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Le fœtus do

Elle a mis au monde un garçon. Elle a décampé sans lui le surlendemain. Elle a passé la journée effondrée sur la banquette d'un café. Elle était épuisée, son ventre et sa poitrine étaient douloureux. Le soir elle est revenue à l'hôpital, son enfant n'était plus dans la chambre. Elle a parcouru les étages, elle l'a retrouvé dans une salle éclairée par des veilleuses. Elle l'a reco

Elle est arrivée chez elle, il a commencé à crier quand elle a refermé la porte. Elle l'a déposé dans le berceau, puis elle lui a do

Il a marché à onze mois. Il tournait dans le logement, il s'accrochait partout. Elle lui do

Elle avait pris l'habitude de chercher de la mo

On a fini par la mettre à la porte de son logement. Elle a été hébergée dans un foyer. Elle partageait une pièce avec une femme au visage abîmé dont les jumeaux la réveillaient plusieurs fois chaque nuit. La fenêtre do

Elles se parlaient pour se dire qu'elles devenaient folles dans un espace aussi réduit, rempli de cris, aussi isolé du monde. Elles regrettaient d'avoir eu ces enfants, elles en rêvaient d'insonores, de moins soumis aux contraintes de la physiologie. Elles auraient voulu conjuguer leurs énergies pour les étrangler et prendre la fuite avec ce sentiment de folle liberté qu'éprouvent les évadés.

Elles passaient l'après-midi dans une grande salle aux murs bleus. Elles discutaient avec les autres femmes dans le brouhaha général des voix empilées l'une sur l'autre. Elle avait l'impression de bruisser dans une ruche.

Pour pouvoir partir, elle a accepté le premier travail venu. Elle occupait une place dans un bureau, elle triait des chiffres sur un écran et quelquefois on l'envoyait poster une lettre. Elle n'éprouvait aucun plaisir à faire partie d'une entreprise, à croiser des gens dans les couloirs, à prendre chaque matin l'ascenseur sous l'œil indifférent des hôtesses. Son enfant passait la journée dans une crèche, elle le récupérait à dix-huit heures. Elle louait un studio fonctio

Dans un coin du logement elle avait installé une carpette avec des jouets et des peluches achetés dans une braderie. Elle consacrait un moment au jeu, l'aidant à constituer des figures avec des cubes de couleur, ou à faire rouler une bille dans une boîte en plexiglas. Ensuite elle aurait voulu le coucher, mais il n'obéissait pas à ses injonctions. Elle éteignait la lumière et s'allongeait auprès de lui. Elle lui racontait une histoire interminable à voix de plus en plus basse jusqu'à ce qu'il s'endorme.

Elle passait le reste de la soirée accroupie devant la seule clarté du téléviseur. Elle aimait recevoir toutes ces images et ces voix qui l'arrachaient à l'existence minimale où elle se trouvait enfermée. Puis elle éteignait le poste, elle s'asseyait sur son lit. Elle se levait pour voir la rue à travers les fentes des persie

Elle détestait les souvenirs qui apparaissaient dans sa tête, elle ne voulait se rappeler de rien. Elle s'occupait à regarder son enfant endormi, elle remontait un peu le drap. Si elle ne l'avait pas mis au monde, sa vie serait peut-être de plus mauvaise qualité encore. En prenant la décision de faire fonctio

Elle aurait aimé que la souffrance s'arrête comme un mécanisme qui tombe en pa

Elle voulait se faire chauffer un peu de lait, ou se préparer une tisane. Elle n'avait pas le temps de toucher la casserole, il lui semblait déjà avoir bu le liquide depuis longtemps. Elle n'avait plus qu'à s'asseoir sur le siège des toilettes pour en évacuer le résidu.

Elle rallumait le téléviseur, elle l'éteignait. Elle se penchait en avant, elle se disait qu'elle aurait pu se mettre à la gymnastique ou danser toute seule chez elle devant un métronome. Elle se trouvait quand même dix a

Elle aurait voulu se trouver dans un café entre deux hommes en chaleur. Ils la porteraient comme un fardeau tout au long de la nuit, ils lui permettraient de s'échapper de cette angoisse rectiligne qui l'emmenait avec certitude vers le pire. Elle se voyait remonter lentement, attraper de nouveau l'air à pleine bouche et se dire que la joie de vivre n'était pas une plaisanterie grotesque mais bien un état réel qu'une femme normale pouvait éprouver à plusieurs reprises au cours de son existence.