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Il marchait donc à l’aventure, tantôt tenant ses regards fixés à terre par humilité, tantôt levant les yeux vers le ciel, comme en extase. Après avoir erré quelque temps, il se trouva sur un des quais de la ville. Le port artificiel abritait devant lui d’i

– Et moi aussi, songeait Paphnuce, j’ai désiré jadis m’embarquer en chantant sur l’océan du monde. Mais bientôt j’ai co

En rêvant de la sorte, il s’assit sur un tas de cordages et s’endormit. Pendant son sommeil, il eut une vision. Il lui sembla entendre le son d’une trompette éclatante et, le ciel étant devenu couleur de sang, il comprit que les temps étaient venus. Comme il priait Dieu avec une grande ferveur, il vit une bête énorme qui venait à lui, portant au front une croix de lumière, et il reco

– Regarde!

Et Paphnuce, se penchant sur le bord de l’abîme, vit un fleuve de feu qui roulait dans l’intérieur de la terre, entre un double escarpement de roches noires. Là, dans une lumière livide, des démons tourmentaient des âmes. Les âmes gardaient l’apparence des corps qui les avaient contenues, et même des lambeaux de vêtements y restaient attachés. Ces âmes semblaient paisibles au milieu des tourments. L’une d’elles, grande, blanche, les yeux clos, une bandelette au front, un sceptre à la main, chantait; sa voix remplissait d’harmonie le stérile rivage; elle disait les dieux et les héros. De petits diables verts lui perçaient les lèvres et la gorge avec des fers rouges. Et l’ombre d’Homère chantait encore. Non loin, le vieil Anaxagore, chauve et chenu, traçait au compas des figures sur la poussière. Un démon lui versait de l’huile bouillante dans l’oreille sans pouvoir interrompre la méditation du sage. Et le moine découvrit une foule de perso

Muet de surprise à ce spectacle, Paphnuce se tourna vers la bête. Elle avait disparu, et le moine vit à la place du Sphinx une femme voilée, qui lui dit:

– Regarde et comprends: Tel est l’entêtement de ces infidèles, qu’ils demeurent dans l’enfer victimes des illusions qui les séduisaient sur la terre. La mort ne les a pas désabusés, car il est bien clair qu’il ne suffit pas de mourir pour voir Dieu. Ceux-là qui ignoraient la vérité parmi les hommes, l’ignoreront toujours. Les démons qui s’acharnent autour de ces âmes, qui sont-ils, sinon les formes de la justice divine? C’est pourquoi ces âmes ne la voient ni ne la sentent. Étrangères à toute vérité, elles ne co

– Dieu peut tout, dit l’abbé d’Antinoé.

– Il ne peut l’absurde, répondit la femme voilée. Pour les punir, il faudrait les éclairer et s’ils possédaient la vérité ils seraient semblables aux élus.

Cependant Paphnuce, plein d’inquiétude et d’horreur, se penchait de nouveau sur le gouffre. Il venait de voir l’ombre de Nicias qui souriait, le front ceint de fleurs, sous des myrtes en cendre. Près de lui Aspasie de Milet, élégamment serrée dans son manteau de laine, semblait parler tout ensemble d’amour et de philosophie, tant l’expression de son visage était à la fois douce et noble. La pluie de feu qui tombait sur eux leur était une rosée rafraîchissante, et leurs pieds foulaient, comme une herbe fine, le sol embrasé. À cette vue, Paphnuce fut saisi de fureur.

– Frappe, mon Dieu, s’écria-t-il, frappe! c’est Nicias! Qu’il pleure! qu’il gémisse! qu’il grince des dents!… Il a péché avec Thaïs!…

Et Paphnuce se réveilla dans les bras d’un marin robuste comme Hercule qui le tirait sur le sable en criant:

– Paix! paix! l’ami. Par Protée, vieux pasteur de phoques! tu dors avec agitation. Si je ne t’avais retenu, tu tombais dans l’Eunostos. Aussi vrai que ma mère vendait des poissons salés, je t’ai sauvé la vie.

– J’en remercie Dieu, répondit Paphnuce.

Et, s’étant mis debout, il marcha droit devant lui, méditant sur la vision qui avait traversé son sommeil.

– Cette vision, se dit-il, est manifestement mauvaise; elle offense la bonté divine, en représentant l’enfer comme dénué de réalité. Sans doute elle vient du diable.

Il raiso

Les déserts sont peuplés de fantômes. Quand les pèlerins approchaient du château en ruines où s’était retiré le saint ermite Antoine, ils entendaient des clameurs comme il s’en élève aux carrefours des villes, dans les nuits de fête. Et ces clameurs étaient poussées par les diables qui tentaient ce saint homme.

Paphnuce se rappela ce mémorable exemple. Il se rappela saint Jean d’Égypte que, pendant soixante ans, le diable voulut séduire par des prestiges. Mais Jean déjouait les ruses de l’enfer. Un jour pourtant le démon, ayant pris le visage d’un homme, entra dans la grotte du vénérable Jean et lui dit: «Jean, tu prolongeras ton jeûne jusqu’à demain soir.» Et Jean, croyant entendre un ange, obéit à la voix du démon, et jeûna le lendemain, jusqu’à l’heure de vêpres. C’est la seule victoire que le prince des Ténèbres ait jamais remportée sur saint Jean l’Égyptien, et cette victoire est petite. C’est pourquoi il ne faut pas s’éto

Tandis qu’il reprochait doucement à Dieu de l’avoir abando