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Quoi! Son père! Il allait le voir torturer sous ses yeux! Il allait entendre les horribles cris du pauvre vieux qu’il avait tant aimé! Il allait voir ses membres se tordre et panteler sur le chevalet!…
Le chevalier éclata en sanglots. Il saisit dans ses bras la tête vénérée au vieux routier.
– Ô mon père! bégaya-t-il… mon pauvre père!…
Pardaillan demeura tout saisi, tout bouleversé d’entendre pleurer son fils.
C’était la première fois!…
Oui! Si loin qu’il remontât dans sa vie, jamais il n’avait vu pleurer le chevalier… Lorsque, tout enfant, il lui était arrivé de le corriger d’une taloche – bien rare du reste – le petit lui tournait le dos après l’avoir fièrement regardé, mais il ne pleurait pas!… Plus tard, lorsqu’après de longues a
Ces larmes brûlantes qui tombaient sur ses cheveux blancs lui causèrent une inexprimable sensation d’éto
– Jean, dit-il d’une voix basse et tremblante, Jean, mon fils, je cherche vainement dans mon cœur des paroles de consolation… Comme tu dois souffrir, mon pauvre enfant!… Si jeune, si beau, si brave… Si je pouvais mourir deux fois, et que cela suffise aux misérables… mais non! c’est à toi qu’ils en veulent… ils ne m’ont pris que pour t’atteindre plus sûrement… Pleure, mon petit Jean, pleure avec ton vieux père qui se maudit de n’avoir que des larmes à t’offrir dans ce suprême moment… pleure ta jeune existence brisée…
Le chevalier fit un effort, refoula ses sanglots et répondit:
– Mon vénéré père, vous vous trompez. Je mourrai sans faiblir et saurai faire ho
– C’est, donc ta petite Loïse que tu pleures?
– Non, mon père… Loïse m’aime… je le sais… et mourir avec cette certitude, voyez-vous, c’est mourir avec le paradis dans le cœur… Mais tenez, ne parlons plus de ce moment de faiblesse que je viens d’avoir… conservons toutes nos forces pour l’instant… où…
Le chevalier ne put achever et se mordit violemment les lèvres. Le vieux Pardaillan s’était levé et, habitué déjà à l’obscurité, arpentait furieusement le cachot.
– Chevalier, grondait-il, je ne suis qu’un sot! De m’être fait prendre ainsi, alors que je croyais prendre, je n’en reviens pas. Si je n’avais pas commis la folie d’aller me jeter dans la gueule du loup, je serais libre, et fût-ce même en mettant le feu à cette vieille tour, je te délivrerais!
Il raconta alors comment il s’était rendu à l’hôtel de Mesmes, croyant y trouver le maréchal seul et le forcer à se battre avec lui. De son côté, le chevalier raconta la scène du couvent. Enfin, brisé de fatigue, le jeune homme finit par s’endormir et sommeilla quelques heures…
Quand il ouvrit les yeux, il constata qu’une sorte de faux jour éclairait assez le cachot pour qu’on pût y voir.
Sa première idée fut d’examiner soigneusement la porte, puis l’étroite lucarne par où passait la lumière. Le vieux routier le laissa faire en secouant la tête. Lorsque le chevalier eut achevé son inspection, il se tourna vers son père.
– Ce que tu viens de faire, dit celui-ci, je l’ai fait pendant la première journée de mon empriso
– N’importe, mon père!… Mieux vaudrait, après tout, mourir d’une arquebusade.
– C’est juste; mais nous n’avons plus que quatre jours pour exécuter un travail qui en demanderait huit à des gens travaillant en pleine lumière, avec des outils. Et note qu’au premier bruit, la sentinelle dont tu entends les pas do
– Et la lucarne? fit le chevalier avec un calme terrible.
– Regarde. Il faudrait desceller trois ou quatre de ces blocs cimentés pour arriver jusqu’aux barreaux, et alors, il faudrait desceller les barreaux eux-mêmes, et alors il faudrait descendre dans la cour toujours pleine de gardes…
– N’y a-t-il donc aucun moyen? aucun espoir?…
– Aucun moyen d’évasion, dit le vieux routier. Et quant à l’espoir, il ne nous en reste qu’un: celui de ne pas trop souffrir en mourant et de ne pas faire une trop vilaine grimace.
Avant de quitter le Temple, revenons pour quelques instants à cette violente figure de Montluc que nous n’avons fait qu’entrevoir. Après avoir fait conduire son nouveau priso
– À boire! fit-il en se laissant lourdement tomber dans le fauteuil en chêne sculpté.
La salle à manger était vaste et riche. Des dressoirs en chêne, des aiguières d’étain poli pour se laver les mains, de belles vaisselles à fleurs, des flambeaux d’argent do
Au milieu de cette salle se trouvait une table bien éclairée, chargée de venaisons diverses et surtout de flacons de toutes dimensions. Trois couverts étaient mis: celui de Marc de Montluc et ceux de deux jeunes femmes qui, en le voyant rentrer, lourd et pesant comme un homme qui ne veut pas tituber, se hâtèrent de remplir son gobelet, vaste récipient d’étain qui contenait une demi-pinte.
Ces deux femmes étaient à peine vêtues; leurs seins nus débordaient de leurs corsages ouverts; elles avaient les cheveux dénoués et le visage peint. Elles étaient jolies, malgré la flétrissure de la débauche; c’étaient deux fortes gaillardes, telles que les aimait Montluc, l’une rousse, d’un roux ardent comme une bête fauve, l’autre brune, avec une magnifique chevelure d’Espagnole. Ces deux femmes étaient des ribaudes…
La rousse se nommait tout simplement la Roussotte, et elle-même ne se co
La brune s’appelait Pâquette.
Toutes deux étaient douces, inoffensives, très bêtes, même pas fières de la splendeur un peu fanée de leurs chairs, dociles, passives, et enfin très ho