Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 3 из 35

C'était à peu près tout, les repas riches en graisse se tenaient à heure fixe et l'on ne disposait que d'une brève demi-heure au bar, chaque soir, pour se payer une ou deux bières. Passé la première journée de découverte, dès le lendemain brumeux le temps se mit à s'effilocher. Par le sabord de sa cabine, Ferrer vit défiler Terre-Neuve à main droite avant qu'on se mît à longer les côtes du Labrador jusqu'à la baie de Davis puis au détroit d'Hudson, sans qu'on perçût jamais le grondement des moteurs.

Baignant de hautes falaises d'un ocre-brun violâtre, l'air immobile était glacé, donc lourd, pesant de tout son poids sur une mer également immobile, d'un gris-jaune sablo

Comme elle était relativement fine au début, le brise-glace commença de s'y frayer un chemin frontalement. Puis assez vite elle devint trop épaisse pour qu'il pût continuer de procéder ainsi: dès lors il entreprit de se poser sur elle pour l'écraser de tout son poids: elle explosait alors, se lézardant en tous sens à perte de vue. Descendu dans l'étrave du bâtiment, séparé de l'impact par soixante millimètres de métal, Ferrer écouta de près le bruit que cela produisait: bande-son de château hanté tout en raclements, sifflements et feulements, effets de basse et grincements divers. Mais une fois remonté sur la passerelle, il ne percevrait plus qu'un léger craquement permanent, comme une étoffe qui se déchire sans résistance au-dessus des sous-marins nucléaires immobiles, silencieux, tranquillement posés sur le fond, et dans lesquels on triche aux cartes en attendant vainement les contrordres.

On continuait, les jours passaient. On ne croisa perso

C'était intéressant, c'était vide et grandiose, mais au bout de quelques jours un petit peu fastidieux. Ce fut alors que Ferrer devint assidu à la bibliothèque, y retirant des classiques de l'exploration polaire – Greely, Nansen, Barentsz, Nordenskjôld – et des vidéos en tous genres – Rio Bravo, Kiss me deadly, bien sûr, mais aussi Perverses caissières ou La stagiaire est vorace. Il n'emprunta ces dernières œuvres qu'une fois certain du lien de Brigitte avec le radiotélégraphiste: dès lors, sans espoir sur ses chances avec l'infirmière, il n'avait plus à craindre de se discréditer à ses yeux. Vains scrupules: c'est avec un sourire égal, plein d'indulgence maternelle, que Brigitte inscrivait indifféremment sur son registre l'emprunt des Quatre cavaliers de l'apocalypse ou de Bourre-nous. Sourire à ce point rassérénant et permissif que Ferrer n'hésita bientôt plus à s'inventer tous les deux jours des affections faciles à simuler – céphalées, courbatures – pour aller réclamer des soins – compresses, massages. Dans un premier temps, ça marchait.

5

Ce qui marchait moins bien, six mois plus tôt, c'étaient les affaires de la galerie. Car à l'époque dont je parle, le marché de l'art n'est pas brillant et, soit dit en passant, le dernier électrocardiogramme de Ferrer n'est pas très brillant non plus. Il a déjà co

Ces dernières a

Tout cela, de toute façon, ne se vendait donc plus très bien. Fini l'époque où s'égosillaient sans cesse les téléphones, où crachaient continûment les fax, quand les galeries du monde entier demandaient des nouvelles des artistes, des points de vue d'artistes, des biographies et des photos d'artistes, des catalogues et des projets d'expositions d'artistes. Il y avait eu quelques a

Faute de convaincre assez de collectio

Malgré les qualités professio