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Haletantes, elles se suspendirent à ses lèvres.

– Mais si Panigarola hésitait… si sa main tremblait… si la Belle Béarnaise et Marillac se défendaient trop bien… alors, mes filles, à mon signal, vous accourriez… et vous feriez le reste. Ce signal…

Catherine dégaina sa dague et la leva comme une croix.

– Ce signal, le voici! dit-elle d’une voix qui tomba pesamment dans le silence plein de frissons. Et je crierai: Dieu le veut!

Elle prononça ce mot d’un accent si rude, si sauvage, que les cinquante filles en eurent un recul d’épouvante.

Mais aussitôt, entraînées dans une formidable rafale de haine, soulevées par la vengeance, elles tendaient leurs bras, leurs poignards en croix et un seul hurlement gronda, funèbre et sourd:

– Dieu le veut!…

Catherine, les bras au ciel, transfigurée, violente, terrible à voir et à entendre, cria dans le tumulte:

– Seigneur! vois ces armes qui se dressent pour ton service! Seigneur, pardo

Un grand souffle de superstition courba toutes les têtes… L’obscurité se fit soudain complète… Les cierges de l’autel s’éteignirent… Quand les filles de la reine se redressèrent, elles virent Catherine qui, ayant éteint les flambeaux, descendaient les marches de l’autel.

La reine s’enfonça dans les ténèbres de l’église et disparut là-bas, vers le maître-autel au-dessus duquel une veilleuse suspendue aux voûtes par une longue chaînette brûlait seule, pareille à une étoile qui eût tristement éclairé un sépulcre.

Vers cette étoile pâle, cette ombre qu’était la silhouette noire de Catherine se dirigea à pas lents et silencieux.

Frémissantes, agitées de sentiments où la rage, la vengeance, l’épouvante et l’horreur superstitieuse se heurtaient, les cinquante se glissèrent à la place qui leur avait été désignée.

Et le poignard à la main, elles attendirent.

XVIII LE MOINE

Vingt minutes s’écoulèrent. Les rafales qui mugissaient autour de la vaste église, dans le cloître, do

Onze heures so

Puis la demie.

À ce moment, un homme s’approcha du maître-autel et d’une main tremblante alluma quatre cierges, deux à droite, deux à gauche du tabernacle. Cet homme passa alors une main sur son front pour essuyer la sueur qui l’inondait. Il était blême. Il vacillait sur ses jambes. Il se retourna et vit la reine prosternée dans une attitude de recueillement.

Il descendit les marches, s’approcha d’elle et se pencha.

– Madame, balbutia-t-il.

Et comme elle ne répondait pas, il la toucha à l’épaule et murmura:

– Catherine!…

La reine releva la tête; cette tête était effrayante.

– René, demanda la reine dans un souffle, tout est-il prêt?

Ruggieri joignait les mains.

– Madame, dit-il d’une voix sourde, ceci est un rêve atroce. Oh! vous lui ferez grâce, n’est-ce pas? Grâce, ma reine! Pitié pour mon fils! Pitié pour moi qui vous ai aimée jusqu’à me faire empoiso

La reine s’était mise debout.

– René, dit-elle, par le Dieu vivant qui nous écoute, je te jure que j’ai aujourd’hui voulu le sauver… J’ai interrogé Alice… J’ai surpris la vérité… Elle est terrible, cette vérité! Non seulement Déodat sait qu’il est mon fils, mais il s’en vante! Alice de Lux co

– Ce fut une vision de mon esprit malade, dit Ruggieri, dont les dents claquaient. Grâce, madame!… Tenez… je partirai avec eux… je les surveillerai…

– Tais-toi, René… Voici le signal… là… à cette porte…

– Non! c’est le to

– Va ouvrir, te dis-je!…

Ruggieri tomba à genoux.

– Catherine!… Quoi!… Le sang de votre sang! la chair de votre chair! vous n’en aurez pas pitié!…

La reine se pencha, saisit l’astrologue par le bras et, comme dans ce moment de véritable hystérie sanglante, ses forces étaient décuplées, d’un mouvement irrésistible, elle le releva.

– Misérable, gronda-t-elle, veux-tu donc que je sacrifie ho

Ruggieri, saisi d’un vertige sans nom, leva les bras vers les voûtes obscures.

– Va ouvrir! commanda la reine.

Titubant, se heurtant aux grilles du chœur, aux aspérités des piliers massifs, il gagna la porte que lui indiquait Catherine et ouvrit.

Un homme, un moine, lui apparut.

Son capuchon était rabattu sur ses yeux.

Le moine entra. Il se retourna vers Ruggieri qui, hagard, les cheveux hérissés, le regardait de ses yeux fous.

– Où dois-je aller? demanda lentement le moine.

Ruggieri étendit le bras vers le maître-autel et, d’une voix rauque, sans expression humaine, gronda:

– Là!… C’est là qu’elle attend!… Va… bourreau!…

Le moine tressaillit longuement.

Ruggieri, les yeux tournés vers lui, recula, le bras tendu, et franchit la porte. Alors, le moine entendit une plainte déchirante que couvrait le roulement d’un coup de to