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Jacques avait heureusement affaire à un ho

Au commencement du printemps la situation de Jacques devint meilleure: son ami le médecin le mit en relation avec un grand seigneur étranger qui venait se fixer à Paris et y faisait construire un magnifique hôtel dans un des plus beaux quartiers. Plusieurs artistes célèbres avaient été appelés à concourir au luxe de ce petit palais. On commanda à Jacques une cheminée de salon. Il me semble encore voir les cartons de Jacques; c’était une chose charmante: tout le poème de l’hiver était raconté dans ce marbre qui devait servir de cadre à la flamme. L’atelier de Jacques étant trop petit, il demanda et obtint, pour exécuter son œuvre, une pièce dans l’hôtel, encore inhabité. On lui avança même une assez forte somme sur le prix convenu de son travail. Jacques commença par rembourser à son ami le médecin l’argent que celui-ci lui avait prêté lorsque Francine était morte; puis il courut au cimetière, pour y faire cacher sous un champ de fleurs la terre où reposait sa maîtresse.

Mais le printemps était venu avant Jacques, et sur la tombe de la jeune fille mille fleurs croissaient au hasard parmi l’herbe verdoyante. L’artiste n’eut pas le courage de les arracher, car il pensa que ces fleurs renfermaient quelque chose de son amie. Comme le jardinier lui demandait ce qu’il devait faire des roses et des pensées qu’il avait apportées, Jacques lui ordo

Ce refrain dans la bouche de Jacques, c’était encore un souvenir, mais aussi c’était déjà une chanson; et peut-être, sans s’en douter, Jacques fit-il ce soir-là le premier pas dans ce chemin de transition qui de la tristesse mène à la mélancolie, et de là à l’oubli. Hélas! quoi qu’on veuille et quoi qu’on fasse, l’éternelle et juste loi de la mobilité le veut ainsi.

De même que les fleurs qui, nées peut-être du corps de Francine, avaient poussé sur sa tombe, des sèves de jeunesse fleurissaient dans le cœur de Jacques, où les souvenirs de l’amour ancien éveillaient de vagues aspirations vers de nouvelles amours. D’ailleurs Jacques était de cette race d’artistes et de poètes qui font de la passion un instrument de l’art et de la poésie, et dont l’esprit n’a d’activité qu’autant qu’il est mis en mouvement par les forces motrices du cœur. Chez Jacques, l’invention était vraiment fille du sentiment, et il mettait une parcelle de lui-même dans les plus petites choses qu’il faisait. Il s’aperçut que les souvenirs ne lui suffisaient plus, et que, pareil à la meule qui s’use elle-même quand le grain lui manque, son cœur s’usait faute d’émotion. Le travail n’avait plus de charmes pour lui; l’invention, jadis fiévreuse et spontanée, n’arrivait plus que sous l’effort de la patience; Jacques était mécontent, et enviait presque la vie de ses anciens amis les Buveurs d’eau.

Il chercha à se distraire, tendit la main aux plaisirs, et se créa de nouvelles liaisons. Il fréquenta le poète Rodolphe, qu’il avait rencontré dans un café, et tous deux se prirent d’une grande sympathie l’un pour l’autre. Jacques lui avait expliqué ses e

– Mon ami, lui dit-il, je co

– Ah! dit Jacques, j’ai trop aimé Francine.

– Ça ne vous empêchera pas de l’aimer toujours. Vous l’embrasserez sur les lèvres d’une autre.

– Oh! dit Jacques; seulement si je pouvais rencontrer une femme qui lui ressemblât!… Et il quitta Rodolphe tout rêveur.

Six semaines après, Jacques avait retrouvé toute sa verve, rallumée aux doux regards d’une jolie fille qui s’appelait Marie, et dont la beauté maladive rappelait un peu celle de la pauvre Francine. Rien de plus joli en effet que cette jolie Marie, qui avait dix-huit ans moins six semaines, comme elle ne manquait jamais de le dire. Ses amours avec Jacques étaient nées au clair de la lune, dans le jardin d’un bal champêtre, au son d’un violon aigre, d’une contrebasse phtisique et d’une clarinette qui sifflait comme un merle. Jacques l’avait rencontrée un soir où il se promenait gravement autour de l’hémicycle réservé à la danse. En le voyant passer roide, dans son éternel habit noir bouto

– Que vient faire ici ce croque-mort? Y a-t-il donc quelqu’un à enterrer?

Et Jacques marchait toujours isolé, se faisant intérieurement saigner le cœur aux épines d’un souvenir dont l’orchestre augmentait la vivacité, en exécutant une contredanse joyeuse qui so