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Je t’ai dit sommairement que j’étais l’amant en pied de la dame rose; cela ne suffit pas pour un homme aussi ponctuel que tu l’es. Tu me demanderas sans doute comment elle s’appelle: quant à son nom, je ne te le dirai pas; mais si tu veux, pour la facilité du récit, et en mémoire de la couleur de la robe avec laquelle je l’ai vue pour la première fois, – nous l’appellerons Rosette; c’est un joli nom: ma petite chie
Tu voudras savoir de point en point, car tu aimes la précision dans ces sortes de choses, l’histoire de nos amours avec cette belle Bradamante, et par quelles gradations successives j’ai passé du général au particulier, et de l’état de simple spectateur à celui d’acteur; comment, de public que j’étais, je suis devenu amant. Je contenterai ton envie avec le plus grand plaisir. Il n’y a rien de sinistre dans notre roman; il est couleur de rose, et l’on n’y verse d’autres larmes que celles du plaisir; on n’y rencontre ni longueurs ni redites, et tout y marche vers la fin avec cette hâte et cette rapidité si recommandées par Horace; – c’est un véritable roman français. – Toutefois ne va pas t’imaginer que j’ai emporté la place au premier assaut. – La princesse, quoique fort humaine pour ses sujets, n’est pas aussi prodigue de ses faveurs qu’on pourrait le croire d’abord; elle en co
Pour te conter la chose tout au long, il faut remonter un peu plus haut. Je t’ai fait un récit assez circonstancié de notre première entrevue. J’en ai eu encore une ou deux autres dans la même maison ou même trois, puis elle m’a invité à aller chez elle; je ne me suis pas fait prier, comme tu peux le croire; j’y suis allé avec discrétion d’abord, puis un peu plus souvent, puis encore plus souvent, puis enfin toutes les fois que l’envie m’en prenait, et je dois avouer qu’elle m’en prenait au moins trois ou quatre fois par jour.
– La dame, après quelques heures d’absence, me recevait toujours comme si je fusse revenu des Indes orientales; ce à quoi j’étais on ne peut plus sensible, et ce qui m’obligeait à montrer ma reco
Rosette, puisque nous sommes convenus de l’appeler ainsi, est une femme d’un grand esprit et qui comprend l’homme de la manière la plus aimable; quoiqu’elle ait retardé quelques temps la conclusion du chapitre, je n’ai pas pris une seule fois de l’humeur contre elle: ce qui est vraiment merveilleux; car tu sais les belles fureurs où j’entre lorsque je n’ai pas sur-le-champ ce que je désire, et qu’une femme dépasse le temps que je lui ai assigné dans ma tête pour se rendre. – Je ne sais pas comment elle a fait; dès la première entrevue elle m’a fait comprendre que je l’aurais, et j’en étais plus sûr que si j’en eusse tenu la promesse écrite et signée de sa main. On dira peut-être que la hardiesse et la facilité de ses manières laissaient le champ libre à la témérité des espérances. Je ne pense pas que ce soit là le véritable motif: j’ai vu quelques femmes dont la prodigieuse liberté excluait, en quelque sorte, jusqu’à l’ombre d’un doute, qui ne m’ont pas produit cet effet, et auprès desquelles j’avais des timidités et des inquiétudes pour le moins déplacées.
Ce qui fait qu’en général je suis bien moins aimable avec les femmes que je veux avoir qu’avec celles qui me sont indifférentes, c’est l’attente passio
Chose miraculeuse! voilà près de deux mois que je la co
Rosette a le meilleur caractère du monde, avec les hommes s’entend, car avec les femmes elle est méchante comme un diable; elle est gaie, vive, alerte, prête à tout, très originale dans sa manière de parler, et a toujours à vous dire quelques charmantes drôleries auxquelles on ne s’attend pas: – c’est un délicieux compagnon, un joli camarade avec lequel on couche, plutôt qu’une maîtresse; et, si j’avais quelques a
Aux yeux de tout le monde, j’ai une maîtresse que plusieurs désirent et m’envient, et que perso