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Elle dit cela d’une manière que Blanchet ne lui co
– Allons, femme, dit-il en lui tendant la main, faisons la paix sur cette chose-là et n’y pensons plus. Peut-être que j’ai été un peu trop précipiteux dans mes paroles; mais c’est que, voyez-vous, j’avais des raisons pour ne point me fier à ce champi. C’est le diable qui met ces enfants-là dans le monde, et il est toujours après eux. Quand ils sont bons sujets d’un côté, ils sont mauvais garnements sur un autre point. Ainsi je sais bien que je trouverai malaisément un domestique aussi rude au travail que celui-là; mais le diable, qui est son père, lui avait soufflé le libertinage dans l’oreille, et je sais une femme qui a eu à s’en plaindre.
– Cette femme-là n’est pas la vôtre, répondit Madeleine, et il se peut qu’elle mente. Quand elle dirait vrai, ce ne serait point de quoi me soupço
– Est-ce que je te soupço
– Ces plaisanteries-là ne sont pas de mon goût, répliqua Madeleine. Gardez-les pour celles qui les aiment.
XI
Dans les premiers jours, Madeleine Blanchet porta assez bien son chagrin. Elle apprit de son nouveau domestique, qui avait rencontré François à la loue, que le champi s’était accordé pour dix-huit pistoles par an avec un cultivateur du côté d’Aigurande, qui avait un fort moulin et des terres. Elle fut contente de le savoir bien placé, et elle fit son possible pour se remettre à ses occupations sans trop de regret. Mais, malgré elle, le regret fut grand, et elle en fut longtemps malade d’une petite fièvre qui la consumait tout doucettement, sans que perso
Mais outre qu’il était trop jeune pour comprendre tout ce qu’elle aurait pu dire à François, il n’avait pas pour elle les soins et les attentions qu’au même âge le champi avait eus. Jea
Elle resongea à son malheur quand elle retomba dans son désert, et remâcha longuement toutes les peines que cette amitié et cette compagnie avaient tenues en suspens. Elle n’avait plus perso
Son mari, la voyant traîner un malaise, et prenant en pitié l’air de tristesse et d’e
Il s’ingénia donc, pour la soigner et la dése
En raison de quoi Blanchet, qui voyait du profit à être le tuteur de sa sœur – car l’oncle qui l’avait élevée l’avait avantagée sur son testament – et qui n’avait garde de confier son entretien à autre parenté, l’amena à son moulin et enjoignit à sa femme de l’avoir pour sœur et compagne, de lui apprendre à travailler, de s’en faire aider dans le soin du ménage, et de lui rendre la tâche assez douce pourtant pour qu’elle n’eût point envie d’aller vivre autre part.
Madeleine accepta de bo
Pendant ce temps-là, le pauvre François prenait son mal en patience autant qu’il pouvait, et ce n’était guère, car jamais ni homme ni enfant ne fut chargé d’un mal pareil. Il commença par en faire une maladie et ce fut peut-être un bonheur pour lui, car là il éprouva le bon cœur de ses maîtres qui ne le firent point porter à l’hôpital et le gardèrent chez eux où il fut bien soigné. Ce meunier-là ne ressemblait guère à Cadet Blanchet et sa fille, qui avait une trentaine d’a
Ces gens-là virent bien d’ailleurs que, malgré l’accident, ils avaient fait, au regard du champi, une bo
Il était si solide et si bien corporé qu’il se sauva de la maladie plus vite qu’un autre, et mêmement il se mit à travailler avant d’être guéri, ce qui ne le fit point rechuter. Sa conscience le tourmentait pour réparer le temps perdu et récompenser ses maîtres de leur douceur. Pendant plus de deux mois pourtant, il se ressentit de son mal et, en commençant à travailler les matins, il avait le corps étourdi comme s’il fût tombé de la faîtière d’une maison. Mais peu à peu il s’échauffait et il n’avait garde de dire le mal qu’il avait à s’y mettre. On fut bientôt si content de lui qu’on lui confia la gouverne de bien des choses qui étaient au-dessus de son emploi. On se trouvait bien de ce qu’il savait lire et écrire, et on lui fit tenir des comptes, chose qu’on n’avait pu faire encore, et qui avait souvent mis du trouble dans les affaires du moulin. Enfin, il fut aussi bien que possible dans son malheur; et comme, par prudence, il ne s’était point vanté d’être champi, perso