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Mikhaïl Iourievitch Lermontov

Un Héros De Notre Temps – Le Démon

(1839, 1841)

Traduits du russe par A. de Villamarie

UN HÉROS DE NOTRE TEMPS

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR

En France nous co

Des steppes immenses et glacés, des Cosaques à la mine sauvage, voilà géographiquement et historiquement sous quel aspect la plupart d’entre nous se représentent la Russie. Et ce pendant, il y a dans cet immense empire un grand peuple; grand surtout, par le développement littéraire qui s’est manifesté chez lui depuis le commencement de ce siècle.

Je sais qu’on peut regretter, pour ce pays, le manque de ces institutions libérales, si nécessaires au mouvement intellectuel d’une nation; mais la Russie marche dans cette voie d’un pas ferme et certain. L’abolition du servage, œuvre éminemment chrétie

Parmi les écrivains nombreux qui ont illustré la littérature russe pendant la première moitié de notre siècle, un surtout est particulièrement sympathique, autant par l’élévation que par la précocité de son génie, et cette sorte de fatalité dont sa vie si courte est empreinte.

C’est Lermontoff, né en 1814, mort à la suite d’un duel en 1841. Coïncidence étrange et douloureuse, que deux des plus grands poètes de la Russie, Pouchkine et Lermontoff, soient tombés dans une rencontre!

Ce que cet épouvantable malheur a ravi à la Russie et aux lettres, qui le saura jamais! Lorsqu’on parcourt les œuvres de ce poète, mort à 26 ans, on ne peut s’empêcher d’être affligé en songeant au monument qu’il eût, sans nul doute, élevé durant une longue vie.

Lermontoff écrivait déjà à douze ans, et le charme de ses compositions aurait pu lui valoir, comme à Victor Hugo, le titre d’enfant prodige. Orphelin dès son bas âge, il fut élevé par sa grand’mère et reçut cette instruction distinguée et complète qu’on s’applique à do

Lermontoff était petit, avait l’air gauche, les yeux rouges et les pieds assez mal tournés. Il était cependant fort vaniteux, jaloux surtout des succès mondains de ses camarades et il ne pouvait leur pardo

Il servit d’abord aux porte-enseigne, puis aux hussards de la garde où il mena une vie fort dissipée et composa des poésies érotiques qui, par leur verve et leur facilité, séduisirent tous ceux qui les lurent. Un duel qu’il eut avec M. de B…, à la suite d’une querelle insignifiante, lut valut son envoi au Caucase, pays où il avait passé une grande partie de sa jeunesse et pour lequel il eut toujours une prédilection marquée. C’est là qu’à dix ans, il s’était épris d’une jeune fille dont le souvenir resta toujours gravé profondément dans son âme: il assurait à vingt cinq ans qu’il n’avait réellement aimé que cette fois. C’est en écoutant les récits naïfs, pleins d’images et de fantaisie orientale des habitants de ces hautes montagnes, que son génie s’inspira et acquit cette élévation qui le plaça, au niveau des grands poètes.

Aussi ce sont presque toujours ces cimes couvertes de neiges éternelles et les riantes plaines de la Géorgie qu’il choisit pour théâtre de ses fictions ou qu’il chante en vers dignes de cette nature imposante.

Lermontoff a toutes les qualités d’un grand poète: imagination riche et ardente, langage toujours élevé et plein de cette couleur qui est le vêtement obligé des plus belles idées poétiques. Sans avoir le scepticisme de Byron, dont il affectio

LE DÉMON et les récits que nous do

Les œuvres de Lermontoff n’ont été publiées qu’après sa mort. Leur réunion en recueil et leur publication sont dues aux soins pieux d’un ami qui ne voulait pas que le pays fût privé de ces chefs-d’œuvre.

Bien qu’une traduction ne soit jamais que la pâle copie d’une œuvre, comme la gravure qui ne do

PRÉFACE DE L’AUTEUR

Dans tout livre, la préface est ordinairement la première chose et en même temps la dernière. Elle sert ou à indiquer le but de l’ouvrage, ou à le justifier et à répondre par avance à la critique. Mais on aurait tort de croire que j’écris celle-ci dans l’intérêt moral des lecteurs ou contre les attaques des critiques de journaux: ni les uns ni les autres ne la liront. Et je regrette qu’il en soit ainsi, surtout dans notre pays où le public est encore si primitif, si ingénu, qu’il ne comprend pas les fables, si, à la fin, il n’y trouve une moralité. Il ne devine pas la plaisanterie et ne saisit pas l’ironie; il est simple et grossièrement élevé: il ne sait pas encore que dans le monde comme il faut, et dans un livre de bon ton, une discussion violente ne peut avoir lieu d’une manière trop apparente; il ignore que la civilisation actuelle a découvert des armes plus fines, presque invisibles, et non moins sûres, qui, sous le couvert de la flatterie, vous portent des coups mortels et inévitables.