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Radieux, j'entrevois enfin ma propre vie de rédacteur en chef adjoint d'une revue professio
J'appelle le minuscule ascenseur inséré au milieu de la cage d'escalier. Entrant dans la cabine aux dimensions d'une perso
«Composez le code d'accès.»
Une pa
«Récapitulation des manœuvres de sécurité.» Un instant plus tard, la cabine freine en concluant:
«Essai terminé, merci pour votre attention!» Laissant divaguer la machine, je tourne la clé de l'appartement Je jette mont sac dans le couloir puis, fidèle aux recommandations du médecin, je compose le numéro de mon amie Solange qui m'invite à la rejoindre, demain, en Normandie.
Affalé sur le canapé, j'entends déjà les vagues rouler sur les galets. Le soleil éclaire les cadres accrochés au mur: une photo aérie
2 LE JARDIN À SAINTE-ADRESSE
Où le héros achète une bouteille de Coca-Cola
Pourquoi donc Claude Monet, Auguste Renoir et leurs amis se retrouvaient-ils sous de hautes falaises aux environs du Havre? Les historiens d'art prétendent que la lumière spéciale des côtes de la Manche, avec ses nuances de gris, ses éclairages flous, correspondait idéalement aux recherches impressio
David ferma les yeux puis les rouvrit et admira la composition du tableau reproduit devant lui en poster grandeur nature: un mètre trente de largeur pour un mètre de hauteur. Le reste de sa chambre ressemblait à une brocante pleine de livres et de bibelots. Seul ce mur, éclairé par un projecteur, semblait protégé de toute invasion pour mettre en valeur une photographie sous verre du Jardin à Sainte-Adresse, peint par Monet en 1867. Au centre de la pièce, un épais fauteuil de velours mité permettait au jeune homme d'admirer longuement «son» tableau: une terrasse fleurie surplombant la mer, comme le pont arrière d'un bateau. Le vent soufflait sur ce paysage brossé de couleurs vives, loin des règles académiques de composition. Monet le qualifiait de «tableau chinois». À cette pensée, un sourire de satisfaction traversa le visage de David – capable de disserter longuement sur chaque détail de la toile et sur les perso
David n'avait rien d'un vieil érudit. Enfoncé dans son fauteuil, il exprimait la fraîcheur de ses vingt-deux ans, avec son col grand ouvert (une chemise de coton acquise dans une brocante de la Première Avenue et portant les initiales C.M., comme Claude Monet). Son pantalon de flanelle grise rappelait celui du jeune homme sur le tableau. Sa chevelure brune, tombant en boucles le long de son visage, aurait pu lui do
A New York même, il préférait les gratte-ciel 1930, les kiosques en bois de Central Park, les salons ornés de trophées de chasse en Afrique où se retrouvaient les diplômés des grandes écoles, les clubs de jazz de Harlem qui n'existaient plus. David vivait dans cette nostalgie éveillée, ponctuée de morceaux de vie moderne: une sortie avec des amis dans un bar techno, une heure à surfer sur un site erotique, le passage d'un yuppie en rollers, derrière sa fenêtre de l'avenue B.
– David!
Une voix féminine avait crié son nom dans la pièce voisine. Le garçon soupira. Levant son corps mince, il s'avança vers la porte entrouverte:
– J'arrive.
Le décor du couloir contrastait avec celui de la chambre. Sur le papier peint orange, des dizaines de tapisseries encadrées représentaient des scènes de contes de fées, brodées sur des canevas achetés dans des magazines: Bambi s'éveillant dans la forêt, Cendrillon et son carrosse enchanté. Dans le salon, le son d'un téléviseur diffusait à tue-tête La tyrolie
– Je suis là.
Au milieu de la pièce, une femme était affalée sur un canapé de Skaï noir. Tombant sur le côté, sa main droite tenait une cigarette à moitié consumée. Elle semblait suivre intensément l'arrivée de Grincheux dans la maison de Blanche-Neige; mais son autre main tendit une télécommande pour interrompre la projection. Deux yeux brillants se tournèrent vers le jeune homme: