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– Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de ce qu'une pareille réponse suggère comme horreurs.

– Je m'en rends compte, hélas.

– Non, vous ne vous en rendez pas compte, ou alors pas assez. Laissez-moi vous peindre vos horreurs; imaginez un vieillard mourant, absolument seul et sans espoir. Imaginez qu'une jeune perso

– Vous exagérez. Je ne vois pas en quoi j'ai pu dénaturer vos souvenirs à ce point.

– Mon roman avait besoin d'une fin. Par vos manœuvres, vous m'avez fait croire que vous m'apportiez cette fin. Je n'osais plus l'espérer, je revenais à la vie après une interminable hibernation – et puis, sans honte, vous me montrez vos mains vides, vous ne m'apportiez rien d'autre qu'un rebondissement illusoire. A mon âge, on ne supporte plus ces choses-là. Sans vous, je serais mort en laissant un roman inachevé. A cause de vous, c'est ma mort elle-même qui sera inachevée.

– Trêve de figures de style, voulez-vous?

– Il s'agit bien de figures de style! Auriez-vous oublié que vous m'avez dépossédé de ma substance? Je vais vous apprendre une chose, mademoiselle: l'assassin, ce n'est pas moi, c'est vous!

– Pardon?

– Vous m'avez très bien entendu. L'assassin, c'est vous, et vous avez tué deux perso

– Sophisme.

– Vous sauriez que ce n'est pas un sophisme si vous aviez une vague co

– Si l'amour est ce que vous dites, je suis soulagée de lui être étrangère.

– Décidément, je ne vous aurai rien appris.

– Je me demande bien ce que vous auriez pu m'apprendre, à part étrangler les gens.

– J'aurais voulu vous apprendre qu'en étranglant Léopoldine, je lui avais épargné la seule vraie mort, qui est l'oubli. Vous me considérez comme un assassin, quand je suis l'un des rarissimes êtres humains à n'avoir tué perso

– Qui vous parle de délation? Je n'ai pas l'intention de vous dénoncer.

– Vraiment? Mais alors, vous êtes encore pire que je ne l'imaginais. En général, les fouille-merde ont la décence de s'inventer une cause. Vous, c'est gratuitement que vous fouillez la merde, sans autre plaisir que celui d'empuantir l'atmosphère. Quand vous partirez d'ici, vous vous frotterez les mains en pensant que vous n'avez pas perdu votre journée puisque vous avez souillé l'univers d'autrui. C'est un beau métier que vous faites, mademoiselle.

– Si je comprends bien, vous préféreriez que je vous traîne devant les tribunaux?

– Certainement. Avez-vous songé à ce que sera mon agonie, si vous ne me dénoncez pas, si vous me laissez seul et vide dans cet appartement, après ce que vous m'avez fait? Alors que si vous me traînez en justice, ça me divertira.

– Désolée, monsieur Tach, vous n'aurez qu'à vous dénoncer vous-même; je ne mange pas de ce pain-là.

– Vous êtes au-dessus de ces choses-là, n'est-ce pas? Vous faites partie de la pire espèce, celle qui préfère salir que démolir. Pouvez-vous m'expliquer ce qui s'est passé dans votre tête, le jour où vous avez décidé de venir me torturer? A quel instinct gratuitement immonde avez-vous donc cédé?

– Vous le savez depuis le début, cher monsieur: auriez-vous oublié l'enjeu de notre pari? Je voulais vous voir ramper à mes pieds. Suite à ce que vous m'avez dit, je le désire plus encore. Rampez donc, puisque vous avez perdu.

– J'ai perdu, en effet, mais je préfère mon sort au vôtre.

– Tant mieux pour vous. Rampez.

– C'est votre vanité féminine qui veut me voir ramper?

– C'est mon désir de vengeance. Rampez.

– Vous n'avez donc rien compris.

– Mes critères ne seront jamais les vôtres, et j'ai très bien compris. Je considère la vie comme le bienfait le plus précieux, aucun de vos discours n'y changera rien. Sans vous, Léopoldine aurait vécu, avec ce que la vie comporte d'horreurs mais aussi avec ce qu'elle comporte de beautés. Il n'y a rien à ajouter. Rampez.

– Après tout, je ne vous en veux pas.

– Il ne manquerait plus que ça. Rampez.

– Vous vivez dans une sphère étrangère à la mie

– Votre condescendance me touche. Rampez.

– En fait, je suis beaucoup plus tolérant que vous: je suis capable d'admettre que vous viviez avec d'autres critères. Pas vous. Pour vous, il n'existe qu'une seule manière de voir les choses. Vous avez l'esprit étroit.

– Monsieur Tach, soyez certain que vos considérations existentielles ne m'intéressent pas. Je vous ordo

– Soit. Mais comment voulez-vous que je rampe? Auriez-vous oublié que je suis impotent?

– C'est juste. Je vais vous aider.

– La journaliste se leva, prit l'obèse par les aisselles et, au prix d'un gros effort, le jeta sur le tapis, face contre terre.

– Au secours! A l'aide!

Mais dans cette position, la belle voix du romancier était étouffée et perso

– Rampez.

– Je ne supporte pas d'être couché sur le ventre. Le médecin me l'a interdit.