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Ralentis par la charge, ils mirent beaucoup de temps à regagner Port Radium. Comme un cran d'arrêt qui se déclenche sans prévenir, de petites lames de vent acéré se levaient parfois pour couper leur élan, ralentir leur allure et le printemps polaire faisait s'ouvrir des brèches inopinées dans le pergélisol: une fois Ferrer s'y engloutit jusqu'à mi-cuisse, ce fut toute une affaire ensuite pour l'en extraire et le sécher puis le réchauffer. On parlait moins encore qu'à l'aller, on mangeait à la hâte et ne dormait que d'un œil, Ferrer de toute façon ne pensait qu'à son butin. A Port Radium, par des cousins issus de germains, Angoutretok lui trouva une chambre en ciment dans une espèce de club, ou de foyer, qui était tout ce qui pouvait tenir lieu d'hôtel dans l'agglomération. Enfin, une fois seul dans cette chambre, une fois les cantines ouvertes, Ferrer inventoria leur contenu.
Il s'agissait bien, comme prévu, d'art paléobaleinier rarissime, relevant des divers styles que Delahaye et d'autres experts lui avaient fait co
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Changeons un instant d'horizon, si vous le voulez bien, en compagnie de l'homme qui répond au nom de Baumgartner. Aujourd'hui vendredi 22 juin, pendant que Ferrer piétine sur la banquise, Baumgartner porte un complet croisé de laine vierge anthracite, une chemise ardoise et une cravate fer. Bien que l'été officiel vie
Du côté pair de la rue de Suez, la plupart des portes et fenêtres de vieux immeubles dépressifs sont aveuglés par des moellons disposés en opus incertum, signe d'expropriation avant l'anéantissement. L'un d'eux n'est pas entièrement obstrué: deux fenêtres au dernier étage respirent encore à peine. Protégeant des rideaux affaissés, leurs carreaux sont mats de poussière – l'un fendu de biais renforcé au chatterton, l'autre manquant remplacé par un sac-poubelle noir recadré. Coincé à mi-course, le portail de l'immeuble do
Baumgartner, en poussant la porte, sait qu'il n'aimera pas la refermer derrière lui: l'étouffant gourbi dans lequel il pénètre n'inspire pas en effet le bien-être, c'est une façon de terrain vague intérieur, de terrain vague retourné comme un gant. S'il est ceint de quatre murs et qu'un plafond le protège, le sol est indistinct sous les déchets, emballages d'aliments périmés, monticules de hardes, magazines déchiquetés et prospectus moisis que rend à peine lisibles un mégot de bougie, planté dans une canette posée sur un cageot. Surchauffé par un appareil à butane, l'air n'est qu'un bloc d'odeurs de renfermé, de moisissure et de gaz brûlé. On respire mal. Un combiné radio-cassettes, au chevet d'un matelas, diffuse à très bas bruit n'importe quoi.
Les traits du jeune homme allongé sur ce matelas de mousse purulente, dans un nœud de couvertures et de coussins crevés, ne sont pas très distincts non plus. Baumgartner s'en approche et ce jeune homme aux yeux fermés n'a pas l'air frais. Il aurait même l'air un peu mort. Le combiné radio-cassettes servant de support à une petite cuiller et une seringue hypodermique, une traînée de coton malpropre et ce qui reste d'un citron, Baumgartner voit tout de suite de quoi il retourne mais s'inquiète cependant. Eh, le Flétan, dit-il, eh. Le Flétan. Comme il se penche, il voit que le Flétan respire, cela n'a l'air d'être qu'un malaise à moins que ce ne soit un excès d'aise. En tout cas, même en se rapprochant, même en rajoutant une bougie, quels que soient la distance et l'éclairage la physionomie du Flétan reste imprécise, comme si la nature l'avait dispensé d'aspect particulier. C'est un perso
Voici même qu'il se soulève avec lassitude sur son avant-bras gauche et tend une main vers Baumgartner, qui retire la sie
Question de jours, répond Baumgartner en extrayant de sa poche un téléphone cellulaire, ça devrait se faire dans le mois. Ce qu'il y a, c'est qu'à partir de maintenant je dois pouvoir te joindre n'importe quand, dit-il en tendant l'appareil au jeune homme. Il faudrait que tu puisses être prêt dès que le truc se présentera.
Le Flétan s'empare du téléphone, explorant simultanément sa narine gauche de son index puis, ayant examiné l'un après l'autre le cellulaire et son doigt: Formidable, conclut-il de cet examen, c'est quoi, le numéro? Ne t'occupe pas du numéro, dit Baumgartner, je suis le seul à le co