires, des pères morts au combat, des capitaines de sous-marins. Pourtant le retour du réhabilité primait les autres légendes car il correspondait davantage à la vérité. L'établissement avait la spécificité d'abriter les enfants des hommes et des femmes qui s'étaient illustrés pendant la dernière guerre mais, par la suite, s'étaient rendus indignes de leurs exploits. Telle était en tout cas la version qu'on nous communiquait, tantôt avec assez de tact, il faut le reco