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– Et la jeune princesse aussi?

– Non! elle reste encore une semaine ici.

– Ainsi donc, vous ne l’épousez pas?

– Docteur! Docteur! regardez-moi! Est-ce que j’ai l’air d’un mari, ou de quelque chose de pareil?

– Je ne dis point cela… mais vous savez, il y a de ces occasions… a-t-il ajouté en souriant avec finesse; de ces occasions dans lesquelles les hommes les plus honorables sont obligés de se marier, et il est des mamans qui ne laissent pas passer ces occasions… Aussi je vous invite en ami à vous, tenir davantage sur vos gardes. Ici, aux eaux, l’air est dangereux. Combien j’ai vu de magnifiques jeunes hommes dignes d’un meilleur sort, partir d’ici pour aller droit à l’autel. Moi aussi, le croiriez-vous? ils ont voulu me marier; et surtout une maman de province dont la fille était très pâle; j’avais eu le malheur de lui dire que les couleurs de son visage lui reviendraient après le mariage. Alors, avec des larmes de reco

Verner s’en est allé bien persuadé qu’il m’avait prévenu. De ses paroles j’ai déduit ceci: que déjà il court dans la ville sur la princesse et moi divers bruits méchants. Cela ne profitera pas impunément à Groutchnitski.

18 Juin.

Voilà déjà trois jours que je suis à Kislovodsk. Chaque jour je vois Viéra au puits et à la promenade. Le matin, en me réveillant, je me mets à la fenêtre et je braque ma lorgnette sur son balcon: Elle est déjà habillée et attend le signal dont nous sommes convenus. Nous nous rencontrons, comme par hasard, dans le jardin qui descend de nos demeures au puits. L’air vif des montagnes a rendu à son visage sa fraîcheur et lui a redo

Nulle part on ne boit autant de vin de Kaketinski ou d’eau minérale qu’ici: beaucoup mélangent les deux liquides; je ne suis pas de ce nombre. Groutchnitski et sa bande font du bruit chaque jour à l’hôtel et c’est à peine si nous nous saluons.

Il n’est arrivé qu’hier et a déjà réussi à se brouiller avec quelques vieillards qui voulaient s’asseoir au bain avant lui: décidément les malheurs développent en lui l’humeur guerrière!

22 Juin.

Enfin elles sont arrivées. J’étais assis à ma fenêtre lorsque j’ai entendu le bruit de leur voiture. Mon cœur a tressailli… Que signifie cela? Est-il possible que je sois amoureux? Je suis si sottement organisé que l’on pourrait bien attendre cela de moi.

J’ai dîné chez elles. La mère m’a regardé avec beaucoup de tendresse et ne quitte pas sa fille… tant pis! et de plus Viéra est jalouse de la princesse – Voilà donc le bonheur que j’ai tant cherché!… Que ne fait une femme pour affliger sa rivale? Je me souviens qu’une d’elles ne m’aima que parce que j’en aimais une autre. Rien n’est plus paradoxal que l’esprit féminin! il est bien difficile de convaincre les femmes de quoi que ce soit; il faut les amener à se convaincre elles-mêmes. L’arrangement des preuves avec lesquelles elles anéantissent leurs préjugés est très original; pour comprendre leur dialectique, il faut renverser dans son esprit toutes les règles de la véritable logique. Voici par exemple ce que la logique et l’éducation devraient faire dire à une femme dans certain cas:

«Cet homme m’aime; mais je suis mariée; par conséquent je ne dois pas l’aimer.» Or, voici comment elles raiso

«Je ne dois pas aimer cet homme, parce que je suis mariée; mais il m’aime; par conséquent…»

Ici beaucoup de points… car leur raison ne dit rien, et c’est en grande partie leur langue qui parle d’abord, leurs yeux ensuite; et puis leur cœur, quand elles en ont un.

Que ces écrits vie

C’est mal à propos que je me permets de parler des femmes avec tant de méchanceté, moi qui, hormis elles, n’aime rien en ce monde; moi qui suis toujours prêt à leur sacrifier mon repos, mon ambition, ma vie. Oh! non, je ne m’efforcerai pas dans un accès de dépit et d’amour-propre blessé de leur arracher ce voile magique à travers lequel ce regard pénètre d’ordinaire si difficilement. Non, tout ce que je dis d’elles n’est que la conséquence.

Des froides observations de l’esprit

Et des amères remarques du cœur.

Les femmes devraient désirer que tous les hommes les co

À propos de cela, Verner comparait un jour la femme à la forêt enchantée dont parle le Tasse, dans sa Jérusalem délivrée: Dès que vous vous approchez d’elle, disait-il, les plus grands épouvantails se mettent à voler autour de vous. Grand Dieu! Et le devoir, la dignité, la bienséance, l’opinion publique, le ridicule, le mépris! mais il ne faut pas vous préoccuper de ces mots; avancez toujours; peu à peu les monstres s’évanouiront; et bientôt devant vous s’ouvrira le champ calme et lumineux au milieu duquel fleurit le myrte vert. Malheur à vous, si, dès les premiers pas, votre cœur s’émeut et si vous rebroussez chemin!…

24 Juin.

[21] Avant l'affranchissement des serfs, on évaluait ainsi les fortunes en Russie.

[22] Nom d'une source minérale.