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Depuis ces jours d’insouciance, j’ai eu trop de batailles à livrer pour distiller les moindres actes de la vie et ne rien faire qu’en accomplissant les cadences de l’étiquette et du bon ton qui sèchent les émotions les plus généreuses.

– Monsieur le comte, je voudrais vous parler en particulier, dis-je d’un air mystérieux et en faisant quelques pas en arrière.

Il me suit. Juliette nous laissa seuls, et s’éloigna négligemment en femme certaine d’apprendre les secrets de son mari au moment où elle voudra les savoir. Je racontai brièvement au comte la mort de mon compagnon de voyage. L’effet que cette nouvelle produisit sur lui me prouva qu’il portait une affection assez vive à son jeune collaborateur, et cette découverte me do

– Ma femme va être au désespoir, s’écria-t-il, et je serai obligé de prendre bien des précautions pour l’instruire de ce malheureux événement.

– Monsieur, en m’adressant d’abord à vous, lui dis-je, j’ai rempli un devoir. Je ne voulais pas m’acquitter de cette mission do

En entendant son éloge, le gentilhomme balança très-agréablement la tête. Il me répondit par un compliment assez entortillé, et finit en me laissant le champ libre. Nous revînmes sur nos pas. En ce moment, la cloche a

– Hélas! madame, je viens de faire un bien pénible voyage, entrepris… pour vous seule.

– Monsieur! me dit-elle.

– Oh! repris-je, je viens au nom de celui qui vous nomme Juliette. Elle pâlit. – Vous ne le verrez pas aujourd’hui.

– Il est malade? dit-elle à voix basse.

– Oui, lui répondis-je. Mais, de grâce, modérez-vous. Je suis chargé par lui de vous confier quelques secrets qui vous concernent, et croyez que jamais messager ne sera ni plus discret ni plus dévoué.

– Qu’y a-t-il?

– S’il ne vous aimait plus?

– Oh! cela est impossible! s’écria-t-elle en laissant échapper un léger sourire qui n’était rien moins que franc.

Tout à coup elle eut une sorte de frisson, me jeta un regard fauve et prompt, rougit et dit: – Il est vivant?

Grand Dieu! quel mot terrible! J’étais trop jeune pour en soutenir l’accent, je ne répondis pas, et regardai cette malheureuse femme d’un air hébété.

– Monsieur! monsieur, une réponse? s’écria-t-elle.

– Oui, madame.

– Cela est-il vrai? oh! dites-moi la vérité, je puis l’entendre. Dites? Toute douleur me sera moins poignante que ne l’est mon incertitude.

Je répondis par deux larmes que m’arrachèrent les étranges accents par lesquels ces phrases furent accompagnées.

Elle s’appuya sur un arbre en jetant un faible cri.

– Madame, lui dis-je, voici votre mari!

– Est-ce que j’ai un mari.

À ce mot, elle s’enfuit et disparut.

– Hé! bien, le dîner refroidit, s’écria le comte. Venez, monsieur.

Là-dessus, je suivis le maître de la maison qui me conduisit dans une salle à manger où je vis un repas servi avec tout le luxe auquel les tables parisie

– Oh! elle va venir, répondit le comte qui après nous avoir servi avec empressement le potage s’en do

– Oh! mon neveu, s’écria le chanoine, si votre femme était là, vous seriez plus raiso

– Papa se fera mal, dit la petite fille d’un air malin.

Un instant après ce singulier épisode gastronomique, et au moment où le comte découpait avec empressement je ne sais quelle pièce de venaison, une femme de chambre entra et dit: – Monsieur, nous ne trouvons point madame!

À ce mot, je me levai par un mouvement brusque en redoutant quelque malheur, et ma physionomie exprima si vivement mes craintes, que le vieux chanoine me suivit au jardin. Le mari vint par décence jusque sur le seuil de la porte.

– Restez! restez! n’ayez aucune inquiétude, nous cria-t-il.

Mais il ne nous accompagna point. Le chanoine, la femme de chambre et moi nous parcourûmes les sentiers et les boulingrins du parc, appelant, écoutant, et d’autant plus inquiets, que j’a