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Des couloirs jaunâtres s'enfoncent vers le cœur de l'hôpital. Près du monte-charge, trois vieilles femmes nues, recouvertes d'un drap, patientent sur des lits à roulettes. Elles soupço

Je vais m'asseoir, déballe quelques papiers bancaires sans importance. Ils deviendront vraiment dérisoires quand l'Assistance publique m'aura pris en charge à 100%, le temps d'un traitement chimiothérapique de la dernière chance, de quelques ablations puis du cheminement accéléré vers la mort. Mes héritiers se débrouilleront: d'après un rapide calcul, je laisse une somme suffisante pour régler mes dettes et mes impôts. Sur le mur, les numéros lumineux se succèdent, comme dans n'importe quel guichet public. Des corps se lèvent; plusieurs couples s'enfoncent dans l'hôpital en se tenant la main.

Quand mon tour arrive, le fonctio

L'e

Un jeune homme à lunettes me pousse dans son cabinet de consultation dont la peinture jaune se détache par plaques. Sans un mot, il me fait asseoir dans un fauteuil de dentiste, accroche autour de son crâne une sorte de lampe torche et dirige vers moi un faisceau éblouissant. Refusant d'ouvrir la bouche sans rien dire, j'entreprends de lui expliquer mes symptômes le plus clairement possible (selon un raiso

– Comment ça, rien?

Le toubib en blouse blanche s'épanouit en répétant:

– Votre gorge est impeccable. Puis il ajoute, philosophe:

– Vous devez faire un peu de déprime. Profitez donc du soleil! Et si ça ne va pas mieux, revenez la semaine prochaine.

Je m'accroche un instant, réclame des explications. J'étais prêt à entrer dans cet hôpital pour suivre un traitement pénible. Il serait sage d'entreprendre des examens approfondis. L'interne me regarde maintenant comme un pauvre type, un de ces faux malades qui encombrent les salles d'urgences. Il refuse de me prescrire le moindre antibiotique. Rejeté par le corps médical, je n'ai plus qu'à regagner la sortie, réintégrer le monde vulgaire, poursuivre mon œuvre à Taxi Star tandis que le médecin accomplira la sie

Je marche en titubant vers le hall d'accueil. Un rayon de lumière traverse les vitres et vient se poser sur ma joue – comme s'il m'appelait, lui aussi, pour un dimanche à la campagne. Je me répète cette phrase: «Profitez donc du soleil 1» L'interne a peut-être raison. Avalant ma salive, je sens pour la première fois ma gorge dégagée. J'allais m'abando

Le soleil de juin écrase le boulevard Magenta. Des vapeurs de gaz d'échappement se répandent sur la ville et, stupéfait de vivre encore, je voudrais m'allonger sur la chaussée pour humer leurs parfums. Des imbéciles klaxo

Sur le trottoir d'en face, un carré d'immeubles anciens vient d'être rasé par les bulldozers. D'immenses pa

Par endroits, cette longue artère commerçante rappelle encore la ville d'autrefois, avec ses coiffeurs et ses bistrots turcs, ses rôtisseries, ses passages pas encore rénovés, ses prostituées. Près de la station Château-d'Eau, une centaine de Cambodgiens se serrent dans une ruelle pour une cérémonie funèbre. Les jeunes filles distribuent des fleurs et des tracts, en hommage à un certain «docteur Li», assassiné par des inco

Requinqué par le breuvage, je marche encore un quart d'heure vers mon quartier, en bordure des ancie