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Euryale ne faisait pas moins de massacre. Lui aussi enflammé et emporté par la fureur, il abat au passage et au hasard une foule d’inco
Cependant une avant-garde de cavaliers partie de la ville latine, tandis que le reste de l’armée en ordre de bataille s’attarde dans la plaine, s’avançait et apportait des messages au roi Turnus. Ils étaient trois cents armés de boucliers aux ordres de Volcens. Déjà ils approchaient du camp et atteignaient les murs lorsqu’ils voient de loin les deux jeunes gens qui obliquaient par un sentier à gauche. Dans l’ombre à peine éclairée de la nuit, le casque de l’oublieux Euryale le trahit et réfléchit les rayons de la lune. Ce ne fut pas sans conséquence. Du milieu de sa troupe Volcens crie: «Arrêtez, là-bas. Pourquoi prenez-vous cette route? Qui êtes-vous sous ces armes? Où allez-vous?» Ils ne répondent rien, accélèrent leur fuite dans la forêt et se fient à la nuit. Les cavaliers se portent aux débouchés des chemins co
La forêt s’étendait très loin, hérissée de buissons et d’yeuses noires, remplie par des fourrés de ronces. Quelques rares pistes luisaient dans les pâquis obscurs. Les ténèbres des branches, le poids de son butin entravent Euryale, et la crainte le désoriente. Nisus fuit; déjà, sans rien savoir, il avait échappé aux e
Il entend les chevaux; il entend le bruit et les appels de la poursuite. Peu après, une clameur arrive à ses oreilles; il aperçoit Euryale, qui, trahi par le terrain et la nuit, affolé par une attaque tumultueuse et soudaine, se débat vainement contre tout un détachement qui l’a surpris et qui l’entraîne. Que faire? Avec quelles forces, quelles armes délivrer son ami? Se jettera-t-il au milieu des e
Il dit, et de tout son effort il lance le fer. Le javelot vole, fend les ombres de la nuit et vient, en face, se fixer dans le bouclier de Sulmon; là, il se brise, et, le bois s’étant fendu, il traverse le cœur. L’homme roule, vomissant un ruisseau de sang tiède, et, déjà froid, de longs râles secouent ses flancs. On regarde de tous les côtés. Et voici que, rendu plus audacieux, Nisus brandissait un autre trait à la hauteur de l’oreille. Pendant que les cavaliers s’agitent, le javelot part, siffle et transperce les deux tempes de Tagus et s’arrête, tiède de sang, au milieu du cerveau. Volcens enrage atrocement: il ne voit nulle part ni le bras qui a lancé ces traits ni sur qui déverser sa fureur. «Mais toi du moins, tu paieras de ton sang tout chaud la mort de ces deux hommes!» dit-il; et, l’épée à la main, il marchait sur Euryale. Alors terrifié, hors de lui, Nisus pousse un cri: il ne peut se cacher plus longtemps dans l’ombre ni résister à sa grande douleur: «Moi! Moi! C’est moi qui ai tout fait! Tournez vos armes contre moi, Rutules! C’est moi le coupable. Il n’a rien osé, rien pu faire. J’en atteste le ciel et les astres qui savent. Il a seulement trop aimé son malheureux ami.»
Il parlait ainsi, mais l’épée, poussée avec force, a traversé les côtes du jeune homme et rompt sa blanche poitrine. Euryale roule dans la mort; ses beaux membres sont baignés de sang, et sa tête défaillante retombe sur ses épaules. Ainsi une fleur éclatante, coupée par la charrue, languit et meurt ou, la tige lasse, les pavots courbent la tête sous la pluie lourde. Mais Nisus se rue au milieu des Rutules; il ne cherche que le seul Volcens; il ne s’attache qu’au seul Volcens. Les e
Couple heureux, si mes chants ont quelque pouvoir, jamais le temps ne vous effacera de la mémoire des âges, tant que la maison d’Énée occupera le roc immobile du Capitole et que le sénat romain aura l’empire du monde.
Les Rutules, en pleurs, que leur victoire a chargés de dépouilles et de butin, portent dans leur camp le cadavre de Volcens. Au camp, la désolation n’était pas moins grande: on a trouvé Rhamnès sans vie et d’autres chefs enveloppés dans le même massacre, Serranus et Numa. La foule s’attroupe autour de ces cadavres, de ces mourants, dans cet endroit où vient de se commettre un carnage encore chaud et où coulent à pleins bords des ruisseaux de sang qui écument. On se montre et on reco
Déjà l’Aurore, quittant la couche empourprée de Tithon, commençait à baigner la terre de lumière nouvelle; déjà le soleil brillait et les choses avaient repris leurs couleurs, quand Turnus, ceint lui-même de ses armes, appelle aux armes les guerriers; chacun des chefs range ses bataillons d’airain en ordre de bataille et, par tous les bruits qui courent, exaspère leur fureur. Bien plus, ils dressent sur des piques les têtes d’Euryale et de Nisus, pitoyable trophée, et les promènent en poussant de grands cris. Les durs compagnons d’Énée ont rangé leurs troupes sur les remparts à gauche (car la droite du camp est défendue par le fleuve). Ils commandent leurs énormes fossés et se tie