Страница 13 из 162
Cette journée fut donc une journée de bonheur véritable malgré la folie de Jea
Mais n’était-elle pas là, vivante? Et même, lorsqu’ils la considéraient tous les deux, le père et la fille ne remarquaient-ils pas qu’un heureux changement se manifestait dans sa santé? Ses yeux reprenaient leur brillant, ses joues redevenaient roses; jamais Loïse ne l’avait vue ni aussi belle ni aussi gaie. Le rire de la folle éclatait non pas strident et nerveux, mais doux et plein d’i
Elle était redevenue la Jea
En ce jour, le maréchal lia pleine co
Pour le chevalier, il demeura ce qu’il avait toujours été: réservé, peu communicatif, toute tristesse disparue en apparence.
La nuit qui suivit fut également très calme.
Cependant, vers le commencement de cette nuit, un incident se produisit dans la rue. Le maréchal de Damville vint visiter le poste qui veillait devant la maison. Il était accompagné de quarante gardes du roi qui relevèrent les gardes d’Anjou. Un officier de la maison royale les commandait et le capitaine qui avait accepté la caution de Jea
Damville passa la nuit dans la rue, et vers l’aube, un mouvement se produisit parmi les soldats.
Vingt d’entre eux chargèrent leurs arquebuses et se tinrent prêts à faire feu.
D’autres disposèrent un madrier suspendu à un appareil de poteaux et de cordes, de façon à former bélier.
On se préparait évidemment à enfoncer la porte.
La caution de Jea
– S’ils attaquent, dit-il, nous n’avons plus aucune raison de tenir notre parole; nous étions ici priso
– C’est mon avis, dit le maréchal, pour le cas où ils attaqueraient. Parole faussée, parole rendue!
– Ils attaqueront, n’en doutez pas. Qu’en penses-tu, chevalier?
– Je pense que M. le maréchal doit sortir immédiatement avec les deux femmes, mais que nous devons rester, nous, et tenir tête.
– Ah! ah! Voilà du nouveau! grommela le vieux Pardaillan, qui comprit aussitôt ce qui se passait dans le cœur de son fils.
Et le prenant à part:
– Tu veux mourir, hein?
– Oui, mon père.
– Mourons donc ensemble. Cependant, tu peux bien entendre une observation de ton vieux père?
– Oui, monsieur…
– Eh bien, je ne demande pas mieux que de mourir, puisque tu ne peux vivre sans cette petite Loïson que le diable emporte, et que moi, je ne puis vivre sans toi. Mais encore faut-il être sûr que ta Loïsette t’échappe!
– Que voulez-vous dire? s’écria le chevalier en pâlissant d’espoir.
– Simplement ceci: as-tu demandé sa fille au maréchal?
– Folie! L’idée seule d’une telle demande lui ferait hausser les épaules de pitié!
– D’accord! Mais enfin, l’as-tu demandée?
– Vous savez bien que non!
– Eh bien, il faut la demander!
– Jamais! Jamais!… Oh! l’affront de me voir refuser!…
– Bon, c’est donc moi qui parlerai pour toi!
– Vous, monsieur!
– Moi! Par Pilate, n’est-ce pas mon droit? Je la demanderai, te dis-je! Or, de deux choses l’une: ou tu es accepté…
Le chevalier fit un geste de violente dénégation.
– Ou tu es accepté, et tu fais aux Montmorency l’ho
– Soit, mon père! dit le chevalier qui entrevit là un moyen de mourir seul et de ne pas entraîner son père à la mort.
– Monseigneur, dit alors le vieux Pardaillan en rejoignant le maréchal, nous venons, le chevalier et moi, de tenir conseil de guerre. Voici ce qui est décidé: Vous allez partir à l’instant. Nous demeurons ici jusqu’à ce que l’attaque soit avérée. Alors, nous partirons à notre tour.
– Je ne partirai pas d’ici sans vous, dit le maréchal d’une voix ferme. Et songez-y, chevalier, si vous ne consentez pas à me suivre dès la première attaque, vous exposez à une mort terrible ces deux i
Le chevalier tressaillit.
– Nous partirons donc, dit-il.
– Il n’y a plus qu’à attendre, dit Pardaillan père.
L’attente ne fut pas longue. Vers cinq heures du matin, le vieux routier, demeuré en observation, à l’œil-de-Bœuf, vit un cavalier faire un signe à l’officier. Ce cavalier, bien qu’il fît chaud, était enveloppé d’un manteau qui le couvrait entièrement. En sorte que Pardaillan ne put le reco
Au signe de ce cavalier, l’officier commanda à ses hommes d’apprêter leurs armes.
Aussitôt les fenêtres voisines s’ouvrirent et une foule de têtes curieuses se montrèrent.
L’officier s’approcha, escorté d’un procureur tout vêtu de noir, lequel tirant un papier d’un étui, se mit à lire à haute et distincte voix:
«Au nom du roi:
Sont déclarés traîtres et rebelles les sieurs Pardaillan père et fils réfugiés en cette maison sous la caution de noble dame de Pie
Enjoignons audits sieurs de se rendre à discrétion pour être menés au Temple [4] et de là être jugés pour crime de félonie et de lèse-majesté; plus incendie volontaire d’une maison: plus rébellion à main armée;
Enjoignons aux officiers du guet royal de s’emparer de la perso
[4] Le Temple: ancien monastère des Templiers à Paris, à l’emplacement actuel de la mairie IIIè arrondissement.
[5] Le Châtelet: forteresse servant de prison, rive gauche de la Seine.