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– Des cordes! vociféra alors Maurevert.
Quelques secondes plus tard, Pardaillan, solidement lié, était emporté dans le couvent; sur la chaussée, une dizaine de blessés étanchaient leur sang.
Et la foule, saisissant Lubin, le soulevait, transportée du délire des miracles, le portait en triomphe et l’acclamait. C’était le saint qui avait arrêté l’hérétique! C’était le saint qui, rien qu’en l’enlaçant de ses bras, lui avait ôté sa force!
Le bruit de ces prodiges se propagea aussitôt; toute la soirée, et jusqu’a une heure avancée de la nuit, des foules vinrent s’agenouiller devant le couvent et réclamaient la bénédiction du saint moine qui avait vengé Dieu d’avoir été bouilli.
D’heure en heure, Lubin se montrait et bénissait le peuple…
Maurevert était entré dans le couvent, et avait eu une assez longue conférence avec le prieur. À la suite de cette conférence, il s’était fait conduire dans la cellule où le comte de Marillac avait été enfermé. Il portait sous son bras l’épée du comte.
– Monsieur, dit-il en entrant, vous êtes libre, voici votre épée.
Marillac ne témoigna ni joie ni surprise. Il saisit froidement la lame qu’on lui tendait et la remit au fourreau.
– Monsieur de Maurevert, dit-il, j’espère que nous nous retrouverons, dans des conditions meilleures, c’est-à-dire à un moment où vous n’aurez pas pris la précaution de vous entourer de vingt spadassins pour attaquer deux hommes.
– Monsieur le comte, nous nous retrouverons quand il vous plaira, dit Maurevert en grondant.
– Après-demain matin, voulez-vous?
– Soit.
– Dans les prés du passeur?
– Le lieu et l’heure me convie
– Vous me sauvez la vie, vous! fit Marillac avec un dédain qui fit pâlir Maurevert.
Le bravo eut un éclair de rage dans les yeux. Mais il se contint et reprit:
– C’est sans doute un grand ho
Marillac avait écouté ces explications avec une attention éto
– Monsieur, dit-il alors, s’il en est vraiment ainsi, je ne puis qu’être surpris. Je ne suis pas de vos amis, je crois…
– Eh! avais-je besoin que vous fussiez mon ami pour essayer de vous tirer des mains de ces enragés! Qui n’en eût fait autant à ma place?… Et puis, je dois vous l’avouer, j’avais une raison secrète de me jeter à votre secours… bien que ce secours, pour plus de sûreté, se soit manifesté sous la forme d’une attaque.
– Quelle est cette raison, monsieur?
– Le désir que j’ai d’être agréable à la reine mère, dit Maurevert en s’inclinant avec un respect outré.
Marillac tressaillit et pâlit. Déjà Maurevert continuait:
– Si je ne suis pas de vos amis, monsieur le comte, si nous nous sommes même un peu regardés de travers à la dernière fête du Louvre, je n’en ai pas moins l’insigne ho
– La reine a dit cela! s’écria Marillac d’une voix altérée.
– Ce sont ses augustes paroles que j’ai l’ho
Maurevert, après s’être incliné, fit un pas pour se retirer.
– Attendez, monsieur! dit Marillac.
Sombre, bouleversé, la voix tremblante, malgré tous ses efforts, Marillac reprit:
– Monsieur, les paroles que vous prêtez à Sa Majesté ont pour moi une importance de vie ou de mort. Me jurez-vous que la reine s’est bien exprimée ainsi en parlant de moi?
– Je vous le jure, dit Maurevert avec une évidente sincérité. Je dois même ajouter que si les paroles de la reine étaient affectueuses, le ton l’était plus encore. Ce n’est un secret pour perso
Un soupir qui ressemblait à un rugissement, gonfla la poitrine de Marillac.
– Ma mère! ma mère! balbutia-t-il au fond de lui-même. Serait-ce donc vrai? Me serais-je donc trompé?… Monsieur de Maurevert, reprit-il tout haut, je regrette de vous avoir mal accueilli.
– Tout le monde s’y fut trompé, monsieur le comte! dit Maurevert avec un sourire.
– Adieu donc et merci. Veuillez, je vous prie, me conduire à M. de Pardaillan, afin que nous partions ensemble.
– M. de Pardaillan?
– Oui. Qu’y a-t-il là qui vous éto
– Monsieur le comte, je vous le répète: vous êtes libre. Mais quant à M. de Pardaillan, c’est autre chose, vu que M. de Pardaillan est rebelle, accusé de lèse-majesté et que c’est mon devoir de l’arrêter.
– Vous l’arrêtez?
– C’est fait.
– De quel droit? Êtes-vous donc officier des gardes?
– Non, monsieur. J’ai simplement reçu un ordre d’avoir à me saisir de la perso
– Un ordre! gronda Marillac. De qui?
– De la reine mère!
Sur ce mot, Maurevert saluant une dernière fois le comte, sortit, laissant la porte ouverte. Marillac demeura un moment tout étourdi. Mais bientôt, se frappant le front, il murmura:
– Cette fois, je vais voir quelle peut être l’affection de la reine pour moi!… car je vais lui demander la vie et la liberté d’un homme qui l’a cruellement offensée…
Marillac sortit de la cellule, et se trouva dans un couloir en présence d’un moine qui le salua et lui dit: