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Le colonel Krymov est introuvable. Au poste de commandement, on hausse les épaules, son aide de camp leur conseille d'attendre. Ils décident de passer en revue toutes les maisons, peu nombreuses, où l'on voit de la lumière. La dernière à visiter est cette isba dont les vitres scintillent d'une lueur fuyante. Avant de frapper, ils s'approchent de la fenêtre, regardent. La pièce est éclairée par le rougeoiement du feu dans le grand poêle. Sur le lit, on voit se débattre un home nu, lourd qui semble être seul, il se laisse tomber de tout son long, rebondit, retombe. Soudain sa main plonge dans le creux du lit et en extrait un lourd sein de femme qu'il malaxe entre ses doigts. Le lit est très profond, très creusé par le poids des amants et le corps de la femme est noyé dans ce giron. L'homme s'abat, émerge, sa main repêche cette fois une cuisse large, rosie par le feu. C'est un lit à roulettes: à chaque assaut, il se déplace en avant puis, un peu moins, en arrière. Un manteau militaire semble assis, raide, sur une chaise.
Ils voient Krymov une heure après, au poste de commandement. Il leur indique le chemin à prendre demain et conseille de partir très tôt car «ici, ça va être joyeux». La dureté et la tristesse de sa voix surpre
Il gèle très peu la nuit, la terre à l'angle d'un verger est légère. Quand la tombe est recouverte, Jacques Dorme enfonce une croix: deux bouts de planche serrés avec du fil de fer. «Finalement, tu as bien fait», soupire l'officier et il tire trois coups de feu dans le ciel avec son pistolet.
La pulsation de la vie toute neuve car sauvée de justesse l'empêchera de dormir. Surtout cette pensée: il ne pourra jamais expliquer à perso
La guerre réso
Le lendemain, ils repassèrent dans ce village, repris entre-temps aux Allemands, et tombèrent sur un jeune télégraphiste mort, étalé sur la route, près du fil rompu par une explosion. Ses bras déchiquetés par les éclats, il avait serré les bouts du fil entre ses dents… Le lieutenant sembla éto
Cette légèreté aussi, c'était la guerre.
Tout comme cette hallucination qui fit resurgir, le matin suivant, l'homme en cuir noir…
Ils arrivèrent au bout d'un champ e
«Je co
Le pilote et un autre militaire prirent place dans l'avion. Jacques Dorme avait l'impression de les suivre, d'imiter leurs gestes dans le cockpit, de voir le tableau de bord… Il avait reco
La piste était suffisamment longue mais l'élan s'engagea, poussif, les cahots de la course rabattaient l'appareil contre le sol. Une centaine de mètres avant la bordure de congères, l'avion sursauta, dressa le nez, puis colla à la piste, entama un virage, se déporta vers la neige vierge. Le moteur se tut.
L'homme en cuir tira son pistolet et se mit à courir vers l'appareil. Tout le monde le suivit mais d'un pas entravé, ne sachant comment éviter la lâcheté de la participation. Le pilote était descendu et se tenait près de l'avion, le regard sur celui qui courait. Son camarade s'était caché derrière, faisant semblant d'examiner une hélice.
L'homme en cuir aboya, la gorge rayée par l'air froid et la colère: «Non seulement tu n'obéis pas aux ordres du Parti, mais tu as essayé de détruire le matériel de guerre. Et pour ça, vous passerez tous devant une cour martiale, et toi aussi!» Il se tourna vers un gradé qui restait à l'écart.
Le lieutenant intervint à ce moment-là, se présenta, présenta Jacques Dorme. L'homme en cuir les dévisagea avec morgue, puis s'écria sur un ton très aigu: «Mais qu'est-ce qu'il attend. Qu'il monte, qu'il prouve qu'il est pilote et non pas un espion qu'on a parachuté cette nuit!»
Jacques Dorme contourna l'avion, demanda à voir le chargement. Le pilote soupira, ouvrit la Porte, ils grimpèrent dans la carlingue obscure du Junkers. L'intérieur était occupé par de grandes caisses en bois remplies à ras bord de ferraille: épaisses dalles de fonte, chenilles de chars… Ce vol d'essai était sans doute prévu Pour mesurer la cargaison maximale. Ils descendirent. On entoura Jacques Dorme. Le silence était d'acier. On entendait les bourrasques siffler sur le tranchant des pales. «C'est faisable, affirma Jacques Dorme, mais j'aurai besoin d'une chose…»
L'homme en cuir eut une grimace de méfiance: «Quoi encore? Un moteur supplémentaire, peut-être?» Jacques Dorme secoua la tête: «Non, pas un moteur. Il me faudra deux morceaux de savon…»
Le rire explosa avec une telle violence qu'un vol de corbeaux s'arracha du toit d'un hangar et se jeta au-dessus des champs comme emporté par une tempête. Le lieutenant riait, plié en deux, le pilote le front contre le fuselage du Junkers, le gradé les poings serrés contre les yeux, les autres en pivotant, les jambes flageolantes, comme ivres. Une casquette roula sur la neige, des yeux pleuraient. L'homme en cuir s'agitait entre eux, do