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Ne va pas imaginer, d’après ce que je te dis, que je ne l’aime pas, ou qu’elle me déplaise en quelque chose: je l’aime au contraire beaucoup et je la trouve ce que tout le monde la trouvera: une jolie et piquante créature. Simplement je ne me sens pas l’avoir, voilà tout. Et pourtant aucune femme ne m’a do
D’où cela peut-il venir? En vérité, je ne sais.
Je la vois toute la journée, et même toute la nuit, si je veux. Je lui fais toutes les caresses qu’il me plaît de lui faire; je l’ai nue ou habillée, à la ville ou à la campagne. Elle est d’une complaisance inépuisable, et entre parfaitement dans tous mes caprices, si bizarres qu’ils soient: un soir, il m’a pris cette fantaisie de la posséder au milieu du salon, le lustre et les bougies allumées, le feu dans la cheminée, les fauteuils rangés en cercle comme pour une grande soirée de réception, elle en toilette de bal avec son bouquet et son éventail, tous ses diamants aux doigts et au cou, des plumes sur la tête, le costume le plus splendide possible, et moi habillé en ours; elle y a consenti. – Quand tout fut prêt, les domestiques furent très surpris de recevoir l’ordre de fermer les portes et de ne laisser monter perso
Cette soirée est la plus bouffo
Toujours est-il que je crois bien avoir payé à Rosette la valeur de sa robe et au-delà en une mo
Assurément, cette femme-là n’est pas aussi dépravée que de C*** le prétend, et qu’elle me l’a paru bien souvent à moi-même; sa corruption est dans son esprit et non pas dans son cœur.
Je t’ai cité cette scène entre vingt autres: il me semble qu’après cela on peut, sans fatuité excessive, se croire l’amant d’une femme. – Eh bien! c’est ce que je ne fais pas. – J’étais à peine de retour chez moi que cette pensée me reprit et se mit à me travailler comme d’habitude. – Je me souvenais parfaitement de tout ce que j’avais fait et vu faire. – Les moindres gestes, les moindres poses, tous les plus petits détails se dessinaient très nettement dans ma mémoire; je me rappelais tout, jusqu’aux plus légères inflexions de voix, jusqu’aux plus insaisissables nuances de la volupté: seulement il ne me paraissait; pas que ce fût à moi plutôt qu’à un autre que toutes ces choses fussent arrivées. Je n’étais pas sûr que ce ne fût une illusion, une fantasmagorie, un rêve, ou que je n’eusse lu cela quelque part, ou même que ce ne fût une histoire composée par moi, comme je m’en suis fait bien souvent. Je craignais d’être la dupe de ma crédulité et le jouet de quelque mystification; et, malgré le témoignage de ma lassitude et les preuves matérielles que j’avais couché dehors, j’aurais cru volontiers que je m’étais mis dans mes couvertures à mon heure ordinaire, et que j’avais dormi jusqu’au matin.
Je suis très malheureux de ne pouvoir acquérir la certitude morale d’une chose dont j’ai la certitude physique. – C’est ordinairement l’inverse qui a lieu et c’est le fait qui prouve l’idée. Je voudrais me prouver le fait par l’idée; je ne le puis; quoique la chose soit assez singulière, elle est. Il dépend de moi, jusqu’à un certain point, d’avoir une maîtresse; mais je ne puis me forcer à croire que j’en aie une tout en l’ayant. Si je n’ai pas en moi la foi nécessaire, même pour une chose aussi évidente, il m’est aussi impossible de croire à un fait aussi simple qu’à un autre de croire à la Trinité. La foi ne s’acquiert pas, et c’est un pur don, une grâce spéciale du ciel.