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Avant de co
Mais nous n'en sommes pas là. D'abord il faut se rendre au cimetière d'Auteuil. Il s'agit d'un petit cimetière parallélépipédique, bordé à l'ouest par un grand mur aveugle et au nord, du côté de la rue Claude-Lorrain, par un bâtiment administratif. Les deux autres côtés sont occupés par des immeubles dont les fenêtres, commandant le réseau d'allées croisées, jouissent d'une vue imprenable sur les tombes. Ce ne sont pas des immeubles de luxe comme il en pullule dans ces beaux quartiers, mais plutôt des espèces de HLM améliorées par les fenêtres desquelles, dans le silence du cimetière, divers lambeaux sonores tombent en voltigeant comme des écharpes, bruits de cuisine ou de salle de bains, de chasse d'eau, exclamations de jeux radiophoniques, disputes et cris d'enfants.
Une heure avant que les assistants arrivent, moins nombreux qu'à l'église d'Alésia, un homme s'est présenté à la gardie
Ce nommé Baumgartner est arrivé dans le studio, qui est plutôt sombre car exposé au nord et tapissé de beige, et meublé de peu d'objets foncés et déprimants, dont une banquette Clic-Clac à rayures brunes souillées de matières suspectes et de plaques d'humidité continentales, une table en Formica ébréché, des voilages raides de poussière grasse et de poisseux rideaux vert wagon. Mais le nouveau venu a traversé ce studio sans le regarder en direction de la fenêtre qu'il n'a qu'entrouverte, se tenant légèrement en retrait d'elle, sur un côté, invisible de l'extérieur car à demi caché derrière un des rideaux. De là, il a suivi avec beaucoup d'attention toute la cérémonie d'inhumation. Puis il est redescendu voir la gardie
C'est dommage, a précisé Baumgartner, parce que c'est justement dans ce quartier qu'il cherche, mais on lui a parlé d'autre chose pas très loin et la gardie
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La Nechilik , on l'aperçut un beau matin, d'assez loin, petite masse effilée couleur de rouille et de suie posée sur une banquise ponctuée d'affleurements rocheux, vieux jouet cassé sur un drap en loques. Elle semblait en effet coincée dans les glaces au pied d'une éminence érodée, partiellement e
L'illusion règne en effet sous ces climats. La veille encore, tenez, on avançait derrière ses lunettes noires, sans lesquelles le soleil arctique vous emplit les yeux de sable et la tête de plomb, quand ce même soleil s'était soudain multiplié dans les nuages glacés par effet de parhélie: Ferrer et ses guides s'étaient retrouvés aveuglés par cinq soleils simultanés, horizontalement alignés, parmi lesquels le vrai – avec deux autres astres supplémentaires à la verticale du vrai. C'avait duré une petite heure avant que ce vrai soleil se retrouvât tout seul.
D'aussi loin que l'on vit l'épave, Ferrer fit signe aux guides de se taire et de ralentir comme si c'était une chose vivante, non moins qu'un ours blanc susceptible de vives réactions. On freina l'allure des skidoos dont on finit par couper les moteurs avant de s'approcher prudemment, d'un train de démineurs, poussant les engins par leur guidon avant de les appuyer contre la coque d'acier du navire. Puis, les deux locaux se tenant à distance de la Nechilik qu'ils considéraient avec gravité, Ferrer entreprit de monter seul à bord.
Il s'agissait donc d'un petit bateau de commerce long de vingt-trois mètres et dont une plaque de cuivre, rivetée à la base du gouvernail, déclinait la date de sa construction (1942) et le lieu de son enregistrement (Saint John, New Brunswick). Le corps du navire et le gréement semblaient en bon état, pellicules de gel et d'apparence cassante comme du bois mort. Ce qui avait dû être deux papiers froissés, traînant jadis sur le pont parmi des nœuds de cordages, était devenu deux rosés des sables sur fond de couleuvres cryonisées, le tout pris dans une couche de glace qui ne se fendilla même pas sous les bottes de Ferrer. Celui-ci pénétra dans la cabine de pilotage et la passa rapidement en revue: un registre ouvert, une bouteille vide, un fusil déchargé, un calendrier de l'a
Tout semblait bien là comme prévu, serré dans trois grosses cantines métalliques qui avaient ho
Pendant que celui-ci, chargé d'allumer le feu, découpait à la hache le mât de misaine de la Nechilik , Ferrer suivi d'Angoutretok redescendit inspecter les cales plus en détail. Les fourrures faisant partie du fret étaient également toujours là, mais contrairement au reste elles n'étaient pas si bien conservées, dures comme du bois tropical et presque tous leurs poils détachés de la peau: sans doute ne présentaient-elles plus grande valeur marchande. Ferrer préleva quand même un petit renard blanc qui semblait avoir un peu mieux tenu que les autres et qu'il décongèlerait pour offrir mais à qui, nous verrions. Dans ce qui semblait avoir tenu lieu de cuisine, il fallut dissuader Angoutretok d'ouvrir une boîte de singe périmée depuis un petit demi-siècle. Certes il était dommage de ne pas pouvoir récupérer les quelques trucs pas mal qui restaient à bord de la Nechilik , de jolies petites lampes de cuivre, par exemple, une Bible élégamment reliée, un superbe sextant. Mais on était assez alourdi comme ça pour le voyage de retour, on ne pouvait se permettre aucun excédent de bagage. Ensuite, une fois qu'on eut déjeuné, il était temps de rentrer.