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– Excusez ma hardiesse, monseigneur, mais le portrait que vous venez de tracer est si beau que j’éprouve un impérieux désir de co
– Nullement. Je vous ai, à vous et à votre fils, de telles obligations, que je ne veux rien vous cacher de mes chagrins et de mes joies. Vous le verrez, monsieur, car j’espère bien que vous assisterez au mariage de Loïse…
– Et il s’appelle? demanda Pardaillan en mordant sa moustache.
– Le comte de Margency, répondit le maréchal en fixant son regard sur le vieux routier.
Celui-ci chancela. Il avait reçu le coup en plein cœur.
Il balbutia quelques mots, et tout étourdi, atterré, prit congé du maréchal et rejoignit son fils.
– Je viens de parler à M. le maréchal, dit-il.
– Ah!… Et vous lui avez dit?
– Je lui ai demandé à qui il comptait do
– Ah! fit de nouveau le chevalier sans pâlir. Et co
– Je co
– Peu importe, monsieur, dit paisiblement le chevalier.
Il y eut quelques minutes de silence, pendant lesquelles le vieux Pardaillan arpenta furieusement la pièce, tandis que le chevalier le regardait en souriant de son air figue et raisin.
– J’admire ton calme, éclata enfin le vieux routier. Comment! c’est ainsi qu’on te traite, toi!… Et tu ne bondis pas?…
– Mais, mon père, comment voulez-vous que je sois traité? Le maréchal, pour quelques pauvres services que je lui ai rendus, m’offre une somptueuse hospitalité. Savez-vous où vous êtes ici?
– Dans ton appartement, je pense!
– Certes. Eh bien! cette chambre, mon père, est celle qui fut do
Le sourire du chevalier devenait intense. Sa moustache se hérissait.
– Je vous dis que c’est à peine si j’ose dormir dans cette couche royale. Que pouvait faire de plus le maréchal?
– C’est bon. Chevalier, nous allons partir d’ici tout aussitôt.
– Non, mon père.
– Tu dis: non? Qui t’y retient maintenant?
– Le maréchal compte sur nous pour l’escorter jusqu’à Montmorency. Nous l’escorterons, mon père. Et une fois qu’il sera en parfaite sûreté dans son castel, alors nous irons nous faire tuer dans quelque jolie entreprise, si toutefois vous me voulez faire l’ho
De par tous les diables! pourquoi M. le maréchal n’appelle-t-il pas M. le comte de Margency pour l’escorter?
– Sans doute, nous trouverons le comte en route, dit le chevalier toujours souriant. Mais lors même qu’il serait ici, je ne lui céderais pas le droit que j’ai conquis de mettre Loïse en sûreté. C’est à moi qu’elle fit appel, à moi seul. Je n’oublierai jamais cette minute. J’étais à mon observatoire de la Devinière… Tiens, à propos, il me faudra y passer pour régler une vieille dette. Avez-vous de l’argent, mon père?
– Trois mille livres.
– Peste! nous sommes riches!
– Oui, c’est le dernier présent que m’a fait M. de Damville, un peu malgré lui, d’ailleurs. Tu disais donc que tu voulais payer maître Landry?
– Et dame Huguette.
– Tu dois à tous les deux?
– Oui. Seulement, c’est de l’argent que je dois à Landry. Et c’est de la reco
– Voilà tout! gronda le vieux routier. Ah! que ne m’as-tu écouté!…
– J’ai eu tort, j’en conviens. Mais, mon père, il faut nous occuper de quitter Paris dès ce soir. L’escorte du maréchal, s’il survient quelque obstacle, ne pourra que se battre, et ceci est insuffisant. Nous avons besoin de force et nous avons besoin de ruse. Damville est un rude jouteur, sans compter que nous avons à nos trousses une foule de roquets de moindre importance.
– Je co
– Allez donc, mon père, et soyez prudent.
Le vieux routier jeta un dernier regard à son fils, hocha la tête, et s’éloigna.
Le chevalier décrocha sa rapière, fit quelques tours dans la chambre et s’assit dans un vaste fauteuil qu’on appelait dans l’hôtel le fauteuil du roi, parce que Henri II s’y était assis.
Qu’on n’aille pas croire que le chevalier venait de jouer vis-à-vis de son père la comédie du jeune amoureux qui parle avec détachement de sa peine, en laissant sous entendre le violent chagrin que cache le sourire amer.
Le chevalier était sincère au point qu’il ne jouait même pas la comédie avec lui-même, ce qui est encore plus difficile que de ne pas la jouer avec les autres.
Son monologue fut la suite toute naturelle de son entretien.
Le sourire de pince-sans-rire qui lui était habituel ne disparut pas de ses lèvres. Il ne pleura pas. Il ne soupira pas. Chez lui, les choses se passaient en dedans. Et ce jeune homme qui avait de si charmantes attitudes de finesse, semblait avoir l’horreur de l’attitude voulue. Il se contraignait au minimum de gestes et au minimum de paroles.