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Quel pandémonium! quelle cohue énorme et inextricable doit être un théâtre véritable!

Depuis que l’on a parlé de jouer la comédie, tout est ici dans le désordre le plus complet. Tous les tiroirs sont ouverts, toutes les armoires vidées; c’est un vrai pillage. Les tables, les fauteuils, les consoles, tout est encombré, on ne sait où poser le pied: il traîne par la maison des quantités prodigieuses de robes, de mantelets, de voiles, de jupes, de capes, de toques, de chapeaux; et, quand on pense que cela doit tenir sur le corps de sept ou huit perso

Les domestiques ne font qu’aller et venir; – il y en a toujours deux ou trois sur le chemin du château à la ville, et, si cela continue, tous les chevaux deviendront poussifs.

Un directeur de théâtre n’a pas le temps d’être mélancolique, et je ne l’ai guère été depuis quelque temps. Je suis tellement assourdi et assommé que je commence à ne plus rien comprendre à la pièce. Comme c’est moi qui remplis le rôle de l’imprésario outre mon rôle d’Orlando, ma besogne est double. Quand il se présente quelque difficulté, c’est à moi qu’on a recours, et mes décisions n’étant pas toujours écoutées comme des oracles, cela dégénère en des discussions interminables.

Si ce qu’on appelle vivre est d’être toujours sur ses jambes, de répondre à vingt perso

Jusqu’à présent, je n’ai rien fait, et j’ignore si je ferai jamais rien. Je ne sais pas arrêter mon cerveau, ce qui est toute la différence de l’homme de talent à l’homme de génie; c’est un bouillo

Voilà pourquoi je ne saurais vivre, – ni comme poète ni comme amant. – Je ne puis rendre que les idées que je n’ai plus; – je n’ai les femmes que lorsque je les ai oubliées et que j’en aime d’autres; – homme, comment pourrais-je produire ma volonté au jour, puisque, si fort que je me hâte, je n’ai plus le sentiment de ce que je fais, et que je n’agis que d’après une faible réminiscence?

Prendre une pensée dans un filon de son cerveau, l’en sortir brute d’abord comme un bloc de marbre qu’on extrait de la carrière, la poser devant soi, et du matin au soir, un ciseau d’une main, un marteau de l’autre, cogner, tailler, gratter, et emporter à la nuit une pincée de poudre pour jeter sur son écriture; voilà ce que je ne pourrai jamais faire.

Je dégage bien en idée la svelte figure du bloc grossier, et j’en ai la vision très nette; mais il y a tant d’angles à abattre, tant d’éclats à faire sauter, tant de coups de râpe et de marteau à do

Si je persiste, la fatigue prend un degré d’intensité tel que ma vue intime s’obscurcit totalement, et que je ne saisis plus à travers le nuage du marbre la blanche divinité cachée dans son épaisseur. Alors je la poursuis au hasard et comme à tâtons; je mords trop dans un endroit, je ne vais pas assez avant dans l’autre; j’enlève ce qui devait être la jambe ou le bras, et je laisse une masse compacte où devait se trouver un vide; au lieu d’une déesse, je fais un magot, quelquefois moins qu’un magot, et le magnifique bloc tiré à si grands frais et avec tant de labeur des entrailles de la terre, martelé, tailladé, fouillé en tous les sens, a plutôt l’air d’avoir été rongé et percé à jour par les polypes pour en faire une ruche que faço

Comment fais-tu, Michel-Ange, pour couper le marbre par tranches, ainsi qu’un enfant qui sculpte un marron? de quel acier étaient faits tes ciseaux invaincus? et quels robustes flancs vous ont portés, vous tous, artistes féconds et travailleurs, à qui nulle matière ne résiste, et qui faites couler votre rêve tout entier dans la couleur et dans le bronze?

C’est une vanité i

Je sais bien que j’ai l’air étrange à dire cela, et que je paraîtrai entêté de l’ivresse grossière du plus sot orgueil; – mais cela est ainsi, et rien n’ébranlera ma conviction là-dessus. Perso

J’ai même quelquefois peine à voiler suffisamment ma pensée à cet endroit; il m’est arrivé souvent de parler trop familièrement de ces hauts génies dont on doit adorer la trace et contempler la statue de loin et à genoux. Une fois, je me suis oublié jusqu’à dire: Nous autres. – Heureusement c’était devant une perso