Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 32 из 53

Nous sommes entrés en conversation par le chapitre de la médisance; je répétais des calomnies répandues sur nos co

«Vous êtes un homme dangereux! m’a-t-elle dit; j’aimerais mieux tomber au milieu d’une forêt sous le couteau d’un assassin que de subir votre mauvaise langue. Je vous en prie, sans plaisanter, lorsque vous songerez à vous brouiller avec moi, prenez un poignard et égorgez-moi; je crois que cela ne vous sera pas difficile.

– Est-ce que j’ai l’air d’un brigand?

– Vous êtes plus féroce…»

J’ai réfléchi un moment et ensuite je lui ai dit en prenant un air profondément ému:

«Oui! Et telle fut ma destinée, dès ma plus tendre enfance. Tout le monde lisait sur mon visage les signes des plus mauvais penchants; ces signes n’existaient point, mais on les pressentait, et ils ne parurent jamais, j’étais modeste, on m’accusa d’astuce et je devins sournois. Je ressentais profondément le bien et le mal; perso

À ce moment, j’ai rencontré ses yeux; ils étaient pleins de larmes; son bras appuyé sur le mien tremblait; ses joues étaient enflammées; elle me plaignait.

La pitié, ce sentiment auquel se laissent un peu aller toutes les femmes, a pris pied dans son cœur inexpérimenté. Pendant tout le temps de la promenade, elle a été distraite et avec cela sans coquetterie, ce qui est un bien grand symptôme.

Nous sommes arrivés au Proval. Les dames ont abando

Pendant le trajet du retour, je n’ai point recommencé notre triste conversation, mais à mes questions diverses et à mes plaisanteries elle répondait brièvement et avec distraction.

«Est-ce que vous avez aimé? lui ai-je demandé enfin.» Elle m’a regardé fixement, a hoché la tête, et est retombée dans sa mélancolie.

Il était clair qu’elle avait quelque chose à me dire, mais elle ne savait par où commencer. Son sein se gonflait; qu’était-il arrivé? Une manche de mousseline est une égide bien faible, et un courant magnétique allait de mon bras au sien. Presque toujours l’amour naît ainsi et la plupart du temps nous nous trompons bien en pensant qu’une femme nous aime pour notre extérieur ou nos qualités morales, tandis qu’ils ne font que préparer et disposer son cœur à recevoir le feu sacré; le moindre premier contact décide l’affaire.

«N’est-ce pas vrai, que j’ai été très aimable aujourd’hui!» m’a dit la jeune princesse, avec un sourire contraint, quand nous sommes revenus de la promenade.

Et nous nous sommes séparés.

Elle est mécontente d’elle-même, s’accuse de froideur; c’est un premier triomphe fort important!

Demain elle voudra me récompenser; je sais cela par cœur. – Voilà l’e

12 Juin.

Aujourd’hui j’ai vu Viéra: Elle m’a fatigué avec sa jalousie. La jeune princesse s’est imaginé, à ce qu’il paraît, de lui confier les secrets de son cœur. Il faut avouer que c’est là un heureux choix!

«Je devine à quoi tout cela aboutira, m’a dit Viéra. Il vaut mieux me dire tout simplement, dès aujourd’hui, que tu l’aimes…

– Mais si je ne l’aime pas?

– Alors pourquoi la poursuivre, la troubler, et agiter son imagination? Oh! je te co

– Viendras-tu?»

Je le lui ai promis et aujourd’hui même j’ai envoyé arrêter le logement.

Groutchnitski est venu chez moi à six heures et m’a a

– Je pourrai enfin danser avec elle toute la soirée, et comme nous causerons! a-t-il ajouté.

– À quand le bal?

– Mais demain. Est-ce que tu ne le sais pas? C’est une grande fête, et l’autorité du lieu s’est chargée elle-même de la préparer.

– Allons au boulevard.

– Pour rien au monde, avec cet affreux manteau?…

– Comment, tu ne l’aimes déjà plus?»

Je suis allé seul au boulevard et j’ai rencontré la princesse Marie; je l’ai invitée pour la mazurka; elle s’en est montrée fort éto

– Je croyais que vous ne dansiez que par nécessité absolue, comme la fois passée, m’a-t-elle dit avec un sourire charmant.

Il paraît qu’elle ne s’aperçoit pas du tout de l’absence de Groutchnitski.

– Vous serez très agréablement surprise, lui ai-je dit.

– De quoi?