Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 45 из 53

Elle se tourna vers moi, pâle comme un marbre; ses yeux seuls brillaient d’un éclat admirable:

– Je vous déteste, dit-elle.

Je la remerciai, la saluai avec respect et sortis.

Une heure après, un courrier à trois chevaux m’emportait de Kislovodsk. À quelques verstes d’Exentuki, je reco

Et maintenant, dans cette forteresse où je m’e

Il a aperçu là-bas, sur la ligne pâle où se confondent le gouffre bleuâtre et les nuages gris, il a aperçu la voile tant désirée: elle ressemble à l’aile d’un goéland rasant l’écume sur les galets, et s’avance tranquillement vers le port désert.

III LE FATALISTE

Il m’arrivait quelquefois de passer quinze jours dans un village cosaque, placé sur le flanc gauche de l’armée; là se trouvait un bataillon d’infanterie. Les officiers se réunissaient le soir alternativement chez l’un ou chez l’autre et jouaient aux cartes.

Un soir, e

– Tout cela, messieurs, ne prouve rien, dit le vieux major: Sans doute aucun d’entre vous n’a été témoin de ces événements étranges qui confirment une opinion.

– Effectivement, aucun de nous, dirent la plupart. Mais nous avons entendu des hommes dignes de foi…

– Tout cela n’est qu’absurdité! dit quelqu’un: où sont les hommes dignes de foi qui ont vu le livre sur lequel est écrite l’heure de notre mort?… Et si, réellement, la prédestination existe, pourquoi la volonté et la raison nous ont-elles été do

À ce moment un officier, assis dans un coin de la chambre, se leva et s’avança lentement vers la table, en jetant tout autour des regards tranquilles et fiers. Il était Serbe de naissance, comme l’indiquait évidemment son nom.

L’extérieur du lieutenant Voulitch répondait tout à fait à son caractère. Sa taille était haute, la couleur de son visage, basanée, ses cheveux bruns, ses yeux noirs et pénétrants, son nez grand, mais bien fait, privilège de sa nation; un sourire froid et triste errait sans cesse sur ses lèvres. Tout cela s’accordait pour le présenter comme un être particulier, incapable de partager les pensées et les passions de ceux que le sort lui avait do

Il était brave, discutait peu, mais vivement, et ne confiait à perso

Il n’y avait qu’une passion dont il ne se cachait point: c’était la passion du jeu. Devant un tapis vert, il oubliait tout et perdait habituellement; mais sa mauvaise chance continuelle excitait son entêtement. On racontait que pendant une nuit d’expédition où il jouait sur son oreiller et était assez favorisé par la chance, tout à coup des coups de feu retentirent; on battit l’alarme et tous s’élancèrent et coururent aux armes: «Faites la banque!» cria Voulitch sans se lever, à un des pontes les plus ardents. «Va pour le sept; répondit celui-ci en s’enfuyant. Malgré l’alerte générale, Voulitch tailla le coup et do

Lorsqu’il parut sur la ligne, une fusillade nourrie était engagée. Voulitch ne s’occupait ni des balles, ni des sabres circassiens, et ne cherchait que son heureux ponte.

Le sept est sorti! lui cria-t-il en l’apercevant enfin sur la ligne des tirailleurs, qui commençaient à débusquer l’e

Lorsque le lieutenant Voulitch s’approcha de la table, tous se turent attendant de lui quelque originale sortie.

«Messieurs, dit-il: (sa voix était calme, quoique le ton en fût plus bas qu’à l’ordinaire), Messieurs, à quoi aboutissent ces vaines discussions? Voulez-vous expérimenter la chose? Je vous offre d’essayer sur moi. Un homme peut-il volontairement disposer de sa vie? Ou le moment fatal est-il fixé d’avance pour chacun de nous?… À qui plaît-il de l’expérimenter?

– Pas à moi! Pas à moi? s’écria-t-on de tous côtés.

– Voilà un original!… que lui passe-t-il par la tête!…

– Je propose un pari, dis-je alors en plaisantant.

– Lequel?

– Je soutiens qu’il n’y a pas de prédestination, ajoutai-je en jetant sur la table vingt ducats, tout ce que j’avais dans ma poche.

– Je tiens le pari, répondit Voulitch d’une voix grave. Major, vous serez juge. Voici quinze ducats; vous me devez les cinq autres; faites moi l’amitié de les ajouter à ceux-ci.

– Bien! dit le major, seulement je ne comprends pas bien en quoi consiste la chose, et comment vous établirez la discussion?…

Voulitch entra dans la chambre à coucher du major; nous le suivîmes. Il s’approcha du mur sur lequel étaient appendues des armes, et décrocha de son clou un des pistolets d’ordo

– Que veux-tu faire? écoute, c’est une folie! lui dirent-ils.

– Messieurs, reprit-il lentement, en débarrassant son bras, à qui plaît-il de payer pour moi vingt ducats?

Tous se turent et s’éloignèrent.