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Mon domestique me dit que Verner était venu et me do

Je décachetai le premier; il contenait les mots suivants:

«Tout s’est arrangé on ne peut mieux; le corps est arrivé en bas tout mutilé. La balle a été extraite de la poitrine, tout le monde est convaincu que sa mort est due à un malheureux accident. Seulement, le commandant, qui avait eu co

Je restai longtemps avant de me décider à ouvrir le second billet… Que pouvait-elle m’écrire? un affreux pressentiment agitait mon âme.

La voici, cette lettre, dont chaque mot s’est gravé dans mon souvenir d’une manière ineffaçable:

«Je t’écris avec la pleine certitude que nous ne nous reverrons plus. Il y a déjà quelques a

» Nous nous séparons pour toujours. Cependant, tu peux être sûr que je n’aimerai jamais un autre homme. Mon âme a épuisé pour toi tous ses trésors, ses larmes et ses espérances. Une femme qui t’a aimé ne peut regarder sans quelque mépris le reste des hommes, non que tu vailles mieux qu’eux, oh non! mais parce qu’il y a dans ta nature quelque chose qui n’appartient qu’à toi, un je ne sais quoi de fier et de mystérieux. Il y a dans ta voix, quoi que tu dises, une puissance irrésistible; perso

» Je dois t’expliquer maintenant la cause de mon départ subit. Elle te paraîtra peu sérieuse, car elle ne concerne que moi.

Ce matin, mon mari est entré chez moi et m’a parlé de ta querelle avec Groutchnitski. Évidemment, j’ai changé de visage, parce qu’il m’a regardée longtemps et avec fixité dans les yeux. C’est tout juste si je ne me suis pas évanouie en songeant que tu devais te battre en ce jour et que j’en étais la cause. Il me semblait que j’allais devenir folle… Mais à présent que j’ai toute ma raison, je suis sûre que tu reviendras vivant; il est impossible que tu meures sans moi, c’est impossible! Mon mari s’est promené longtemps dans ma chambre. Je ne sais ce qu’il m’a dit; je ne me souviens point de ce que je lui ai répondu… Je lui ai dit certainement que je t’aimais… Je me souviens seulement qu’à la fin de notre altercation, il m’a déchirée avec un mot outrageant et il est sorti… J’ai entendu qu’il ordo

» N’est-ce pas vrai, que tu n’aimes pas Marie? Tu ne l’épouseras pas? Écoute! Tu dois me faire ce sacrifice. Moi j’ai bien tout perdu pour toi dans ce monde…»

J’étais comme un fou; je m’élançai sur le perron, sautai sur mon cheval circassien que l’on promenait encore dans la cour et me précipitai à toute haleine sur la route de Piatigorsk. Je poussai sans pitié mon cheval fatigué qui soufflait et, tout couvert d’écume, m’emporta au milieu du chemin pierreux.

Le soleil s’était déjà caché dans les nuages noirs étendus sur les crêtes des montagnes au couchant. Dans les ravins, il faisait déjà sombre et humide. Le Podkumok bondissait sur les cailloux, et mugissait d’une manière sourde et monotone. Je galopais, suffoqué par l’impatience. La pensée que je ne la trouverais pas à Piatigorsk, m’avait frappé au cœur comme un coup de marteau! Un moment, un seul moment la voir encore, lui dire adieu, lui presser la main… Je priais, je maudissais, je pleurais, je riais… Non! rien ne pourrait exprimer mon inquiétude et mon désespoir!… Devant la possibilité de la perdre pour toujours, Viéra m’était devenue plus chère que tout au monde!… plus chère que la vie, que l’ho

Tout eût été sauvé si mon cheval avait eu encore la force de courir dix minutes. Mais soudain en passant un petit ravin qui est à la sortie des montagnes et à un tournant rapide, il s’abattit. Je me débarrassai promptement et cherchai à le relever en le tirant par les rênes; ce fut en vain! À peine si un faible gémissement passait à travers ses dents serrées. Au bout d’un moment il expira; je restai au milieu du steppe, ayant perdu ma dernière espérance. J’essayai d’aller à pied; mes jambes fléchirent. Épuisé par les émotions de la journée et l’insomnie, je m’affaissai sur l’herbe humide et me mis à pleurer comme un enfant…

Je restai longtemps couché dans l’herbe, immobile, pleurant amèrement, et je n’essayai point d’arrêter mes larmes et mes sanglots. Je croyais que ma poitrine éclaterait; toute ma fermeté, tout mon sang-froid s’étaient dissipés comme une fumée. Mon âme était sans force, ma raison éteinte, et si quelqu’un m’avait vu en ce moment, il se serait détourné de moi avec mépris.

Lorsque la rosée nocturne et le vent de la montagne eurent rafraîchi ma tête et que mes pensées eurent repris leur cours ordinaire, je compris qu’il était inutile et déraiso

Il me restait cependant une consolation, c’est que je pouvais pleurer. Et au surplus, toute cette irritation nerveuse n’avait peut-être pour cause qu’une nuit passée sans sommeil, deux minutes de pose devant la bouche d’un pistolet et le vide de mon estomac.