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Le maréchal de Tava

À chaque pont, il y avait ainsi un barrage de fantassins; les chaînes étaient d’ailleurs tendues du côté de l’université, pour que ces troupes ne pussent être assaillies par derrière.

À chaque carrefour de la ville, il y avait un capitaine de quartier et cinquante bourgeois en armes.

Derrière les portes fermées de toutes les maisons catholiques, des gens, prêts à se ruer au dehors, la figure livide, écoutaient le silence.

De groupe en groupe, silencieux et rapides, couraient des gens, soit pour porter des mots d’ordre, soit pour encourager ceux qui attendaient; c’étaient Nevers et Montpensier, sombres et furtifs; c’étaient des gentilshommes au visage convulsé d’inquiétude, car le signal se faisait trop attendre; c’étaient des moines, cordeliers, augustins, génovéfains, barrés, jésuites, tous radieux, les lèvres serrées, des gourdins au poing.

Le silence était énorme; c’était le silence de la mort.

Chacun était à son poste.

Et l’ombre de l’inquisition catholique planait sur Paris…

XXXI LES MYSTÈRES DE LA RÉINCARNATION

Vers ce moment-là, c’est-à-dire entre deux et trois heures du matin, à cet instant sole

C’était une de ces scènes qui, par l’épouvante qu’elles dégagent, dépassent l’imagination, et devant lesquelles la plume du romancier hésite et tremble.

Il faut pourtant que nous la racontions, puisque deux héros de ce récit en furent les acteurs.

Mais pour la présenter au lecteur dans son exorbitante horreur, pour lui faire comprendre ce qu’il y avait de tragiquement exceptio

Ce perso

Ruggieri était sans doute l’homme le plus convaincu de la cour de France. Il avait la foi. Il croyait, d’une croyance profonde et sincère, à la possibilité de l’Absolu. Était-ce un fou? C’est possible, sans que ce soit certain. Quel homme, d’ailleurs, n’a été tenté par l’Absolu? De nos jours, Ruggieri eût été un de ces paisibles savants qui se passio

Ruggieri portait en lui le mystère du Moyen Age agonisant. Né à Florence, il était peut-être le fils de quelque magicie

L’alchimie et l’astrologie étaient la double et incessante préoccupation de cet homme. Et cet esprit ténébreux, ondoyant, insaisissable, quand il se transportait dans le domaine des réalités vivantes, devenait d’une fermeté, d’une lucidité extraordinaires quand il abordait les spéculations où tant de génies ont sombré, depuis les mages de la Chaldée jusqu’à Lulle, Nicolas Flamel jusqu’à Paracelse, jusqu’à Leibnitz, jusqu’à Spinoza.

En cherchant la pierre philosophale, en manipulant et en combinant des corps chimiques, Ruggieri avait trouvé des poisons redoutables; il avait trouvé des parfums charmants; il avait trouvé des cosmétiques merveilleux: découvertes insignifiantes pour lui.

Par l’astrologie, il cherchait:

Sur le front des étoiles,

Ce que la nuit des temps renferme dans ses voiles,

pour citer une parole somptueuse vraiment du glorieux et admirable La Fontaine.

Mais il faut noter que, pour Ruggieri, la pierre philosophale et la co

Ainsi donc: la toute-puissance par la richesse infinie, la science absolue par la co

Cet homme qui tremblait devant Catherine, laquelle n’était après tout que son élève, cet homme, gauche et timide devant les grands, cet homme qui s’était ravalé à d’abominables besognes pour complaire à la vieille reine, devenait dans son laboratoire une sorte de géant; alors, soit que l’orgueil de ses précédents travaux l’aveuglât, soit que l’excès même du travail l’eût conduit aux portes de la folie, son esprit déployait des ailes d’une envergure démesurée, et il se lançait dans les abîmes de l’insondable.

Quand il était fatigué de regarder au ciel, il redescendait à la chimie; quand il était fatigué de se pencher sur ses creusets, il se colletait avec la mort…

Et, courbé sur le cadavre de quelque supplicié qu’il avait acheté au bourreau, il cherchait, oui, il cherchait le moyen de faire revivre ce cadavre!…

«Qu’est-ce que le cœur? songeait-il: un balancier. Qu’est-ce que le sang? Le charroi de la vie. Voici un corps. Le sang y est toujours, c’est-à-dire le moyen de véhiculer la vie. Le cœur y est toujours, c’est-à-dire le régulateur nécessaire aux mouvements de la vie. Nerfs, muscles, chair, cerveau, tout y est. Or, ce corps, tel qu’il est maintenant, vivait ce matin. Il a suffi qu’une corde l’ait serré au cou pour qu’il devie

Quand il avait bien ainsi rêvé, Ruggieri modelait une statuette de cire qui représentait à ses yeux le corps astral du cadavre. Et sur ce simulacre, il essayait ses incantations…

Quelquefois, il lui avait semblé voir le cadavre tressaillir comme prêt à se réveiller. Mais l’illusion s’envolait bientôt.