Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 6 из 35

Alors, fit-il en s'approchant du Martinov, ça vous plaît? Il y a quelque chose, dit Réparaz, il y a vraiment quelque chose. Je trouve ça, voyez-vous, comment dire. Je sais, je vois bien, dit Ferrer. Mais enfin ce n'est pas très bon, franchement, c'est loin d'être le meilleur de la série (c'est une série, n'est-ce pas), et puis de toute façon ce n'est pas tout à fait terminé. Sans compter qu'entre nous c'est un peu cher, Martinov. Ah bon, fit l'autre, moi je trouve qu'il se passe réellement quelque chose avec ce jaune. Certes, concéda Ferrer, ce n'est pas mal, je ne dis pas. Mais c'est quand même un peu coûteux pour ce que c'est. Je serais vous, je jetterais plutôt un coup d'œil là-dessus, reprit-il en désignant une œuvre composée de quatre carrés d'aluminium peints en vert clair juxtaposés, adossée dans un coin de la galerie. Ça, c'est intéressant. Ça va monter pas mal bientôt mais c'est encore très abordable. Et puis voyez comme c'est clair, non? C'est évident. C'est lumineux.

C'est quand même très peu de chose, dit le chef d'entreprise. Je veux dire, on ne voit pas grand-chose. A première vue, dit Ferrer, on peut le prendre comme ça. Mais au moins vous rentrez chez vous, vous avez ça au mur, vous n'êtes pas agressé. Il y a ça. Je vais réfléchir, dit Réparaz en s'en allant, je repasserai avec ma femme. C'est bon, dit Ferrer à Delahaye, vous allez voir. C'est sûr qu'il va le prendre, le Martinov. Il faut les contrer, quelquefois. Il faut leur do

Quarante-huit ans, mouche de poils sous la lèvre inférieure et veste en velours, souriant et nommé Gourdel, un châssis emballé de papier kraft sous le bras, l'autre était un peintre dont Ferrer s'occupait depuis dix ans. Apportant un tableau, il venait aux nouvelles.

Ça ne va pas fort, répondit Ferrer d'une voix lasse. Tu te souviens de Baillenx qui t'avait pris un tableau. Il me l'a rendu, ton tableau, il n'en veut plus, j'ai dû le reprendre. Il y avait bien aussi Kurdjian, rappelle-toi, qui envisageait d'acheter. Bon, il n'achète plus, finalement, il préfère acheter un Américain. Et puis tu as deux grands formats qui sont passés en salle des ventes, ils ont fait un prix dérisoire, donc franchement ça va très moyen. Bon, dit Gourdel, qui sourit moins en déballant le châssis, j'ai apporté ça.

Il faut voir aussi que c'est un peu de ta faute, poursuivit Ferrer sans même un regard sur l'objet. Tu as tout foutu en l'air en passant de l'abstrait au figuratif, j'ai dû complètement changer ma stratégie sur ton travail. Tu sais que ça pose des problèmes, le peintre qui change tout le temps, les gens attendent un truc et puis ils sont déçus. Tu sais que tout est labélisé, quand même, c'est plus facile pour moi de promouvoir quelque chose qui ne bouge pas trop, sinon c'est catastrophique. Tu sais bien que tout ça est très fragile. Enfin je te dis ça, c'est toi qui vois. De toute façon, celui-là je ne peux pas le prendre, je veux d'abord écouler le reste.

Un temps, puis Gourdel remballe sommairement son châssis, salue Ferrer d'un signe de tête et sort. Sur le trottoir il croise Martinov qui arrive. Martinov est un jeune type au regard i

Alors tu as vu Gourdel, dit Ferrer. Je viens de le croiser, dit Martinov, ça n'a pas l'air d'aller bien fort. Il est complètement délabré, dit Ferrer, économiquement ça ne marche plus du tout, ce n'est plus qu'un déchet symbolique. Toi, par contre, ça va bien ces temps-ci. Un type est passé tout à l'heure, il va sûrement te prendre le grand jaune. A part ça tu es sur quoi, en ce moment? Ma foi, dit Martinov, j'avais ma série verticale, je vais en do

C'est donc d'assez mauvaise humeur que Ferrer écoutait ensuite les informations générales que Delahaye lui do

8

Il allait justement se lever lorsque Ferrer ouvrit un œil: le sabord dessinait un rectangle bleu-gris pâle sur une paroi de la cabine. Sur la couchette exiguë, il ne fut pas facile de se retourner vers la paroi opposée puis, y étant parvenu, Ferrer ne disposait plus que de trente centimètres de matelas pour se tenir sur le flanc, mais au moins faisait-il bien plus chaud que les autres matins. Il tenta de raffermir sa position par de légers mouvements de reptation latérale sur place, si la chose est possible: en vain. Puis comme il essayait, ces mouvements, de les amplifier pour gagner un peu de ce terrain chaud, une brusque poussée adverse le projeta en arrière: Ferrer dégringola de la couchette.

Il tomba de tout son poids sur l'épaule droite, la crut démise et frisso

Or les choses ont changé, semble-t-il. L'imprévisible s'est produit. Sur cette couchette, enfin seule et soupirant d'aise, se retournant avant de se remettre à ronfloter, l'infirmière Brigitte replonge confortablement dans le sommeil. Son hâle est plus soutenu et coloré que d'habitude, d'un bistre qui tire sur l'orangé. C'est qu'elle s'est encore endormie la veille sous les UV, la pauvre, elle a été un petit peu surdosée. Ferrer hausse les épaules, frisso

Il ne se sent pas trop bien, à vrai dire, il s'inquiète. La dernière fois qu'il a consulté Feldman, le cardiologue l'a mis en garde contre les températures extrêmes: la grande chaleur ou le grand froid, les fortes sautes de température, tout cela est extrêmement mauvais pour les coronariens. Tu ne mènes pas une existence saine compte tenu de ton état, a dit Feldman. Ce n'est pas tout d'arrêter de fumer, c'est tout un programme d'hygiène de vie qu'il faut mettre en place, maintenant. Ferrer a donc pris soin de ne pas lui indiquer qu'il allait partir dans le grand Nord. Il a juste évoqué, sans préciser, un déplacement professio