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Marius entra, la tête haute, la bouche riante, on ne sait quelle lumière sur le visage, le front épanoui, l’œil triomphant. Lui aussi n’avait pas dormi.

– C’est vous, père! s’écria-t-il en apercevant Jean Valjean; cet imbécile de Basque qui avait un air mystérieux! Mais vous venez de trop bo

Ce mot: Père, dit à M. Fauchelevent par Marius, signifiait: Félicité suprême. Il y avait toujours eu, on le sait, escarpement, froideur et contrainte entre eux; glace à rompre ou à fondre. Marius en était à ce point d’enivrement que l’escarpement s’abaissait, que la glace se dissolvait, et que M. Fauchelevent était pour lui, comme pour Cosette, un père.

Il continua; les paroles débordaient de lui, ce qui est propre à ces divins paroxysmes de la joie:

– Que je suis content de vous voir! Si vous saviez comme vous nous avez manqué hier! Bonjour, père. Comment va votre main? Mieux, n’est-ce pas?

Et, satisfait de la bo

– Nous avons bien parlé de vous tous les deux. Cosette vous aime tant! Vous n’oubliez pas que vous avez votre chambre ici. Nous ne voulons plus de la rue de l’Homme-Armé. Nous n’en voulons plus du tout. Comment aviez-vous pu aller demeurer dans une rue comme ça, qui est malade, qui est grognon, qui est laide, qui a une barrière à un bout, où l’on a froid, où l’on ne peut pas entrer? Vous viendrez vous installer ici. Et dès aujourd’hui. Ou vous aurez affaire à Cosette. Elle entend nous mener tous par le bout du nez, je vous en préviens. Vous avez vu votre chambre, elle est tout près de la nôtre; elle do

– Monsieur, dit Jean Valjean, j’ai une chose à vous dire. Je suis un ancien forçat.

La limite des sons aigus perceptibles peut être tout aussi bien dépassée pour l’esprit que pour l’oreille. Ces mots: Je suis un ancien forçat, sortant de la bouche de M. Fauchelevent et entrant dans l’oreille de Marius, allaient au delà du possible. Marius n’entendit pas. Il lui sembla que quelque chose venait de lui être dit; mais il ne sut quoi. Il resta béant.

Il s’aperçut alors que l’homme qui lui parlait était effrayant. Tout à son éblouissement, il n’avait pas jusqu’à ce moment remarqué cette pâleur terrible.

Jean Valjean dénoua la cravate noire qui lui soutenait le bras droit, défit le linge roulé autour de sa main, mit son pouce à nu et le montra à Marius.

– Je n’ai rien à la main, dit-il.

Marius regarda le pouce.

– Je n’y ai jamais rien eu, reprit Jean Valjean.

Il n’y avait en effet aucune trace de blessure.

Jean Valjean poursuivit:

– Il convenait que je fusse absent de votre mariage. Je me suis fait absent le plus que j’ai pu. J’ai supposé cette blessure pour ne point faire un faux, pour ne pas introduire de nullité dans les actes du mariage, pour être dispensé de signer.

Marius bégaya:

– Qu’est-ce que cela veut dire?

– Cela veut dire, répondit Jean Valjean, que j’ai été aux galères.

– Vous me rendez fou! s’écria Marius épouvanté.

– Monsieur Pontmercy, dit Jean Valjean, j’ai été dix-neuf ans aux galères. Pour vol. Puis j’ai été condamné à perpétuité. Pour vol. Pour récidive. À l’heure qu’il est, je suis en rupture de ban.

Marius avait beau reculer devant la réalité, refuser le fait, résister à l’évidence, il fallait s’y rendre. Il commença à comprendre, et comme cela arrive toujours en pareil cas, il comprit au delà. Il eut le frisson d’un hideux éclair intérieur; une idée, qui le fit frémir, lui traversa l’esprit. Il entrevit dans l’avenir, pour lui-même, une destinée difforme.

– Dites tout, dites tout! cria-t-il. Vous êtes le père de Cosette!

Et il fit deux pas en arrière avec un mouvement d’indicible horreur.

Jean Valjean redressa la tête dans une telle majesté d’attitude qu’il sembla grandir jusqu’au plafond.

– Il est nécessaire que vous me croyiez ici, monsieur; et, quoique notre serment à nous autres ne soit pas reçu en justice…

Ici il fit un silence, puis, avec une sorte d’autorité souveraine et sépulcrale, il ajouta en articulant lentement et en pesant sur les syllabes:

– … Vous me croirez. Le père de Cosette, moi! devant Dieu, non. Monsieur le baron Pontmercy, je suis un paysan de Faverolles. Je gagnais ma vie à émonder des arbres. Je ne m’appelle pas Fauchelevent, je m’appelle Jean Valjean. Je ne suis rien à Cosette. Rassurez-vous.

Marius balbutia:

– Qui me prouve?…

– Moi. Puisque je le dis.

Marius regarda cet homme. Il était lugubre et tranquille. Aucun mensonge ne pouvait sortir d’un tel calme. Ce qui est glacé est sincère. On sentait le vrai dans cette froideur de tombe.

– Je vous crois, dit Marius.

Jean Valjean inclina la tête comme pour prendre acte, et continua:

– Que suis-je pour Cosette? un passant. Il y a dix ans, je ne savais pas qu’elle existât. Je l’aime, c’est vrai. Une enfant qu’on a vue petite, étant soi-même déjà vieux, on l’aime. Quand on est vieux, on se sent grand-père pour tous les petits enfants. Vous pouvez, ce me semble, supposer que j’ai quelque chose qui ressemble à un cœur. Elle était orpheline. Sans père ni mère. Elle avait besoin de moi. Voilà pourquoi je me suis mis à l’aimer. C’est si faible les enfants, que le premier venu, même un homme comme moi, peut être leur protecteur. J’ai fait ce devoir-là vis-à-vis de Cosette. Je ne crois pas qu’on puisse vraiment appeler si peu de chose une bo