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– Vous êtes accoutumé, je pense, à ces splendides tableaux?
– Comme on peut s’habituer au sifflement des balles; c’est-à-dire à cacher les palpitations involontaires du cœur.
– J’avais entendu dire, au contraire, que pour de vieux soldats cette musique était fort agréable?
– Cela s’entend: elle est agréable si vous voulez, mais seulement parce que le cœur se fait plus fort! Regardez! ajouta-t-il en me montrant l’Orient; quel pays!
Effectivement; il me semble qu’on trouverait difficilement un pareil panorama. Sous nous, s’étendait la vallée de Koïchaoursk, sillo
– Je vous ai dit, s’écria-t-il, quel temps nous aurions aujourd’hui; il faut nous hâter! mais nous serons arrêtés, croyez-le, sur le mont Saint-Christophe. En route! cria-t-il aux conducteurs.
On plaça des chaînes aux roues, au lieu de patins, afin qu’elles ne pussent rouler; on prit les chevaux par le mors et l’on se mit à descendre. À droite était le rocher, à gauche un précipice tel que tout un village tartare placé au fond, paraissait gros comme un nid d’hirondelles. Je frisso
«C’est vrai, votre seigneurie a raison; mais Dieu veuille que nous n’arrivions pas en plus piteux état que votre valise! Ce n’est pas, du reste, la première fois que nous passons ici!» Il disait la vérité; nous aurions pu effectivement ne pas arriver, et nous arrivâmes cependant tels qu’au départ. Et si tous les hommes raiso
Mais peut-être désirez-vous co
Ainsi donc, nous descendîmes du mont Gutt dans la vallée de Tchertow [6]. En voilà un nom romanesque! Vous voyez déjà l’antre de l’esprit diabolique au milieu des rochers inaccessibles! Eh bien! il n’en est rien. Le mot vallée de Tchertow vient du mot tcherta (ligne), et non de tchort (diable). On la nomme ainsi parce qu’elle sert de frontière à la Géorgie. Cette vallée, qui rappelle assez exactement Saratow, Tambow, et autres lieux bien aimés de notre patrie, était encombrée par les neiges.
«Voilà le Christovoï!» me dit le capitaine, lorsque nous arrivâmes dans la vallée de Tchertow, en me montrant la colline couverte d’un manteau blanc.
À son sommet on apercevait une arête rocheuse, et tout près un sentier à peine visible, sur lequel on passe, lorsque la neige a couvert les alentours.
Nos conducteurs déclarèrent qu’il n’y avait pas encore eu d’avalanche, et s’efforçant de maintenir les chevaux, suivaient les replis du sentier. À un détour, nous rencontrâmes cinq Circassiens. Ils nous offrirent leurs services, s’attachèrent aux roues, et en criant se mirent à pousser et à soutenir nos voitures. Réellement le chemin était dangereux. À droite, se dressaient sur nos têtes des monceaux de neige, prêts à fondre dans les défilés au premier coup de vent; l’étroit sentier était par bonheur couvert de neige; dans certains endroits elle s’écroulait sous nos pieds, dans d’autres elle s’était congelée sous l’influence des rayons du soleil et de la fraîcheur des nuits, si bien que nous-mêmes avions beaucoup de peine à marcher. Les chevaux tombaient à chaque instant; à gauche bâillait une crevasse énorme au fond de laquelle coulait un ruisseau, tantôt caché sous une croûte de glace, tantôt bondissant et écumant sur les rochers sombres; à peine si nous pûmes, en deux heures, tourner le Christovoï. Deux verstes en deux heures! De plus, les nuages s’abaissèrent; nous eûmes de la grêle et de la neige. Le vent s’enfonçait dans les défilés, hurlait et sifflait comme un oiseau de proie et bientôt la crête rocheuse se cacha au milieu des vapeurs, dont les ondes, devenant sans cesse plus épaisses et plus obscures, s’amoncelaient vers l’Orient.
Il existe une étrange et vieille tradition sur cette cime: On rapporte, que l’empereur Pierre Ier, voyageant à travers le Caucase, s’y arrêta: mais, premièrement, Pierre n’alla qu’à Daguestania; secondement, sur la croix, une inscription en grosses lettres atteste qu’elle a été érigée par ordre de M. Ermolow, en 1824. Et cependant, malgré l’inscription, la tradition est tellement enracinée, que vraiment on ne sait qui croire, d’autant plus que nous ne sommes pas habitués à croire aux inscriptions.
Il nous fallait descendre encore cinq verstes sur des rochers couverts de glace et de neige fondante, pour arriver jusqu’au relais de Kobi; les chevaux étaient harassés et nous, transis de froid. La tempête grondait de plus en plus fort. C’était bien celle qui rugit dans nos pays septentrionaux; mais ses lamentations étaient plus accentuées et plus tristes. Te voilà proscrite! pensais-je; tu pleures sans doute tes immenses et planes steppes, où tes froides ailes peuvent s’étendre à leur aise, tandis qu’ici, trop serrée, tu étouffes comme un aigle priso
«Voilà qui va mal, dit le capitaine. Regardez; autour de nous, on ne voit plus que l’obscurité et la neige. Songez donc, si nous allions tomber dans un précipice ou nous enfoncer dans un trou comme il est arrivé à Baïdar; nous n’en sortirions pas. Oh! je la co
Nos postillons se mirent, en criant, à tirer et à frapper les chevaux; ceux-ci he
[6] En russe: du Diable.