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– Oh! fit Olivier avec un éclair de regard qui trahissait la joie intérieure, j’étais bien sûr que tu ne l’aimais pas.

– Celle-là aussi s’appelle Marie, dit Urbain en indiquant sa nouvelle maîtresse, et je l’aime beaucoup depuis hier. Marie est morte, Vive Marie!

– J’irai vous voir, dit Olivier en quittant Urbain.

Cette rencontre le laissa calme, et il rentra à la maison presque gai. Le lendemain, accompagné de Lazare, Olivier alla pour voir son père et lui demander de l’argent qui lui revenait. Son père était absent, mais il trouva la servante.

– Ah! monsieur, lui dit-elle, je suis bien contente de vous revoir. Voici une lettre pour vous. C’est une dame qui l’a apportée pendant que votre père n’y était pas, heureusement! Car il l’aurait déchirée comme il a fait des autres. Il était bien en colère après cette dame, et il m’a menacé de me renvoyer si je lui do

Olivier avait déjà ouvert la lettre. Elle était de Marie et ne contenait que ces mots:

«Depuis quinze jours que je suis libre, je vous ai écrit trois fois: Vous ne m’avez pas répondu, Olivier! Vous avez cru comme tant d’autres, sans doute, en me voyant arrêtée, que j’étais coupable. Pourtant on ne voulait de moi que des renseignements sur mon mari. Je ne savais rien, je n’ai pu rien dire. On m’a remise en liberté. Voilà quinze jours que je vous attends. Vous ne m’avez pas pardo

– Quand vous a-t-on remis cette lettre? demanda Olivier à la servante.

– Il y a cinq ou six jours, répondit celle-ci.

– Il est trop tard! s’écria Olivier. Oh! mon père! Cependant il força Lazare à l’accompagner à l’ancie

– Madame Duchampy est partie depuis quatre jours, dit le portier.

– J’aime mieux ça! murmura Lazare; et il emmena Olivier.

– Au moins Urbain ne l’a pas revue, pensa Olivier, dont l’amour commençait à tourner à la poésie.

Un poète de gouttières

Il y a maintenant à Paris plus de poètes que de becs de gaz. Et si la police n’y met ordre, le nombre ira encore en croissant de jour en jour. Peu de maisons de la capitale sont privées d’un vates quelconque. Perché dans les mansardes, il empêche ses voisins de dormir par les convulsions et les coliques d’un lyrisme nocturne. C’est dans le nid d’un de ces oiseaux de gouttière qui pondent, bon an, mal an, deux ou trois milliers de vers, que nous introduirons le lecteur.

Melchior (il s’appelait Melchior) habitait rue de la Tour-d’Auvergne une chambre de cent francs dans laquelle il faisait de la poésie lyrique. Cette chambre était meublée d’un de ces mobiliers qui sont la terreur des propriétaires, aux approches du terme surtout. Melchior avait dans un bureau une place qui lui rapportait quarante francs par mois, et ne lui prenait que trois heures par jour. Ce fut à la suite d’un premier amour très fécond en orages qu’il s’était décidé à prendre la lyre.

Ses amis encouragèrent sa déplorable manie en le comparant à Lamartine, et, dans le tête-à-tête, avec sa modestie qui, comme celle de tant d’autres, n’était que l’hypocrisie de l’orgueil, Melchior s’avouait, à part lui, qu’il pourrait bien un jour justifier la comparaison. Il avait, du reste, une foi inébranlable en lui-même, et croyait entièrement au nascuntur pœtae de l’orateur romain. Si parfois il lui venait quelques doutes sur sa vocation, il se hâtait de les dissiper par la lecture d’un de ses poèmes, et devant cette œuvre de son cœur il entrait en des ravissements infinis. Il pleurait, il sanglotait, il battait des mains, il allait se regarder dans la glace pour voir s’il n’avait pas une auréole au front, et il en voyait une. Dans ces moments-là, Melchior aurait voulu pouvoir se dédoubler, afin qu’une moitié de lui-même s’inclinât devant l’autre. Et tout cela de bo

Au reste, ces ridicules n’étaient pas inhérents à la nature de Melchior. Ils lui avaient été inoculés par les amis au milieu desquels il vivait, et qui lui assuraient chaque jour qu’il était appelé à de hautes destinées poétiques. Si les perso

Ces lectures étaient ordinairement accompagnées d’une mise en scène dont les ridicules étaient peut-être excusables à cause du sentiment profond et sincère où ils avaient leur source. Ainsi, Melchior lisait les fragments de son poème d’amour sur une table où il avait d’avance disposé symétriquement toutes les reliques qui lui étaient restées de cette grande passion. Des vieux gants blancs, des rubans sales, un masque de bal, des bouquets fanés, etc., tout cet attirail sentimental était ordinairement accroché au fond de son alcôve. Au milieu se détachait son masque à lui, moulé en plâtre et entouré d’un lambeau d’étoffe noire qui le mettait plus en saillie. Ces puérilités étaient du reste gravement acceptées par les amis de Melchior, qui, pendant plus de deux ans, pratiqua avec une scrupuleuse fidélité la religion du souvenir. Une des autres manies de ce singulier garçon était celle-ci: il achetait tous les volumes de vers à couvertures multicolores qui, deux fois l’an, au printemps et à l’automne, vie